Cinéma à Francazal : The end ?

Le 30 novembre dernier, Bruno Granja, celui qui a imaginé un complexe cinématographique sur l’ancienne base militaire de Francazal, s’était enfin exprimé sur son projet. Le dossier avait d’ailleurs été déposé à la préfecture le même jour. Le temps était aux explications, même si de nombreux points restaient encore sans réponses. Puis le 4 décembre au soir, un communiqué émanant de la préfecture semble mettre un clap final au Hollywood-sur-Garonne : «La société Studios Toulouse Francazal ne répond pas à certains critères essentiels prévus dans l’avis d’appel à candidature.» Le ton est ferme et ne laisse place à aucune ambiguïté. Mais point étrange tout de même, les services de l’Etat ont également retoqué les trois autres projets déposés pour l’exploitation du site de Francazal. Par Coralie Bombail (avec Thomas Simonian).

 

Le projet  déposé par Bruno Granja et les studios américains Raleigh présentait ce que pouvait contenir le site de 25 hectares. «Une zone professionnelle avec neuf studios allant de 1000 à 3500 mètres carré et un espace extérieur de tournage. Puis une zone ouverte au public pour que les gens puissent visiter les studios, avec hôtels et restaurants» expliquait donc le 30 novembre dernier Bruno Granja. Un complexe inédit en France, qui serait «le plus grand d’Europe» précisait-il. Le coût des travaux d’aménagements du site sur la partie professionnelle s’élevait à 80 millions d’euros, selon les premières estimations du projet. En revanche, le coût total, ainsi que le prix du foncier restaient inconnus. Nous avons contacté Bruno Granja à la publication du communiqué de la préfecture : «Le dossier n’est pas enterré. Nous allons entamer une négociation avec le préfet et les services de l’Etat. Je m’étonne tout de même que la presse ait été informée avant moi de cette information de la préfecture. Je suis également surpris que seul mon projet soit critiqué de manière détaillée, alors que les trois autres sont également refusés. Il est d’ailleurs à noter, que la préfecture ne devait se prononcer que sur la forme et non sur le fond. Elle aurait dû s’attacher à vérifier si le dossier était conforme aux pièces demandées.» Pour autant, et selon les informations en notre connaissance, il est tout de même exact que si le tour de table financier était conclu, les parts des éventuels investisseurs, comme celles des studios Raleigh, avaient été tenues secrètes. La seule information communiquée était qu’«aucune subvention n’était demandée aux collectivités territoriales, il n’y a que des investisseurs privés» précise l’architecte.

Ces mystères alimentaient les doutes qui planaient au-dessus de ce projet. «J’adopte la posture salutaire de Saint Thomas», (je ne crois que ce que vois, ndlr) réagit Jean-Marie Belin, membre du Ceser (conseil économique social et environnemental) Midi-Pyrénées. Sceptique depuis le début sur ce complexe cinématographique, le fait que Bruno Granja ait déposé un dossier «ne voulait pas dire pour autant que le projet était sérieux». Comme l’a à plusieurs reprises soulevé le Président de la Ficam (Fédération des industries du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia), Thierry de Segonzac, cette nouvelle offre de studios serait inadaptée aux besoins du cinéma français. Dans un communiqué faisant suite à la décision de la préfecture, la Ficam se félicitait d’ailleurs «de l’arbitrage des Pouvoirs publics qui rejette avec réalisme le projet.» Sur le volet économique tant critiqué, Bruno Granja tient à se justifier également : « Oui nous avions une mesure suspensive qui était l’obtention du permis de construire. C’est logique, aucun investisseur ne signerait sans ça. »

 

Le projet ferait-il peur aux concurrents ?

 

Mais Bruno Granja se pose ouvertement la question du lobbying effectué par les concurrents «On propose une offre qui n’existe pas en France, qui va permettre le tournage de séries et de longs-métrages. Les studios de Marseille sont pris à 100% par Plus belle la vie, et à Paris il y a surtout des plateaux pour les shows télévisés» explique-t-il. Sauf que Luc Besson a également ouvert ses studios dans la capitale… «Ses studios sont installés sur six hectares. Nous pourrions en disposer 25» souligne-t-il. En outre, il affirme également que les prix dispensés seraient capables de rivaliser avec les studios étrangers, notamment de l’Europe de l’est. Mieux et moins chers que les autres. De quoi faire pâlir tous ses homologues français. Et le premier d’entre eux : Thierry de Segonzac. En effet, si celui-ci s’exprime toujours en tant que président de la Ficam, il faut préciser qu’il est également le directeur de TSF, un groupe qui loue du matériel de tournage et qui a racheté les studios Eclair, renommés studios d’Epinay, dans la région parisienne. Y aurait-il quelques conflits d’intérêts dans ses déclarations ?

 

 

Le rôle mystérieux de Raleigh

 

Le rôle des géants américains Raleigh est clairement trop imprécis dans le projet. Leur implication financière «fait partie des données confidentielles» selon Bruno Granja. De quoi induire le doute, non ? Comment faire confiance à un projet qui ne souhaite pas nous dévoiler l’implication directe du principal partenaire ? Raleigh gère aujourd’hui sept sites de tournage dans le monde et compte parmi ses clients, les grands noms de l’industrie cinématographique comme Disney, Warner Bros, Paramount Pictures ou encore Century Fox. Ceci étant dit, il n’a jamais été précisé que Raleigh ferait profiter Francazal de son carnet d’adresses. A priori, ce serait à la société d’exploitation des studios, dont Bruno Granja est président, de trouver les clients. Or comment une personnalité non issue du milieu du cinéma pourrait-elle arriver à s’imposer en face d’un géant tel Luc Besson ? Les services de l’Etat semblent s’être posé la même question. L’architecte affirme travailler en collaboration avec des professionnels du secteur mais ne divulgue pas leur identité. Cela fait beaucoup de zones d’ombres…

 

Et maintenant ?

 

Si on s’en tient à lecture du communiqué de la préfecture, tout semble fini pour le projet de Bruno Granja : «Compte tenu du caractère infructueux de ces offres, les cessions feront l’objet, ultérieurement, de nouveaux appels à concurrence.» Pourtant, l’architecte veut encore y croire et souhaite continuer les discussions avec l’Etat. Du côté des décideurs locaux qui se sont impliqués dans le projet, on pense ici à Philippe Guérin (maire de Cugnaux), Christine de Veyrac (députée européenne) ou à Jean-Louis Chauzy (président du CESER Midi-Pyrénées), la douche a dû être froide. Quant à tous ceux qui ne s’étaient pas prononcés, par lucidité ou par manque de courage, le silence sera toujours de mise… Affaire à suivre !

 

 

 



UN COMMENTAIRE SUR Cinéma à Francazal : The end ?

  1. Dany dit :

    Dommage, ce projet était beau sur le papier ………

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