Sylvain Augier; Le miracle de la vie

24 août 1988. Le présentateur vedette de “la Carte aux Trésors” et de “Faut pas rêver” est victime d’un terrible accident de parapente. Il s’en sort miraculeusement mais cette épreuve va lui laisser de graves séquelles et souffrances physiques. S’ensuivent des périodes de dépression, une addiction aux médicaments… Aujourd’hui, Sylvain Augier brise le silence et se livre dans “L’instant où tout a basculé”, récit de vie et leçon d’espoir et de courage.

 
Sylvain Augier, quelles ont été vos motivations pour écrire ce livre ?
Ce n’est absolument pas le coming out d’un animateur de télé qui revient sur le devant de la scène. J’ai écrit ce livre uniquement pour partager mon expérience et aider les autres.

Pour leur faire comprendre que la douleur et l’enfer de la drogue peuvent tomber sur n’importe qui ?
Ce que je raconte est très banal. Je parle tout simplement du parcours d’un homme qui souffre. Il existe une quantité inimaginable de personnes qui souffrent physiquement suite à des accidents ou des maladies. On ne parle pas souvent de la douleur ou de la dépression qui est très répandue : ce n’est pas pour rien que la France est championne du monde de la consommation d’anxiolytiques ! Je parle donc des problèmes du quotidien qu’on n’ose tout simplement pas évoquer. Je m’aperçois que je touche énormément de personnes avec ce livre et je n’ai pour but que ce simple conseil : gardez espoir, croyez-y.

Vous évoquez également la rencontre avec un médecin peu scrupuleux…

Je ne pouvais pas imaginer qu’un médecin pouvait être un dealer. Ça vous tombe dessus. Une fois que vous sortez de l’hôpital, la douleur reprend le dessus et on a besoin de médicaments, de drogue. Ça devient de l’addiction. Le médecin que j’ai croisé est carrément un gangster ! Il récupère des produits dans des laboratoires et les revend très cher. Je souffrais tellement et j’ignorais qu’on avait la force nécessaire en chacun de nous pour surmonter la douleur ou la dépression. Je me suis fait avoir.

  

Derrière l’image il y a l’homme

Votre véritable parcours est loin de l’image d’animateur sympathique et joyeux que vous véhiculez…

Les gens sont surpris car je n’ai pas cette image de mec malheureux. Ils me voient comme un animateur qui monte dans son bel hélico blanc et survole le monde mais derrière il y a un être humain qui souffre, comme les autres. J’ai toujours eu la pêche, toujours eu l’espoir de voir une lumière au bout du tunnel.

Dans votre livre, vous écrivez «Souffrir c’est se placer dans le rang des vivants». Cette phrase est plutôt dure à entendre…

Elle fait référence à ce que m’a dit un jour Jean-Louis Etienne : «Arrivé à un certain âge, si tu te réveilles sans douleur c’est que tu es mort !». La façon dont je l’ai retranscrite dans mon livre a suscité des réactions et je n’aurais peut-être pas dû la laisser passer. Cette phrase signifie seulement que même si je souffre, je suis vivant. Rien ne sert de se lamenter, de se complaire dans la douleur. J’ai fait une psychothérapie pour m’en sortir. Socrate disait : «Il n’y a de vrai travail que le travail sur soi.»

Dans votre entourage professionnel, les gens ont-ils réagi à votre souffrance ?

Je n’ai jamais rien laissé paraître. Je vis à fond depuis toujours. Mes anciens collègues découvrent les épreuves que j’ai vécues avec le livre. Quand ça n’allait pas très bien, je garais ma voiture près du studio et je dormais quelques heures !

Vivre l’instant présent

Vous évoquez le soutien de votre famille mais également la spiritualité…

J’ai été très bien entouré. La seule chose qui compte dans la vie c’est l’amour. Pour ce qui est de la spiritualité, je pense qu’on n’est pas qu’un corps destiné à retourner à la terre, nous sommes aussi une âme. La spiritualité peut prendre différentes formes : moi je l’appelle Dieu et la foi car j’ai été élevé comme cela mais chacun le vit à sa manière. Pour Romain Gary, «l’existence n’a pas de sens en soi, c’est à vous de lui en donner.» S’il existe une notion existentielle dans la vie, c’est celle-ci. Ce n’est pas le temps qui passe mais nous qui passons. Il n’y a pas de prosélytisme dans ce que je dis, mais je pense que chacun possède sa propre part de divinité.

Quels sont vos projets aujourd’hui ?
On ne sait pas ce que nous réserve l’avenir et j’ai appris à ne plus vivre uniquement pour les sensations fortes. Je vis dans la sérénité de l’instant présent, en prenant en compte les autres. Pour les projets, je m’occupe toujours de ma fondation (pour la sauvegarde de la beauté des paysages, ndlr) pour faire prendre conscience aux gens de la beauté du monde et des gens qui nous entourent. Si on ne fait pas attention à notre planète, on n’en aura pas de rechange. Sinon, j’ai signé avec France 2 un docu-fiction sur Katia et Maurice Kraft, célèbres vulcanologues disparus il y a 15 ans. D’autre part, je pense survoler en hélico les plus beaux endroits du monde. Côté écriture, je vais peut-être penser à la suite de ce livre car j’ai rencontré énormément de personnes ces dernières semaines. Comme le titre d’une émission de radio que je présentais sur France Inter, je vais leur demander «Qu’est-ce qui vous fait courir ?» pour aller au fond des choses, avec également des témoignages de personnes disparues qui ont donné du sens à ma vie.

Et vous Sylvain Augier, qu’est-ce qui vous fait courir ?

Ce qui me fait courir est d’être dans l’émerveillement à chaque instant, de prendre conscience du miracle de la vie.

Propos recueillis
par Sophie Orus


«L’instant où tout a basculé»
De Sylvain Augier
Editions Carnets Nord




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