« Toulouse doit réhabiliter Jean Calas ! »

Jean Calas. Ce nom a traversé les époques depuis le XVIIIe siècle. Ce drapier protestant condamné à mort pour le meurtre de son fils, Marc Antoine, puis réhabilité quelques années plus tard par Louis XV, est resté dans les livres d’Histoire pour avoir inspiré le Traité de la Tolérance à Voltaire. L’association « Jean Calas, l’Europe nous regarde », se bat depuis quatre ans pour que sa maison, située rue des Filatiers, devienne un lieu de mémoire.

 

Une vitrine fermée au rez-de-chaussée, une douzaine d’appartements au-dessus. En levant les yeux, on aperçoit la plaque « Maison Calas fin XVe et XIXe siècles ». Il ne reste pas grand-chose de la bâtisse imposante du commerçant. Classée monument historique, seul le grand couloir de l’entrée est accessible au public. C’est là que l’association Jean Calas organise des expositions, notamment pour les Journées du patrimoine ou pour des visites scolaires. Le local commercial est fermé depuis plus de six ans. Il appartient à une société financière Tanahair qui cède le bail commercial au groupe Casino : « Il a repris le bail pour éviter qu’un autre commerce ne s’installe là. Casino détient quasiment tous les magasins alimentaires du centre-ville », explique Claude Dupuy, président de l’association. Professeur d’Histoire à la retraite, il a découvert la maison Calas par hasard « en cherchant un pied-à-terre sur Toulouse». En 2009, il crée l’association avec un objectif en tête, ouvrir un lieu de mémoire sur l’affaire Calas et le Traité de Tolérance écrit par Voltaire en 1763. Ce texte, dont on fête cette année le 250e anniversaire, « a inspiré la Déclaration des Droits de l’Homme et la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat », rappelle le professeur.

Imbroglio politique

Pour réaliser son projet, Claude Dupuy se bat pour que la mairie devienne propriétaire du lieu. Elle en a eu l’occasion il y a deux ans, lorsque les anciens propriétaires ont vendu à Tanahair. La municipalité aurait pu préempter le local à ce moment. Mais « le prix exceptionnel » a freiné toute ambition. La société financière aurait déboursé « 956 000 euros » pour les 310 mètres carré, selon le président de l’association. Prix auquel il faut ajouter environ 600 000 de travaux pour restaurer le lieu selon les exigences de la classification « Monument historique ». La mairie a alors suggéré aux militants de l’association de se tourner vers les collectivités territoriales… « Ce que nous avons fait ! » clame Claude Dupuy, « Martin Malvy et Pierre Izard ont tous deux promis de participer à hauteur de 30%, mais seul Pierre Cohen peut prendre la décision finale de préempter. »

Un lieu symbolique

Cet acte serait une manière pour Toulouse de réhabiliter la mémoire de Jean Calas : « La France l’a fait, l’Europe aussi mais pas la ville. » Pour Claude Dupuy, les Toulousains n’ont jamais été convaincus de l’innocence du drapier. « J’entends souvent dire : on ne sait pas ce qui s’est passé, rien n’a été prouvé », témoigne-t-il. En effet, Jean Calas a été condamné sans enquête de police, mais « Voltaire a mené un vrai travail d’investigation avant de clamer son innocence.» Innocence reconnue par Louis XV en 1765, soit trois ans après la mort de l’homme. A Toulouse, on peut encore lire sur un panneau, rue des Filatiers : « rue rendue tristement célèbre dans les années 1760 par la famille Calas. » Une tournure qui ne plaît guère au professeur d’Histoire : « Elle met en cause cette famille, sans préciser qu’elle a été victime d’une erreur judiciaire. » Et que dire de la gravure au Musée du Vieux Toulouse où l’on voit le Capitoul Baudrigue accuser Calas devant le corps gisant de son fils… 252 ans après les faits, les fantômes de cette sombre affaire semblent encore hanter les rues.

 

Coralie Bombail

 

Repères :

Le local de la maison Calas s’est vendu en 2012 à 956 000 euros.

« Le Traité de Tolérance (écrit par Voltaire suite à l’affaire Calas) a inspiré la Déclaration des Droits de l’Homme et la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. »

Contacts :

Association Jean Calas, l’Europe nous regarde

50 rue des Filatiers, 31000 Toulouse

Mail : assojeancalas@gmail.com

Site : http://jean-calas-toulouse-europe.fr/



UN COMMENTAIRE SUR « Toulouse doit réhabiliter Jean Calas ! »

  1. BENA dit :

    Excellent article sur un moment important de l’histoire de Toulouse. Cette maison fait partie du patrimoine toulousain et l’intervention de Voltaire pour la tolérance a été un acte fort contre le fanatisme religieux qui est encore malheureusement d’actualité.

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