Stationnement gratuit, à quel prix ?

La question du stationnement à Toulouse, comme dans toutes les grandes métropoles, est complexe voire épineuse. Le stationnement, qu’il soit résidant ou occasionnel, payant ou gratuit, est de plus en plus règlementé et devient une véritable équation aux multiples inconnues. A l’occasion de l’ouverture de la quinzaine de stationnement gratuit en centre-ville, Marie-Agnès Espa et Aurélie Renne font le point.

«Depuis 2008, Toulousains et touristes peuvent stationner gratuitement la première quinzaine du mois d’août afin de faciliter l’accès à l’hyper-centre», explique Bernard Marquié, adjoint au maire en charge de la mobilité et des déplacements, «cela correspond à la période de l’année pendant laquelle il y a le moins de circulation et de stationnement. On soutient ainsi le tourisme et l’activité commerciale.» Mais attention à ne pas trop s’emballer, la gratuité est bien entendue limitée aux places de surface, les parkings souterrains appartenant à la société Vinci. Jean, 40 ans qui travaille en centre-ville, explique : «Si on pouvait le faire plusieurs fois par an, ce serait encore mieux car en temps normal, je me gare au métro Jolimont –enfin, quand il reste de la place- et je termine en métro. Voiture, métro, boulot !» Autre usage, celui de Soraya qui nous explique : «moi je n’ai plus de voiture, c’était trop de contraintes car je vis et travaille en ville. Entre le prix du parking, même avec un abonnement, les PV que j’ai pris, l’essence et l’assurance, ça me coûtait beaucoup trop cher. Même si c’est plus compliqué de faire tous mes déplacements en transport en commun avec mes enfants, je m’y retrouve financièrement. Si j’ai besoin de partir, je loue une voiture ou je sollicite ma famille.» Dernier témoignage, d’un tout autre genre : «Le stationnement est gratuit à partir de jeudi ? Eh bien je vais venir en voiture !», se félicite cette jeune retraitée, et de préciser : «Dommage qu’ils ne l’aient pas fait pendant les soldes, mais je vais en profiter pour aller au musée tiens !»

9982 places règlementaires dont 900 places gratuites et pourtant ont compte 15000 voitures stationnées un peu partout chaque jour

La voiture interdite de Cité ?

Et si le stationnement gratuit ravit les foules de touristes comme de résidents, c’est que le reste de l’année, stationner à Toulouse relève du parcours du combattant. Car les travaux amorcés en 2007 pour piétonniser l’hyper-centre génèrent quelques effets collatéraux qui ne sont pas du goût de tous. Bernard Marquié explique : «La refonte du stationnement engagée par la ville de Toulouse vise à réserver l’accès au centre à ceux qui en ont vraiment besoin : la logique adoptée est que l’automobiliste sorte par là où il est entré, ainsi on supprime le transit inutile.» Emilion Esnault, responsable de la communication à Toulouse Avenir (association présidée par Jean-Luc Moudenc, ndlr) répond : «La place de la voiture doit être maîtrisée, pourtant l’équipe sortante a procédé à une politique anti-voiture sans discernement aucun, et ce n’est pas sans conséquence.» Après les travaux, la municipalité annonce notamment la suppression de 3600 places en surface, qui étaient utilisées entre autres pour le stationnement résidant. Problème, la ville rose est encore bien en retard côté infrastructures de transports en commun.
La mairie avoue quelques retards
Où et comment les habitants vont-ils pouvoir se garer ? A la mairie, les solutions sont peu nombreuses. On veut pousser les Toulousains à éviter de transiter par la ville ; vélo, métro et bus devenant la condition sine qua non à l’entrée dans l’hyper-centre. Mais encore faut-il pouvoir garer son tacot en périphérie, car : «Tous les parkings du métro sont pleins», admet Bernard Marquié, ventant le succès des transports en commun (fréquentation du métro en augmentation de 5.6% et du bus 8%). «Les gens se débrouillent, on trouve toujours une place», lance-t-il. La politique du premier arrivé premier servi prévaut et pour les autres, il suffit de marcher un peu ou de prendre un PV ! «On entre dans une période très délicate qui devrait durer six ou sept ans, le temps que les travaux se terminent et que le réseau de transports soit plus abouti.» L’adjoint au maire ajoute que Toulouse décroche pourtant la première place du podium en matière de nombre de places de parking en liaison avec les transports en commun : 7400 places contre Lyon, second, avec ses quelque 5000 emplacements. Récemment la mission d’agrandir les parkings a été confiée à la SMAT (Société de la Mobilité de l’Agglomération Toulousaine). Cela devrait concerner Borderouge, Ramonville, Basso-Cambo dans un premier temps. Pour les résidents, le problème prend une tout autre dimension. Jusqu’alors le système de vignette mensuelle permettait aux plus chanceux de trouver chaussure à leur pied pour garer titine pour la modique somme de 135 euros par an. Mais parmi les 9982 places (chiffres Mairie), il faut s’accrocher pour trouver son bonheur (voir carte), sachant que ces vignettes concernent 4000 voitures, soit près de la moitié du total des places disponibles. Ariane, habitante de l’hyper-centre, lance carrément qu’elle n’a plus de voiture, tant «c’est infernal. Il n’y a plus aucune place pour stationner gratuitement et avec une vignette, il y a 10 places pour 100 voitures. Côté Dalbade, je sais que les gens ne trouvent pas d’emplacement adapté et qu’il leur faut descendre toutes les heures mettre de l’argent dans l’horodateur.»

 

« On entre dans une période très délicate qui devrait durer six ou sept ans, le temps que les travaux se terminent et que le réseau de transports soit plus abouti » B. Marquié

«On tue le centre-ville en chassant la voiture»

«A moyen terme, seuls les plus aisés (pouvant acquérir un garage privé) pourront se permettre d’habiter en centre-ville. C’est une sélection sociologique qui risque de s’opérer et qui ne dit pas son nom !», s’insurge Emilion Esnault. S’agissant des professionnels, la question est tout aussi importante. «Les artisans refusent d’intervenir chez les résidents en centre-ville, invoquant de trop grandes difficultés pour accéder et se garer à proximité. Restaurateurs et commerçants s’interrogent aussi : qui voudra payer à prix d’or un parking sous-terrain en centre-ville ? Un risque de sélection pourrait s’opérer en faveur des grands centres commerciaux installés en périphérie de la ville. Eux peuvent offrir à leurs clients un parking, et gratuit», poursuit Emilion Esnault. C’est aussi le constat que fait Isabelle, riveraine du quai de Tounis, évoquant les enseignes de grossistes en textile placées dans l’hyper-centre qui ferment peu à peu boutique ; ceux qui s’y fournissaient naguère, trouvant plus commode d’acheter en périphérie ou via internet : «On tue le centre-ville en chassant la voiture, car tout le monde ne prend pas le métro !» A ces critiques véhémentes, la municipalité rétorque que des aménagements sont proposés notamment aux résidents, pour lesquels, selon Bernard Marquié, «une négociation a été entamée avec Vinci et Q-Park pour aboutir à un forfait de 75€ par mois pour 1920 places, dont actuellement 400 au parking du Capitole et dès septembre l’accès à Arnaud Bernard, Saint-Aubin, Jeanne D’Arc, Jean Jaurès, Victor-Hugo, Saint-Michel, Saint-Cyprien et place de l’Europe.» Un tarif qui, bien qu’il représente une réduction de 50% sur le tarif habituel, reste encore réservé à une poignée de privilégiés : «C’est le prix de la sécurité», se lamente René Palosse, président de l’association Saint-Pierre-Capitole. Et d’ajouter, «de toute manière il fallait faire quelque chose car selon une étude de l’Oramip, la rue Pargaminières était plus polluée que la rocade !» Il déplore simplement qu’on : «décide pour les touristes et pas pour les gens du quartier… Mais ne dit-on pas : Quand le peuple n’est pas d’accord avec le Roi, on change de peuple ?»

 

PV : plus ou moins 17€ ?

Telle est la question sur laquelle les élus toulousains du conseil municipal devront prochainement se pencher. Il y a quelques jours, les députés suivaient les sénateurs, dans le cadre du projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles, en votant pour le transfert de la gestion du stationnement payant sur la voie publique aux collectivités. Selon le texte du Sénat (Article 36 bis du projet précité), les maires pourront fixer le prix du stationnement et de l’amende au conducteur qui ne s’acquitterait pas de la redevance. Rien n’interdit aux communes de «prévoir une tranche gratuite pour une durée déterminée». Le produit des amendes servira au financement des «opérations destinées à améliorer les transports en commun ou respectueux de l’environnement et la circulation». Si aucun élément n’y fait obstacle, le texte pourrait entrer en vigueur d’ici fin 2014.

 

Repères :

1h de stationnement vous coûtera…
0€50 hors centre-ville (horodateur limité à 4h)
1€ sur les faubourgs commerçants (horodateur limité à 2h)
1€50 en centre-ville (horodateur limité à 2h)
2€20 à Jeanne D’Arc (Parking Q-Park)
2€40 à Victor Hugo, Jean Jaurès, Esquirol, Capitole, Carmes (Parkings Vinci)
De 2€ à 3€50 à Compans Caffarelli (Parking Q-Park, 2€ pour 48min et 3€50 pour 1h13)

 



3 COMMENTAIRES SUR Stationnement gratuit, à quel prix ?

  1. CASPAR dit :

    A force de vouloir penser à la place des gens, les nouveaux centre ville sont les galeries commerciales. Les infrastructures communales n’ont plus qu’à s’y rattacher.

    Je dit cela alors que je suis trés attaché à un vrai centre ville mais à force de nous empécher d’y aller, alors que je ne passais pas une semaine sans aller au centre de toulouse je n’y vais plus qu’une à 2 fois par an.

    il va faloir nous expliquer comment un supermarché avec sa galerie commerciale trouve rentable de nous offrir un parking couvert gratuit accessible en moins d’un 1/4 heure de chez nous alors que les têtes pensentes des mairies pensent prendre l’argent 2 fois, au parking ou en paiement des transports en commun puis aux commerces.
    Il y a moins de 10 ans en dehors des heures de pointe je mettais 1/4 d’heure pour me garer place du capitole.
    Maintenant il me faut minimum 25 minutes.
    du coup je ne mange plus en ville à midi, je n’organise plus aucun événement en ville

    Domage pour les commerçants et la vie beaucoup plus pluriel qu’il y avait dans nos villes, tout cela lentement mais surement détruit par nos élus et que l’on ne retrouvera pas dans le standard des galerie commerciales.

  2. Mouret dit :

    Non aux prix des P V fixés par les municipalités. Il faut faire tout çà dans le cadre de l’Europe. En un mot comme en cent l’Europe du vécu

  3. Thibaud dit :

    Cet article date de 2013 mais je pense que vous serez d’accord avec moi pour dire que la situation ne s’est pas arrangée depuis…

    Je voulais donc vous proposer une solution à ce problème: il y a de nombreux particuliers vivant dans le centre ville qui n’utilisent pas leurs places de parking. Nous avons créé une plateforme qui permet de louer les places inutilisées des particuliers, à partir de 5€ pour 24 heures !

    Voilà la plateforme : http://www.mobypark.com

    J’ai écrit un court article sur le sujet d’ailleurs, que vous trouverez ici : https://www.mobypark.com/fr/blog/all-about-parking/se-garer-a-toulouse-le-bon-plan?locale=fr

    En espérant en aider plus d’un à trouver des places de parking abordable en plein centre ville ! :)

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