Toulouse dégaine sa police de proximité

Après la Seine-Saint-Denis et Marseille, Toulouse est la 3ème ville à bénéficier de la mise en place des Unités Territoriales de Quartier. Celles-ci seront opérationnelles le 29 septembre prochain et marqueront le retour de la police de quartier à Toulouse.
Il y a 4 ans, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, mettait un terme à la police de proximité et humiliait publiquement son initiateur Jean-Pierre Havrin, commissaire à Toulouse. Aujourd’hui, Sarkozy est Président de la République, Havrin adjoint au maire de Toulouse chargé de la sécurité… et la police de proximité reprend du service ! Les îlotiers sont désormais regroupés en Unités Territoriales de Quartier (UTeQ) et prendront leurs fonctions lundi prochain dans la Ville rose. Ils sont pour l’instant 61 fonctionnaires volontaires, pour la plupart issus de la région parisienne formés durant 15 jours au terrain, et seront bientôt 87 répartis sur trois territoires sensibles : Reynerie-Bellefontaine, Sud-Empalot et Bagatelle.
Si le nom de la police de proximité change, les missions restent les mêmes : «Les policiers doivent remplir une mission d’ordre public mais leur travail prend une dimension judiciaire car ils devront interpeler les auteurs d’infraction, dresser les procès-verbaux et rendre compte à la justice», a précisé Michel Valet, procureur de la République à Toulouse lors de l’intronisation des nouveaux agents vendredi dernier.

 

Des résultats

Les UTeQ seront épaulées au besoin par d’autres unités de la Police Nationale ou par la Compagnie de Sécurisation qui sera opérationnelle début 2009, apportant 100 agents supplémentaires. Chargés principalement du travail de prévention et de renseignements sur les réseaux de délinquance, les policiers devront patrouiller à pied dans les quartiers difficiles : «Il faut que les agents soient visibles, présents sur le terrain, actifs et qu’ils acquièrent rapidement une bonne connaissance de leur secteur et de leurs interlocuteurs», a déclaré Dominique Bur, préfet de Haute-Garonne, avant de prévenir les fonctionnaires : «L’Etat attend des résultats». En effet, un suivi des UTeQ sera mis en route et les objectifs fixés aux policiers selon les informations qui remonteront du terrain.
Si les chiffres de la délinquance sont en baisse sur les huit premiers mois de l’année, le Directeur Départemental de la Sécurité Publique de Haute-Garonne Jean-Paul Breque relativise les statistiques : «Les Unités Territoriales de Quartier sont un moyen pour remettre de l’ordre dans les quartiers mais elles n’en sont pas une garantie. La situation dans les secteurs sensibles est très cyclique.» De son côté, le Préfet a rappelé que «la police ne suffit pas». «Il faut évidemment plus d’emploi, notamment pour les jeunes. Le contrat d’autonomie sera ainsi bientôt une réalité. Il faut un environnement urbain plus adapté, et c’est tout l’enjeu du programme de rénovation urbaine. Je n’oublie pas non plus la place essentielle de l’école et de l’éducation.»
En attendant, tous les regards sont tournés vers les nouvelles UTeQ, «une chance pour Toulouse», selon Dominique Bur. «Nous avons tout à y gagner et nous sommes plein d’espoir», conclut Jean-Paul Breque.

« Pas de police low cost »

Les syndicats de police ne peuvent que se réjouir de l’arrivée de nouveaux agents car ils se plaignent quotidiennement d’être en sous-effectifs dans une ville sensible. Mais ils restent également prudents sur la mise en place des Unités Territoriales de Quartier : «Il faut du temps pour que la police de proximité se montre efficace», prévient Cédric Delage, représentant départemental de l’UNSA Police. Du temps mais également des moyens : «Les agents sont de moins en moins bien payés et dispose de peu de matériels. Il s’agit d’une police low cost. Nous attendons plus de moyens et de véhicules en renfort.» Le syndicat déplore également le temps perdu depuis quatre ans : «Nous revenons à ce qui fonctionnait dans le passé. Mais il va être difficile de rétablir le contact, le dialogue. Il y a eu cassure dans les quartiers.»
Quant à la baisse de la délinquance dans les statistiques toulousaines, Cédric Delage dément la version officielle : «On peut faire dire ce que l’on veut aux chiffres. D’autre part, chaque fonctionnaire a reçu des objectifs individuels qu’il est obligé de remplir s’il ne veut pas être pénalisé dans la suite de sa carrière. Or, on ne doit pas faire de la rentabilité avec la délinquance.»    

Sophie Orus


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