Toulouse contre la loi espagnole anti-avortement

Le gouvernement espagnol souhaite modifier le droit à l’avortement. La nouvelle loi n’autoriserait l’interruption volontaire de grossesse que dans certains cas. Toulouse, ville aux racines féministes et espagnoles, a organisé une contre-croisade pour manifester son désaccord.

Suite à la manifestation qui avait eu lieu le 20 décembre à Paris, mercredi 8 janvier, une assemblée en majorité féminine s’est formée devant le consulat espagnol à Toulouse pour contrer une loi en passe d’être votée en Espagne. Le texte incriminé interdit l’accès à l’avortement aux femmes espagnoles à part en cas de viol ou de « grave danger pour la vie ou la santé physique ou psychologique » (qui doit le cas échéant être expertisé et attesté par deux médecins indépendants de l’endroit où aura lieu l’avortement, ndlr). Le texte prévoit donc l’annulation de la loi de 2010 qui autorisait l’avortement jusqu’à 14 semaines sur avis d’un médecin, voire 22 semaines en cas de malformation du fœtus, sur avis d’un psychiatre. A l’initiative du « Collectif des féministes solidaires », un collectif informel, ce sont donc environ 400 personnes qui ont scandé leur indignation dans la ville rose. La plupart des associations locales d’aide aux femmes étaient présentes, ainsi que plusieurs personnalités politiques. « On espère toujours plus de monde mais pour un jour travaillé, ce n’est pas si mal », concède Sigrid Champeau, salariée du planning familial.

Des effets collatéraux à Toulouse

« C’est un sacré recul par rapport à ce qui était mis en place. Les conséquences vont être désastreuses et le planning familial va les ressentir de plein fouet : actuellement on envoie une cinquantaine de femmes françaises chaque année passer la frontière car elles ont passé le délai légal d’avortement en France »(en France l’avortement est possible jusqu’à la 12ème semaine ndlr). Une première conséquence lourde pour les femmes espagnoles mais qui aurait aussi de multiples effets collatéraux « en France et en particulier dans le grand sud. On peut d’ailleurs totalement imaginer que cela s’inversera comme c’était le cas dans les années 80. D’ici peu ce sont les femmes espagnoles que nous accueilleront, quant aux françaises il faudra leur dire de partir aux Pays Bas ou en Angleterre. » Sigrid Champeau regrette également la nouvelle appellation du texte, passé de « loi sur l’interruption volontaire de grossesse », à « loi sur la protection de la vie et des droits de la femme enceinte » : « On voit qu’il y a un énorme changement de statut qui met en exergue que ce gouvernement est défenseur  des valeurs fondamentalistes et traditionnalistes religieuses. »

Vers un déni de la liberté de choix

Le Conseil des ministres a approuvé le texte limitant le droit à l’avortement le 20 décembre dernier, or le parti populaire de Mariano Rajoy dispose de la majorité absolue au parlement où ce texte devrait à priori être accueilli favorablement. « Il a été demandé que le vote soit secret, pour que même des personnes du parti populaire puissent voter contre mais ils sont quand même majoritaires… il y a de très fortes chances pour que ça passe », termine Sigrid Champeau. En amont de la manifestation, une « occupation » du consulat a été mise en place afin d’exiger l’envoi de fax aux parlementaires mais la demande n’a semble-t-il pas été entendue. « On va continuer à mettre la pression pour empêcher que cette loi ne passe. »

Repère

Le 20 janvier le texte passe au parlement espagnol

Aurélie RENNE



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