Toulouse; La pluralité de l’info menacée ?

Après la suppression du journal local de France 3 et la fermeture de M6 Toulouse, c’est au tour de TLT d’être dans la tourmente. Le paysage audiovisuel toulousain broie du noir et la presse commence elle aussi à souffrir.
La série télé qui fait un carton en ce moment et dont une partie de l’intrigue se déroule à Toulouse porte le nom  de “Disparitions”. Un titre qui ne peut pas mieux résumer l’état actuel de la pluralité audiovisuelle dans la Ville rose qui a vu en quelques mois supprimés des antennes le décrochage de M6 Toulouse et les journaux locaux de France 3 absorbés par l’édition régionale. Depuis plusieurs semaines, c’est au tour de la chaîne fétiche de nombreux Toulousains d’être placée en sursis par ses actionnaires. Déclarée en cessation de paiement, TLT attend avec fébrilité la décision du Tribunal de Commerce ce vendredi qui pourrait statuer sur une liquidation et donc laisser pas moins de 53 salariés sur le carreau. Les journalistes ont d’ailleurs lancé une pétition pour soutenir leur chaîne, avec pour l’instant environ 4 500 signataires, et leur accroche est sans équivoque : «Aidez-nous à ne pas fermer la dernière télévision locale à Toulouse après M6 et France 3 ! Si vous êtes attachés à la pluralité de l’information dans votre ville, soutenez TLT ».
En effet, si TLT venait à disparaître des ondes hertziennes, l’information locale n’aurait plus de vitrine audiovisuelle. Les porte-paroles de la chaîne ne veulent cependant pas croire à un tel scénario catastrophe : «Je ne pense pas que TLT ferme mais les licenciements risquent d’être massifs. Si nous repartons sur de nouvelles bases, je ne suis pas contre», confie Jean-Marc Lucas, journaliste cinéma. «On pourrait même envisager la possibilité de repreneurs. Mais ce qui nous agace, c’est que tous les clignotants sont au vert pour TLT et, pourtant, rien ne va plus.» Certes, sans France 3 ni M6, TLT aurait pu bénéficier d’un monopole sur la Ville rose : «Je ne comprends pas pourquoi les actionnaires se sont précipités. Ils auraient pu attendre la suppression de la publicité après 20h sur les chaînes nationales et bénéficier ainsi d’une nouvelle manne financière. La publicité va revenir dans le giron local. Et qu’on ne nous parle pas du déficit de TLT car aucune chaîne locale en France n’est actuellement à l’équilibre.»

 


«Le PS passe et la télé trépasse !»

Car c’est bien là que le bât blesse. Les difficultés financières de la chaîne qui enregistre chaque année 1,4 millions d’euros de déficit ont alarmé les actionnaires. Mais pour les journalistes, les tourments de TLT relèvent avant tout d’un choix politique : «Comme par hasard, la gauche passe et la télé trépasse !», ironise Jean-Marc Lucas. «Le passage du PS à la mairie de Toulouse n’arrange pas nos actionnaires comme la Caisse d’Epargne ou Lagardère.» Mais au-delà du syndrome toulousain, c’est tout un modèle économique des télévisions locales qui est à revoir et qui ne permet pas actuellement de pérenniser une offre d’information diversifiée : «Nous sommes au Moyen-âge en France contrairement à l’Allemagne ou à l’Espagne où les chaînes locales ont une puissance de feu. Nous manquons de financement alors que nous sommes soumis à une double peine : le paiement de la diffusion hertzienne et celle de la TNT.»
Les solutions sont peut-être à entrevoir du côté des collectivités territoriales. La mairie de Toulouse, actionnaire à hauteur de 20 % de TLT, est selon les journalistes la seule à défendre les salariés et à ne pas cautionner les propositions de licenciements. C’est d’ailleurs elle qui a assuré la moitié des salaires du mois d’octobre à l’ensemble du personnel. Mais son engagement n’est pas suffisant : «Nous attendons des réponses de la part du Conseil Régional et du Conseil Général. A TV8 Mont-Blanc, deux Conseils Généraux participent au financement de la chaîne. Pourquoi pas nous ?», s’interroge Jean-Marc Lucas.
Du côté de la presse écrite, certains journaux survivent face au monopole de La Dépêche du Midi en offrant une information différente et surtout en misant sur une périodicité différente. Mais la donne est peut-être en train de s’inverser. Le mensuel Toulouse Mag, qui appartient à La Dépêche, a déjà quitté ses locaux allées Jean Jaurès pour rejoindre ceux de son propriétaire il y a quelques semaines et ne fonctionne plus qu’avec trois journalistes permanents. Le groupe Milan Presse préparerait lui aussi actuellement un plan sévère de licenciements. Seuls les gratuits semblent tirer leur épingle du jeu avec une priorité donnée à la publicité sur l’information…

Sophie Orus


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