Sophie Nicklaus écrit à Ségolène Royal

Sophie NicklausExpéditeur : Sophie Nicklaus

Écologiste du quotidien, elle rejoint Europe Écologie Les Verts après Fukushima, Porte-Parole EELV Toulouse et consultante en Conformité, Respect de la Vie Privée, Protection des Données Personnelles.

Destinataire : Ségolène Royal

Ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie depuis avril 2014, elle fut auparavant à la tête du ministère de la Famille, de l’enfance et des personnes handicapées (2000-2002), de l’enseignement scolaire (1997-2000) et de l’environnement (1992-1993).En 2007 elle est la première femme à accéder au second tour des présidentielles.

 

Madame la Ministre de l’Environnement,

Au cours d’une interview, vous avez déclaré que votre grand-mère vous mettait déjà en garde contre l’amiante. Quel triste constat que d’en parler encore au présent ! Alors que cette problématique de santé publique reste d’actualité malgré l’interdiction de ce matériau cancérigène il y a plus de 20 ans.

 

Il ne se passe pas une année sans que notre région toulousaine sursaute aux mots de « pollution à l’amiante » : alerte en mai 2011, découverte d’une plaque d’amiante dans le métro en 2013, deux entreprises condamnées en juin 2014, une encore en juin 2015. Quand on connaît les pratiques locales sous-jacentes, on s’attend à pire : pratiquement tous les logements sociaux en Midi-Pyrénées sont amiantés et d’après les professionnels, la périphérie toulousaine est une vaste déchetterie de produits et sous-produits amiantés. Ces pratiques relèvent, on le sait, d’abus de confiance caractérisés, et s’organisent comme de véritables réseaux mafieux : « On va voir des propriétaires de terrains, on crée la confiance au début avec des déchets terre, puis on enfouit le tout-venant amiante, etc. Les paysans et les salariés ne témoignent pas par peur. »

 « Sans lanceurs d’alerte comment identifier les sites pollués ? »

Nous sommes tels Damoclès sous l’épée : cela ne fera que rejoindre la triste moyenne nationale puisque l’ordre de grandeur en 2014 était d’une dizaine voire d’une vingtaine de cas d’enfouissement de déchets amiantés par département. Est-il besoin de rappeler les chiffres ? 35.000 personnes sont mortes, en France entre 1965 et 1995, d’une maladie de l’amiante. Mais entre 50.000 et 100.000 décès sont encore attendus entre 2015 et 2025. D’ailleurs, en juillet 2014, un comité sénatorial de suivi sur l’amiante, présidé par Mme Aline Archimbaud (EELV), ne dit pas autre chose. Et pose la question du défi du désamiantage. Sur les quatre séries de propositions portées par ce rapport, aucune à ce jour n’est encore visible dans notre Région.

Dans le dernier cas toulousain, les ouvriers ont lancé les alertes, la justice a condamné les coupables ; et maintenant ? Comment la collectivité compte-t-elle s’y prendre pour localiser et dépolluer les milliers de tonnes d’amiante laissés par l’entreprise Gerlero (condamnée en juin 2015) ?

Quand le désamiantage se passe dans les règles, on peut compter sur la traçabilité pour les chantiers ; des décharges agréées sont utilisées (amiante classe 1). On peut dès lors s’étonner que la seule dans la région soit à Bellegarde à côté de Nîmes.

Souvent pourtant, ces travaux ne sont pas déclarés, et dans ce cas, les décharges sauvages apparaissent : sans lanceurs d’alerte (travailleur, riverain, associations environnementales) et le soutien des syndicats, comment identifier les sites pollués ?

 

Qui va supporter les frais ? Quelle information allons-nous recevoir, nous riverains ? Sans parler du danger couru par les salariés exposés de ces entreprises. Dans quels délais la dépollution des sites sera-t-elle faite ? Si c’est comme pour le site des Ballastières (produits chimiques résiduels de la guerre 1914-18) et qu’on n’envisage rien avant 2114, on n’a pas fini d’en parler…

Je me permettrai donc de vous écrire à nouveau quand je serai grand-mère et qu’à mon tour, je mettrai ma petite-fille en garde contre l’amiante.

Sophie Nicklaus

 

 



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