Sonia Ruiz; « Il faut passer à la vitesse supérieure »

Historienne de l’art et ancienne guide-conférencière, Sonia Ruiz est aujourd’hui adjointe au maire en charge du tourisme et présidente de l’office de tourisme. Elle revient sur les orientations politiques de la nouvelle municipalité, les projets engagés et évoque sa vision de Toulouse, sa ville de cœur depuis plus de 35 ans.

 
Sonia Ruiz, pourriez-vous revenir sur le lien qui vous unit personnellement à Toulouse et à son patrimoine ?
En fait, toute ma vie professionnelle a été consacrée au patrimoine et au tourisme culturel à Toulouse. Ce sont 35 ans de vécu, de présence dans les rues et les monuments de Toulouse et dans Midi Pyrénées en général. Le lien qui m’unit à ma ville est très fort, c’est une passion et un véritable engagement.

Vous êtes en poste depuis un peu plus d’un an à la mairie de Toulouse en charge du tourisme. Quel état des lieux de la gestion du patrimoine avez-vous fait lors de votre arrivée aux affaires avec l’équipe de Pierre Cohen ?
Le constat fait par l’équipe dès la prise de pouvoir a été implacable. Ces dernières années, on pouvait parler d’un tourisme ronronnant, déficitaire, sans affichage, sans ambition. Sur le plan touristique Toulouse avait beaucoup de retard par rapport aux autres métropoles. Il apparaissait nécessaire de faire de la ville une destination touristique à part entière en intégrant le tourisme comme une donnée essentielle de l’activité économique toulousaine. De fait, le tourisme d’affaire occupait naturellement une place prépondérante. Il s’est imposé que nous devions œuvrer pour le soutenir mais aussi assurer le développement du tourisme culturel, sous-exploité. Notre rôle et notre but aujourd’hui, avec Pierre Cohen, est d’affirmer la vocation et le rayonnement international de la ville. Elle en a les atouts, nous nous efforçons de trouver les moyens.

Des résultats avant la fin du mandat

Quelles ont été vos premières mesures et quelles sont les orientations à venir ?
Nous avons étoffé l’équipe en place par la création d’un poste en charge des publics, dans leurs diversités. Dans cette logique, nous avons créé un bureau des guides composés de guides conférenciers et de guides interprètes. La découverte et la mise en connaissance de la ville font, à mon sens, partie des missions municipales. Une autre mesure d’importance, pour la promotion de la ville, est le rétablissement de la taxe de séjour supprimée en 1984. Prélevée directement dans les lieux d’hébergement auprès des visiteurs, elle n’impacte pas directement sur le pouvoir d’achat des Toulousains tout en nous donnant les moyens nos ambitions. Parallèlement, nous avons créé une SEM tourisme dont le rôle principal est la valorisation du tourisme d’affaires, en étroite relation avec l’office de tourisme.
Par ailleurs, un schéma directeur pour le développement hôtelier a été mis en place pour réfléchir avec les professionnels et favoriser une offre hôtelière adéquate et revalorisée.
Enfin, Toulouse va se positionner dans deux réseaux d’envergure : Le premier, régional, est celui des Grands Sites de Midi-Pyrénées qui fédère 18 mieux emblématiques pour offrir une image plus forte de la région.
Le second est celui de Villes et Pays d’art et d’histoire, placé sous la tutelle de l’Etat. Ce label exigeant engage la collectivité das une démarche active de médiation du patrimoine.
Dans nos projets, s’inscrivent également des réflexions suivies d’actions dans le souci de permettre à tous l’accès aux loisirs et à la culture. Nous nous engagerons donc pour un tourisme social et solidaire et dans des mesures multipliant l’accès au tourisme pour les personnes en situation de handicap.

Quels résultats attendez-vous avant la fin de votre premier mandat ?
C’est une question délicate. L’enjeu est de parvenir à mettre en place tous les outils. La crise économique nous impose la prudence et, si les résultats actuels sont mitigés, nous espérons une évolution favorale dans les années à venir. Car nous souhaitons légitimement des résultats concrets avant la fin du mandat. D’ici là, nous aurons avancé le projet de développement d’accueil des congressistes pour faire de Toulouse une capitale européenne voire mondiale et travaillé sur le transfert du Palais des Congrès de l’île du Ramier vers une autre destination, vraisemblablement à Blagnac. Il faut passer à la vitesse supérieure.

 

« Un pouvoir de fascination »

Que représentent pour vous les Journées du Patrimoine ?
C’est une opération qui entre dans notre optique de mettre tous les savoirs et toutes les cultures à la portée de tous les publics. Les Journées du Patrimoine sont un rendez-vous incontournable pour des milliers de gens. Il ne faut pas non plus oublier toutes les personnes – associations, privés ou collectivités – qui travaillent dans l’ombre à cette occasion et leur rendre hommage. Pour nous, ces journées sont aussi un moment fort de communication qui permet de relayer notre action quotidienne en faveur du patrimoine.

Vous êtes l’auteure de l’ouvrage “Toulouse secret et insolite” avec Corinne Clément. Pourriez-vous nous donner un exemple qui illustre le titre de votre livre ?

J’ai une affection particulière pour le petit cavalier qui galope la lance à la main, rue Escoussières Montgaillard (à deux pas des allées Jules Guesde et du square Boulingrin, ndlr). Toulouse a connu des événements sanglants pendant la croisade contre les Albigeois et ce cavalier est là pour nous le rappeler, dans un quartier pourtant tranquille et serein. Pour moi, ce petit personnage évoque Simon de Montfort, décapité par un boulet au pied des remparts de la ville. Il est comme un fantôme qui erre à la recherche de sa tête. Cette histoire, comme bien d’autres, alimente le pouvoir de fascination que la ville exerce sur moi depuis plus de 35 ans. Ma nouvelle fonction d’adjointe, toute aussi passionnante qu’elle soit, m’apporte en un sens une certaine frustration : celle de ne plus être dans les rues, pour guider et partager mon amour de la ville.

Propos recueillis
par Sophie Orus


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