“Touch” pas à mon école !

Au-delà des polémiques habituelles de rentrée relatives aux chiffres, l’éducation constitue pour un pays le fondement de son avenir. Si développement économique, rayonnement culturel, cohésion sociale sont intimement liés aux moyens mis en place, il ne faut pas oublier qu’éduquer les peuples, leur donner l’accès à la connaissance et au libre arbitre  constituent le meilleur rempart contre le fanatisme et la tyrannie. Chaque fois que l’on a voulu asservir un peuple, on a brûlé les livres et fermé les écoles.

 
Des moyens contestés

Ce sont 12 millions d’élèves qui ont effectué cette semai-ne leur rentrée de la maternelle au lycée. Pas moins de 6,7 millions d’écoliers, 5,4 millions de collégiens et 2,1 millions de lycéens ont repris le chemin des cours. Ce sont 40 000 élèves de plus qu’en 2010 qui ont étés accueillis par quelque 840 000 professeurs dans environ 65 000 établissements publics et privés. Avec 16 000 postes supprimés en 2011/2012 et autant prévus l’an prochain, le “mammouth” cher à M. Allègre aura été rarement aussi dégraissé et risque de finir anorexique. Ce sont 1 500 classes qui auront été supprimées dans le seul primaire. En parallèle, 212 640 élèves handicapés seront scolarisés en milieu ordinaire (c’est-à-dire dans l’école de leur quartier), soit 11 250 de plus qu’à la rentrée 2010 ; ce qui nécessitera des moyens supplémentaires… Enfin, en plaçant cette rentrée sous le signe de la qualité avec un enseignement “sur mesure” via l’accompagnement personnalisé au lycée, on sent bien que l’équation “objectifs/moyens” va être difficile à résoudre en dehors des discours médiatiques.

Enseignant, un sacerdoce

Pas étonnant que dans ce contexte, les vocations disparaissent et que l’on ait recours à des expédients. Savez-vous comment sont remplacés les enseignants absents pour des durées pré- visibles dépassant quelques semaines ? Par exemple une jeune femme qui va s’arrêter plusieurs semaines pour devenir maman, le plus beau métier du monde dit-on. On pourrait penser que dans ce cas bien identifié, prévisible, un enseignant de remplacement pourrait être programmé. Non. Le plus souvent, l’académie fait appel à Pôle emploi. Vous avez une licence (3 ans après le Bac), peu importe votre formation, on vous embauche en CDD dès demain pour faire classe. On peut imaginer quelqu’un sans formation qui a une licence de chimie enseigner les mathématiques à plusieurs niveaux de classe sans aucune préparation, sans même le plus souvent avoir rencontré le professeur à remplacer ! Ne rigolez pas comme aurait pu dire Coluche «c’est de l’avenir de vos gosses dont il s’agit».

Le métier d’enseignant

Au-delà des fantasmes, des clichés, des caricatures, des tous “fainéants”, toujours en vacances, la dure réalité du terrain est toute autre. En dehors des piges de Pôle emploi, en général ils ont en poche, selon leur poste, des Bac+5 voire plus, ont passé un concours ou plusieurs (CAPES, Agrégation…) ont suivi une formation spécifique (jusqu’en 2009) et touchent généralement moins de 1 600 € net/mois après 7 ans d’ancienneté pour un titulaire du CAPES. Depuis le décret de 1950, ils assurent en moyenne 21H/semaine fa-ce aux enfants mais il faut multiplier par deux ce temps pour obtenir leur travail réel. Un professeur consciencieux (l’immense majorité) prépare ses cours, même quand il connaît le programme. Interviewé un professeur d’histoire nous expliquait : «Pour un chapitre d’Histoire qui s’étale sur 3h de cours, c’est 8 à 9h de préparation à faire en amont. Bien sûr, il y a des documents dans le manuel, mais à l’ère du numérique, il faut aller piocher ailleurs si on veut intéresser les enfants. En plus de la préparation des cours, il faut compter le temps de correction. Avec sept classes, 35 élèves par classe et un devoir surveillé en moyenne tous les 15 jours, il faut compter 7h par semaine». A cela, il faut ajouter le travail administratif quand on est professeur principal. Il leur faut rencontrer les parents, coordonner l’équipe d’enseignants, créer une unité dans la classe, régler les moindres problèmes. Si l’on ajoute au tableau déjà noir de leur environnement un manque de soutien de leur hiérarchie en cas de conflits avec certains parents ou enfants difficiles, le risque quotidien en sortant de retrouver ses pneus dégonflés ou crevés ou de se faire parfois agresser, alors dur dur d’être professeur. Toujours volontaires pour être enseignants ?

Avis de citoyen

S’il est un sujet qui devrait revêtir de l’intérêt et être au cœur du futur débat présidentiel, c’est bien celui de la pla-ce de l’éducation au sein de notre société. Une étude de 2008 menée par le cabinet McKinsey concernant “les clefs du succès des systèmes scolaires les plus performants” dans 27 des 30 pays de l’OCDE, montre que la qualité attendue doit répondre à au moins trois critères. La priorité est basée sur la qualité du recrutement des professeurs. «Il convient d’inciter les personnes les plus compétentes à devenir enseignants». Pour combler les manques nous les recrutons à Pôle emploi sans autre critère que celui de posséder une quelconque licence et nous les rémunérons comme des ouvriers. Le deuxième point concerne la formation des futurs enseignants. «Il convient de leur fournir une formation de qualité». Depuis 2008, nous avons cassé la filière IUFM et jetons nos jeunes maîtres face aux é-lèves sans aucune compétence pédagogique. Troisième élément plus subjectif : «S’assurer que le système est conçu pour offrir à chaque élève le meilleur enseignement possible». La fermeture de centaines de classes, le non-remplacement de milliers d’enseignants montrent bien que nous n’allons pas dans le sens préconisé. Avec 6,6 % du PIB consacré à l’éducation, la France est loin des 10 % des USA et des 9 % de l’Allemagne ou des pays dits émergeants. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que nous ayons de plus en plus de jeunes en difficulté, que nous soyons à la traîne en matière de dépôts de brevet et que le malaise grandis-se dans le pays de Voltaire. Coluche disait avec beaucoup d’humour sur le sujet : «Les politiques préfèrent investir dans les prisons que dans les écoles car ils sont sûrs qu’ils ne retourneront pas faire des études».



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