Toulouse : Le bonheur est-il dans le pré ?

Trouver l juste milieu entre le territoire et ses différents usages

Si quelques espèces spécifiques à Toulouse trouvent à se nicher en zone urbaine, les aléas de la ville, pollution, tonte excessive et autres utilisations massives de produits de jardinage nuisent à une faune qui ne demande pourtant qu’à trouver sa place. Récemment la municipalité a pris une grande décision : partager l’espace urbain afin que nature et hommes puissent y cohabiter voire s’entraider. Alors la ville rose-coquelicot : utopie ou réalité ?

«Tout est intimement lié», annonce Pierre Dalous, ornithologue au Muséum de Toulouse, «les oiseaux mangent des graines et des insectes, qui se nourrissent eux-mêmes de plantes etc. C’est la chaîne de la vie qui est malheureusement rompue en ville. Car comme toutes les métropoles, Toulouse s’agrandit à une vitesse impressionnante et la faune a tendance à y disparaître.» Ces dernières décennies, le nombre d’espèces ayant disparu est affligeant. Heureusement des petits malins avant-gardistes s’accrochent voire trouvent plusieurs avantages en l’espace urbain. En ville on trouve beaucoup de Martinets, car il niche sous les tuiles. Le Martinet pâle est plus particulièrement spécifique à la ville rose. C’est le seul endroit, dans les terres, où il s’est adapté : habituellement fidèle aux bords de Méditerranée, ici il niche en bords de Garonne. «On voit aussi beaucoup de hérons cendrés, ou encore de hérons bihoreau gris, un oiseau très discret qui circule essentiellement à la tombée du jour. Ce dernier a trouvé en ville des conditions de survie qui lui conviennent, avec la chaleur notamment.» C’est le cas du Faucon pèlerin, bien connu pour nicher sur les grands bâtiments et trouver grâce aux hauteurs urbaines une profusion de proies. Son retour est assez récent et typique de l’évolution de certaines espèces. «La ville est ainsi devenue une zone de refuge et d’hivernage faisant traverser le périphérique à plusieurs espèces», analyse Pierre Dalous. Loin d’être purement réjouissant, ce constat met surtout en lumière la dégradation des campagnes. En outre, beaucoup d’individus hivernent et trouvent refuge dans les parcs, alors qu’ils sont censés migrer. Au printemps, ces oiseaux qui se sont sédentarisés, agissent come des aimants auprès des populations migrantes et ils se reproduisent alors en périphérie urbaine. «Globalement une espèce adaptable qui trouve de la nourriture, un espace tranquille et une zone de reproduction peut très vite y faire son nid.» C’est le cas du Martin pêcheur qui, en hiver, rentre dans la ville via la Garonne. Il y trouve un confort meilleur qu’en campagne. «Il suffit de lever les yeux et de s’intéresser», ajoute Pierre Dalous, «car le ciel toulousain voit aussi passer des vautours fauves et des cigognes…» Dans un autre genre, le long du Canal, les naturalistes ont eu quelques surprises en dénichant dans des cavités de platanes quelques espèces de chauves-souris que l’on ne trouve habituellement qu’en forêt…

Les ruches débarquent en ville

  «Fleurir et donner à réfléchir»

«Dès 2008, nous avons mis en place une gestion différente des espaces verts», déclare Michèle Bleuse, Conseillère municipale déléguée aux espaces verts et à la biodiversité, «l’idée est de travailler une politique qui n’oppose pas l’homme et la nature.» Toulouse qui n’a finalement que peu d’espaces verts (1000 hectares environs) au vu de sa superficie (près de 12 000 hectares) en perpétuelle élargissement, a soudainement pris un autre visage. Largement décriées par les Toulousains, qui ont cru que la ville tombait à l’abandon, ces nouvelles méthodes d’entretien des espaces verts sont loin d’être passées inaperçues ! «Nous avons travaillé sur la strate herbacée en remplaçant une partie des pelouses bien vertes, bien rases et bien jolies par des zones de friches urbaines. Mais cela signifie surtout qu’au lieu de traiter à coup de fongicides, de pesticides et d’engrais, au lieu de consommer de l’eau et de faire disparaître toute forme de vie, nous avons décidé de laisser aux végétaux la possibilité de mener leur cycle à bien.» Les naturalistes sont clairs : il n’y a rien de plus pauvre qu’une étendue de gazon tondu. En termes de vie végétale et animale, c’est une catastrophe. «L’idée n’est pas de transformer la ville en jachère mais bien d’adapter la fréquence et la hauteur des tondes aux usages : ainsi les espaces de jeu sont bien sûr arrosés et tondus, certains endroits sont fauchés plusieurs fois par an, d’autres une fois l’année.» La prairie urbaine, créée par une réduction de la tonte, est effectuée sur 15 à 20% du territoire des espaces verts. Et s’il faut plusieurs années pour qu’un site deviennent attractif, se stabilise et devienne homogène en terme de faune et de flore, on en voit déjà les premiers bénéfices. Ainsi les bords du Canal sont à nouveau fleuris d’iris jaunes qui avaient disparu depuis plusieurs années. Sur la Grande plaine, zone pilote : «La fauche tardive favorise le retour de certaines espèces : on voit réapparaître de grosses orchidées sauvages, des papillons et une kyrielle d’autres insectes», indique Jean Ramière, chargé de mission à l’association Nature Midi-Pyrénées, «on voit rapidement que c’est sur la bonne voie, mais il est compliqué d’avoir des chiffres. Il faut encore du recul pour remarquer de manière scientifique la régénération du milieu. Pour l’instant il s’agit d’observer car qui dit insectes, dit oiseaux et petits rongeurs.» On parle d’ailleurs du Chardonneret qui semble traîner ses ailes dans les parages, ou encore le Campagnol-amphibie, côté rongeur, bien connu à Toulouse. Largement menacé en zone urbaine, il est aujourd’hui favorisé par le retour de berges plus étoffées. Pierre Dalous note également le retour du Moineau qui semble reprendre du poil de la bête : «Il allait très mal, à cause de la disparation des prairies d’insectes à la campagne et j’ai l’impression qu’en ville il se porte mieux.» Mais la mairie ne s’arrête pas là. Car elle compte bien optimiser le paysage urbain et trouver une place à chaque chose. Ainsi haies champêtres, bois urbains et zones humides font aussi leur apparition. Tous les écosystèmes tendent à être représentés dans des lieux stratégiques de l’agglomération, afin de rendre leur place à la faune et la flore sans entraver le fonctionnement urbain.

Le Martinet pale bien connu de la ville rose

  «La ville doit être un milieu naturel comme les autres et pas une zone de non droit pour la nature»

«En 2009, la mairie a également installé une trentaine d’abris destinés aux chauves-souris dans les parcs et jardins de la ville», indique Julie Bodin, chargée de mission au CEM (Conservatoire d’espaces naturels de Midi-Pyrénées), «c’est encore trop tôt pour voir si les espèces reviennent en nombre, mais c’est encourageant, car le premier contrôle effectué en 2010 montrait que plusieurs gîtes étaient déjà occupés, notamment au Jardin du Barry, par des Pipistrelles.» En milieu urbain, les chauves-souris peuvent aussi s’installer dans le bâti, mais la rénovation incessante des structures urbaines rend leur installation compliquée. L’idéal est encore la vieille maison de ville, qui fait office de «HLM à chauves-souris», plaisante Pierre Dalous. «Nous sommes condamnés à nous agrandir, si l’on veut faire perdurer cette biodiversité et cohabiter en paix, il faut apprécier le naturel et ne pas lui préférer le superficiel ! La richesse n’est pas que dans l’esthétique. Il faut apprendre à regarder la vie qui se développe dans les espaces que nous offre la nature.» Et Jean Ramière d’ajouter : «Il est crucial de rétablir un équilibre et de faire que la ville ne soit pas que béton et bitume. Et c’est bénéfique à l’homme, il ne faut pas l’oublier !» Aujourd’hui les métiers des techniciens des espaces verts ont beaucoup évolué. «Au quotidien, ils font un diagnostic des usages et du potentiel des espaces», explique Michèle Bleuse, «cela demande des capacités d’observation, d’analyse et de remise en cause. Avant c’était plus simple : on tondait et on taillait partout !» Les équipes ont bien sûr été formées, en parallèle d’un grand projet de communication pour sensibiliser en interne comme en externe : «Nous avons fait preuve de pédagogie et aujourd’hui je voudrais que d’autres s’en emparent : particuliers et professionnels.» Si la prise de conscience semble en bonne voie, il faut rapidement qu’elle soit suivie d’effets. Attention à respecter tous ces colocataires d’un autre genre et à ne pas perturber leur quotidien. Laisser la nature reprendre ses droits sur la ville et partager l’espace urbain, ce n’est pas si compliqué. Pourquoi ne pas prendre le temps de regarder et de s’intéresser ? De comprendre que la ville doit sortir de cette dualité homme/nature ? Si chacun y met du sien, peut-être Toulouse verra-t-elle un jour réapparaitre les hirondelles…

Aurélie Renne

Pour plus d’infos :
www.naturemp.org
http://enmp.free.fr/sommaire.htm
www.museum.toulouse.fr/

 

 Chacun s’y met dans son jardin !

-Faire en sorte que les gîtes naturels restent en place : laisser des accès aux animaux

-Freiner voire arrêter l’utilisation de pesticides

-Favoriser un jardin le plus naturel possible

-Choisir des essences locales

-Eviter de planter des espèces dites invasives

-Gérer son jardin de façon la moins interventionniste possible

-Eviter de déranger la faune installée

 

 



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