TLT, bientôt régionale ?

Depuis le 12 décembre votre télécommande a peut-être cherché TLT. Logique puisqu’avec l’arrivée des six nouvelles chaînes de la TNT, le canal de diffusion de notre télé locale a changé. Vous la retrouvez désormais sur le canal 31, et non plus sur le 20. Mais l’actualité du média toulousain ne s’arrête pas là en ce moment… Depuis plusieurs années, TLT connaît des problèmes économiques récurrents, avec de fréquentes restructurations et des changements au niveau de la direction. En 2008, on évoquait déjà un plan de la dernière chance ; c’est dire la situation de précarité dans laquelle le personnel est installé depuis. Régulièrement d’ailleurs, les responsables syndicaux de la chaîne locale ne se sont pas faits priés pour interpeller les différents acteurs, et notamment les collectivités sollicitées pour sauver le soldat TLT : « «Si le Département et la Région s’engagent, nous devrons sûrement émettre sur un territoire plus vaste et nous ne pourrons pas en assumer le coût», s’interrogeait en 2008 le journaliste Jean-Marc Lucas.

Un proche de Malvy bientôt aux manettes

En 2012, la situation n’a pas évolué pour autant, et c’est la région qui a décidé de prendre les choses en main en allouant 1,5 millions d’euros sur trois ans à la télévision locale, sous la forme d’un contrat d’objectif et de moyens : « Mais la région n’est pas pour autant actionnaire. Nous ne siégeons pas pour l’instant au conseil d’administration… Peut-être la mairie de Toulouse le préconisera-t-elle d’ailleurs dans les mois qui viennent ? » nous explique Gérard Onesta, vice-président de la région, qui a poussé à la création d’une commission temporaire sur le secteur télévisuel régional. Car TLT n’est pas le seul cas d’inquiétude pour l’élu écologiste : « L’état général du PAF midi pyrénéen est inquiétant. A France 3 comme à TLT c’est la panique, et les producteurs indépendants sont au bord de la rupture. Nous devons donc vite observer et analyser ce qui se passe ailleurs … Il y a peut-être des modèles économiques pertinents et novateurs à mettre en place. » Du côté de l’opposition, on semble divisé sur ce dossier. Pour Marie Déqué, élue du groupe « Républicains et Territoires » et ancienne adjointe toulousaine à la culture, il faut soutenir sans complexe la position de Martin Malvy : « Je connais la qualité de TLT, et je sais qu’ils ont besoin de nous aujourd’hui. » Le discours est plus nuancé du côté du groupe « Osons Midi-Pyrénées » et de Vincent Novès : « Bien sûr qu’il faut sauver TLT, c’est un média qui a son importance dans notre agglomération, mais je crois qu’il faut sauver des médias à partir du moment où on leur laisse une certaine dose de liberté, notamment éditoriale. Si c’est pour mieux les contrôler, alors il vaut mieux en effet que ces télés ou radios se meurent … Ou alors elles deviennent clairement des antennes pour certains partis politiques, et donc nous sommes dans une atteinte claire à la démocratie. » Car là est donc la controverse du moment… Dans la supposée future liberté éditoriale de TLT, avec la probable nomination de Philippe Joaquim, actuel directeur de cabinet de Martin Malvy, à sa tête. Une arrivée qui n’émeut pas Gérard Onesta : « La question de Philippe Joaquim ne m’empêche pas de dormir. Son CV plaide pour lui, il est sans doute le meilleur spécialiste de ces questions-là sur la place toulousaine. » En effet, l’éminence grise du président de la région, fut notamment le conseiller de Jérôme Clément lorsque celui-ci dirigeait Arte, et ses qualités sont également saluées par Marie Déqué : « Même si Mr Joaquim est de la sensibilité politique contre laquelle je lutte au quotidien, il est un homme compétent. Je ne suis pas guidée par l’idée que mes adversaires politiques se distribuent des postes, je cherche simplement à être constructive dans l’intérêt de TLT. »

Mainmise de la région et rôle de « La Dépêche du Midi » ?

Le son de cloche diffère clairement avec Vincent Novès, qui voit dans cet acte une mainmise d’un appareil politique sur un média, et qui ironise volontiers sur ses souvenirs de campagne présidentielle : « Je me souviens d’un François Hollande nous disant : « « Moi Président, je ne nommerai jamais mes amis à la présidence de chaînes de télévision ou autres… » Ses lieutenants locaux ou régionaux font exactement le contraire. Nous sommes là clairement dans un conflit d’intérêts, et je demande à Martin Malvy de réviser sa position. C’est un pouvoir pris sur un média à l’approche des échéances municipales et régionales. » Cette question du conflit d’intérêts n’est d’ailleurs absolument pas écartée par Gérard Onesta. Si ce dernier ne remet pas en cause la probité et l’intégrité de Philippe Joaquim, il s’interroge en revanche sur le rôle joué par « La Dépêche du Midi » dans ce dossier : « Nous devons nous interroger sur le fait que le quotidien régional gère aujourd’hui la régie publicitaire de TLT. » C’est en effet O2 pub, régie médias filiale de « La Dépêche du Midi », qui commercialise aujourd’hui les espaces publicitaires pour le compte de la chaîne locale. Le vice-président de la région questionne volontiers sur la préférence que pourrait donner cette régie au print et au web au détriment de l’outil télé, mais se projette aussi dans l’avenir : « Le ouï-dire veut que La Dépêche ait pour projet le lancement d’une web-tv, donc forcément un concurrent potentiel pour TLT. C’est donc notre rôle de poser les bonnes questions. » Pour le moment, la commission régionale se met au travail et va recenser jusqu’au 17 décembre les préconisations de chaque groupe politique. Début janvier, la nomination de Philippe Joaquim devrait être effective, et le 16 janvier tous les acteurs de ce dossier seront auditionnés. Fin janvier, nous devrions donc en savoir plus sur l’avenir de TLT…

 

Thomas Simonian



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