Toulouse; Les usines de la peur

L’agglomération toulousaine compte 9 sites industriels classés Seveso II, soit potentiellement dangereux pour l’environnement et la population. La menace AZF s’est désormais éloignée mais Toulouse n’est pas à l’abri d’une nouvelle catastrophe, a priori…

 
«Plus jamais ça, ni ici, ni ailleurs !», «Non aux usines de mort !»… Les slogans des pancartes brandies par des milliers de Toulousains à la suite du drame d’AZF, réclamant la fermeture du pôle chimique, ont montré le traumatisme de la population et son désir de ne plus vivre à proximité de sites dangereux. En 2002, AZF ferme définitivement ses portes pour accueillir quelques mois plus tard les premières grues du futur Cancéropôle et la SNPE a recentré ses activités de chimie fine. Mais Toulouse n’est pas à l’abri pour autant puisque pas moins de 9 sites sont aujourd’hui surveillés de près dans la grande agglomération (sur 11 au total dans le département) car classés Seveso II : deux dépôts Total à Lespinasse et Escalquens, la Toulousaine de Céréales à Baziège, Linde Gas à Portet-sur-Garonne, Gaches Chimie à Escalquens, Totalgaz à Fenouillet, Isochem, Freescale et Esso Saf à Toulouse. Certains stockent et fabriquent des produits chimiques ou pharmaceutiques, d’autres font de l’électronique, stockent des engrais ou du pétrole… Sur les neuf, sept sont classés en seuil haut, c’est-à-dire à risques importants.
Ces sites sont sensés depuis 2003 avoir engagé un Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT). Mais ce n’est pas le cas pour toutes les usines, notamment à Escalquens : «Sur la même commune, on compte deux sites classés Seveso qui n’ont pas engagé leur PPRT, alors qu’on vient de construire un collège à proximité ! Faudra-t-il attendre un autre AZF pour agir ?», s’indigne Catherine Grèze, 2ème sur la liste Europe Ecologie dans le Sud-ouest pour les Européennes. Les Verts dénoncent également à Toulouse «les trains, véritables Seveso ambulants, qui continuent à traverser l’agglomération, chargés de produits chimiques, pour rallier le site de la SNPE», aujourd’hui Isochem. Un site dont le nom a changé depuis AZF mais qui peut encore se montrer dangereux. En 2007, une fuite d’acide chlorhydrique avait relancé la polémique sur le maintien d’entreprises chimiques à proximité de la population. Certes, depuis la catastrophe, Isochem a stoppé les productions les plus dangereuses comme le phosgène, a engagé de nouveaux investissements, mais le site est toujours classé Seveso seuil haut et s’apprête à accueillir comme voisin… le Cancéropôle.

 

« La ville a besoin de cette industrie »

Pour Jean-Louis Chauzy, président du Conseil Economique et Social de Midi-Pyrénées, «Toulouse a vécu un drame avec AZF mais il ne faut pas lui infliger une catastrophe économique en fermant tous les sites chimiques. La ville a besoin de cette industrie alors qu’elle se doit de diversifier son activité.» En effet, ces usines sont synonymes d’emploi pour les Toulousains même si elles connaissent actuellement des difficultés à l’image de Freescale. Anciennement Motorola, cette entreprise spécialisée dans les hautes technologies à destination de l’automobile et des télécommunications, serait menacée de fermeture, amenant au chômage environ 1 800 personnes. Des salariés à reclasser mais également une sous-traitance impactée, comme ce fut le cas avec la fermeture définitive d’AZF en 2002.  
On se souvient de l’usine d’engrais Soferti, classée Seveso II, à Fenouillet qui récupérait les déchets d’AZF. Elle sera fermée et démolie en 2004 en attendant un plan de dépollution. Aujourd’hui, on ne sait toujours pas ce que vont devenir les friches de Soferti : «Le site et les sols sont pollués. Le niveau de dépollution et donc l’étendue des travaux dépendent de l’utilisation future du site. On ne fera pas le même travail si on implante une nouvelle usine d’engrais ou une crèche», explique Fabien Masson, ingénieur à la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, ancienne Drire). Les sites Seveso sont donc utiles voire indispensables à l’économie locale, très difficilement recyclables, mais peuvent s’avérer dangereux dès lors que l’urbanisation galopante met en péril la vie des riverains. Tout est donc une question de maîtrise des risques pour ne pas revivre un second AZF…

Sophie Orus


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