T’as tout pour plaire

Il faut vivre avec son temps : Les fleurs des blouses et les rayures des tabliers de nos grands mères rencontrées sur les marchés de la belle France profonde, les jeans usés ou déchirés aux genoux, sensés donner un style aux minettes qui n’en ont pas et les casquettes “rap” ne se remarquent plus. Rien ne permet de se distinguer vraiment dans le magma ambiant. “Le look” n’est plus ce qu’il était… Comment faire pour “exister” ? Le “look”, ce petit mot court sur patte qui veut dire allure, habillement, style ou même “touche” (lorsqu’il s’entend pour “une drôle de…“) concerne en premier lieu les frusques.

 
Celles-ci sont les indispensables accessoires du “genre”. Il convient d’y adjoindre la dégaine qui donne l’air déjanté,  bobo, déluré, artiste. Le débraillé, la barbe en bataille et la chemise pendante en complément et vous obtenez la panoplie des belles images de nos rues dans villes et villages. Mais, tout ce qui paraît pourtant extravagant n’est plus suffisant. Tout se confond dans l’identique et tout se démocratise. C’est presque pire qu’au temps du béret et de la baguette. Comment se faire “remarquer” et se mettre en valeur ? Heureusement, on peut faire con-fiance à l’imagination des plus brillants d’entre nous pour apporter une solution à cette espèce de besoin de “nouveauté” qui, sans aucun doute, caractérise les âmes bien nées. Celles-ci trouvent en permanence des moyens neufs pour attirer le regard et permettre ainsi aux meilleurs de se distinguer dans cette pâte molle et uniforme. Il faut, depuis peu, travailler “son look” au corps. C’est là que se trouve le secret d’une personnalité qui fait souvent défaut mais qui apparaîtra comme un vrai rayonnement d’intelligence grâce à ce “plus” que l’on rajoute à la créature. A moins que ce ne soit une “marque d’adhésion” à un groupe, ou l’expression d’un corps en folie, rien ne semble plus possible sans que quelques éléments indélébiles de décoration ou quelques trous par-ci par-là fleurissent, tous sexes confondus, sur les bras, le dos ou les fesses de toutes couleurs et de tous âges. Il paraît même qu’il peut y en avoir “ailleurs” mais je n’ai pas eu l’occasion de le constater.

Retour à l’ère tribale

«Sans ton tatoo, (ou ton piercing) tu peux plus rien faire coco ! C’est ça le nouveau look : les oreilles percées, et des tatouages partout, ça vaut le coup… Tu peux te les faire mettre là où tu veux, quand tu veux ! C’est ton corps et tu peux en disposer comme il te plaît ! C’est la vraie liberté. Ce n’est pas génial, ça ?» A ce sujet, admettez avec moi que la saison qui arrive est bien sévère pour tous ces “tatoos” qui seront bientôt cachés au sein des pulls. Heureusement, même en hiver, resteront visibles les nombrils de la gente féminine : C’est à cet endroit que de petits brillants mettront le feu aux ailes des papillons bleus ! (C’est tellement distingué aujourd’hui de montrer son nombril, avec un tatoo en prime). A noter : L’exposition se fait à tout âge ou presque. Parfois il ne faudrait pas abuser de notre compréhension… Je dois vous dire, pour rassurer les plus bilieux que je n’ai rien contre ce type d’ornements qui semblent donner du plaisir à ceux qui les portent bien en vue. Par contre, il me plaît de rappeler que nous sommes en train de revenir à l’ère tribale et que le tatouage à une histoire et un symbolisme qui ne peuvent être négligés : Interdit par l’ancien testament, (le tatouage et toutes entailles dans la peau) le tatoo était déjà pratiqué chez les Egyptiens avant d’être “re-découvert” par les grands navigateurs à la fin du 18ème siècle. Rapidement utilisé comme signe distinctif par la police ou par la justice, il fut l’apanage des “durs” de toutes les contrées du monde.

Un fait de société

Remis à la mode récemment, il devient le signe d’une époque qui cherche à “inventer” de nouveaux modes de communication, alors qu’en tant que tel, il est déjà un fait de société… Le tatouage est une façon d’afficher son allégeance à un groupe ou à “une cité”. Sociologiquement, il correspond à “un passage” de la vie et signe “une initiation” d’adhésion. Il y a lieu de rappeler aux porteurs de dessins sur la peau qu’ils ne font que reprendre de très anciens rites sans vraiment les comprendre. Par ailleurs ils oublient peut-être que les tatouages ont été parfois utilisés pour “marquer” les individus d’un signe indélébile. (Le dernier exemple est celui des camps de concentration). Reste que pour séduire, s’embellir, ou rendre “jaloux” ceux qui n’en ont pas, le tatoo peut se présenter comme un instrument d’expression.
On ne peut que regretter que certains préfèrent se meurtrir le corps – pour longtemps ou pour toujours – pour d’attester d’une “différence” – alors qu’il serait tellement plus simple et plus beau de garder son intégrité en étant sûr de soi, c’est-à-dire de sa personnalité physique. Et ce, sans artifice. Le corps est une magnifique machine d’expression, qui se suffit à lui même. Transformer, de façon durable sa présentation peut sembler faire injure à la merveille de la Nature.

Gérard Gorrias


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