Surirradiés de Rangueil ; Familles en colère !

Un dossier pas suffisamment «solide» pour envisager une procédure pénale. C’est ce qu’ont conclu la semaine dernière les juges d’instruction du Pôle santé publique de Paris dans l’affaire des surirradiés du CHU de Rangueil. Mais alors que l’association SOS Irradiés 31 représentée par Maître Christophe Léguevaques, crie au scandale, pour Maître François Rastoul, qui défendait seize victimes, la médiation a au contraire pleinement joué son rôle.

 
Déçues, en colère, révoltées. Les familles de victimes de surirradiés de Rangueil n’ont pas caché leur vive émotion la semaine dernière suite à la réunion d’information du Pôle santé publique de Paris. Après plus de trois heures d’attente, les conclusions tombent : «Les juges d’instruction estiment qu’il y a certes des insuffisances, des erreurs incontestables. Pour autant, l’on ne peut pas con-sidérer que ce sont des fautes d’une gravité telle, qu’elles justifieraient une comparution devant un tribunal correctionnel. Je comprends que pour les victimes, ce ne soit pas facile à entendre mais les magistrats étaient là dans une démarche de respect à leur égard, de transparence. Il n’était pas question pour nous de les bercer d’illusions» déclare Monique Ollivier, Procureur adjoint au Tribunal de Paris en charge du Pôle de santé publique. En clair, le dossier ne serait pas assez «solide» pour envisager une procédure pénale. Pour les personnes présentes, la sentence est terrible. Denise, qui a perdu son mari au lendemain de l’accident éclate en sanglots. Fabienne, elle, est là pour sa fille, Marie Amandine, depuis cinq ans sous cortisone : «Je pensais lui annoncer une bonne nouvelle. Sa vie a été brisée à 14 ans et demi. C’est scandaleux ! Où est la justice ?» interroge-t-elle, non sans une certaine véhémence.

Des «cobayes»

Pour l’avocat de l’association SOS Irradiés 31, les victimes dans cette affaire ne sont rien moins que des «cobayes» : «Elles ont l’impression d’avoir été flouées. On nous a expliqué que la technique n’était pas au point, qu’elle ne l’est toujours pas et que par conséquent, on ne peut pas savoir s’il y a eu des manquements aux règles de sécurité. C’est un peu gros» dénonce Maître Christophe Léguevaques qui ajoute : «C’est à ma connaissance la première fois que le Procureur anticipe de perdre. Je suis un combattant : la seule bataille que je perds est celle que je ne mène pas».«Nous allons continuer à nous battre pour essayer de convaincre les juges d’instruction qu’ils n’ont pas tout compris et que dans ce dossier, il n’y a pas que des erreurs mais aussi des fautes pénales. Nous avons un délai qui se termine à l’automne pendant lequel nous avons le temps de préparer des réponses argumentées avec des informations chiffrées et scientifiques pour essayer de retourner la situation» L’association ne désarme donc pas, bien au contraire : prévient Maître Léguevaques.

 

Le procès d’une médecine d’avant-garde ?

Aucune surprise en revanche pour Maître François Rastoul, qui défendait seize victimes, toutes indemnisées dans le cadre de la médiation (commissions Evin) ; processus que l’avocat toulousain avait déjà entrepris dans l’affaire AZF. «Je n’ai jamais cru à une issue favorable au niveau des poursuites pénales. Je suis pour la médiation encore plus qu’hier. C’est une nécessité. Sinon, on s’enlise dans des procédures rigides, figées, où l’on gesticule, où l’on parade, l’on ergote. Cela n’aboutit à rien si ce n’est à faire des mécontents, des frustrés. Il faut être efficace et la médiation permet de parler, de trouver des consensus.» Mais au-delà, cette affaire des surirradiés de Rangueil, révèle de l’avis de Maître Rastoul, un problème de «philosophie juridique» : «C’est le procès d’une certaine médecine qu’il faut peut-être faire. Une médecine d’avant-garde ; ce dont quel-que part on ne peut pas se plaindre mais qui montre aussi ses limites. Peut-être que la médecine a un peu trop voulu jouer aux apprentis sorciers.» Entre 2006 et 2007, 145 personnes (dont 23 sont décédées) ont reçu un surdosage accidentel de radiation causé par un mauvais paramétrage de l’appareil de radiochirurgie au CHU de Rangueil. Elles étaient pour la plupart suivies pour des malformations cérébrales et des tumeurs intracrâniennes. Procès pénal ou pas, les juges ne devraient pas se prononcer au minimum avant le début 2012. Six millions d’euros d’indemnisation ont déjà été versés par les assurances.



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