Société ; Ils se battent pour leur fille

Encore une illustration de ce que l’actualité révélait à grande échelle il y a quelques mois à peine : harassée par des conditions de travail qu’elle juge insupportables, fin 2008, une infirmière anesthésiste toulousaine fait une tentative de suicide à son domicile. Inquiets pour l’avenir de leur fille, ses parents entament alors une procédure afin que soit reconnu l’accident du travail.

 
23 novembre 2008. Une bien triste date pour ces deux retraités toulousains qui ont désiré garder l’anonymat. Leur fille Véronique, infirmière anesthésiste, vient de faire une tentative de suicide, par l’injection d’un produit dont elle a régulièrement la pratique. Véronique, 47 ans au moment des faits, est décrite par son entourage comme étant une personne fragile. Son statut de célibataire sans enfants lui pèse. Son travail en revanche, au sein d’une clinique toulousaine, elle l’adore. Elle est d’ailleurs très bien notée par ses supérieurs. Pourtant, Véronique se plaint de subir des pressions quotidiennes de plus en plus insupportables. Sept mois avant son passage à l’acte, elle en alerte par courrier son employeur. Devant gérer parfois simultanément plusieurs salles d’intervention, contrairement à ce que prévoit le Code de Santé publique, elle craint de ne plus pouvoir faire face à l’imprévu et de mettre en danger les patients dont elle a la charge.
Mais rien ne bouge, semble-t-il, jusqu’à ce 21 novembre 2008. Au cours de cette journée émaillée de multiples incidents, la tension va monter d’un cran. L’enquête qu’a diligentée la Sécurité Sociale, fait état «d’altercations, d’apostrophes, d’invectives violentes, de cris, de hurlements, de bousculades», entre Véronique et trois membres de l’équipe médicale.
De retour chez elle ce soir-là, Véronique ingère un puissant tranquillisant et annule ses sorties du week-end. Le dimanche 23 novembre, après avoir fait des propositions par mail à son employeur en vue d’un «meilleur» planning de la semaine, elle décide d’en finir…

Prise de conscience ?

Maître François Rastoul, spécialiste en droit social et des personnes, est l’avocat toulousain de cette famille en détresse. Il vient de saisir le Tribunal des Affaires de Sécurité Sociale, «la CPAM ayant refusé la prise en charge au titre de l’accident du travail». Motifs invoqués : d’une part, les faits ne se sont déroulés ni pendant ni sur le lieu du travail. D’autre part, seuls les problèmes personnels de Véronique seraient à l’origine du drame. Pour Me Rastoul, ces arguments ne tiennent pas : «Premièrement si Véronique présentait des signes de fragilité psychologique, nous estimons que son employeur aurait dû en avoir pleinement conscience, d’autant plus en sa qualité de médecin. Deuxièmement, la loi dit que ce n’est pas parce que vous avez un accident en dehors de votre lieu de travail que ce n’est pas un accident du travail. De plus dans cette affaire, nous pensons qu’il y a continuité parfaite entre les conditions de travail qu’a dénoncées Véronique à plusieurs reprises et son geste. Je vous rappelle que ce dimanche-là, juste avant de passer à l’acte, elle se préoccupe du planning de la semaine. Bien qu’étant à son domicile à cet instant précis, elle est donc bien en train de travailler. Et puis pour parvenir à ses fins, elle va se servir comme instrument d’un produit médical. C’est tout à fait symbolique».
Le stress au travail qui entraîne parfois l’irréparable. Au plus haut niveau, la prise de conscience de ce mal semble réelle. En novembre dernier, la cour de Cassation a rendu un arrêt visant à sanctionner un employeur si l’organisation même du travail provoque chez le salarié un stress injustifié. Une véritable avancée qui fait espérer que «les choses vont dans le bon sens» se félicite Maître Rastoul. Mais jusqu’à quel point ? Supprimée du net en quelques heures, la «liste rouge de Darcos» des entreprises n’ayant pas conclu d’accord sur le sujet, a déclenché une vive polémique.

Le calvaire continue

Il n’empêche. Malgré de longs mois de rééducation, le calvaire de Véronique est loin d’être terminé. En effet, trois semaines de coma ne l’ont pas laissée indemne : «Son cerveau a été touché» explique son père, devenu par la force des choses, son tuteur. «Elle ne marche pas, elle ne peut pas se servir de ses mains non plus. Sa mémoire lui fait également défaut. Son état doit s’améliorer mais elle ne pourra jamais plus exercer son métier».
D’où l’inquiétude face à l’avenir : «Toucher des millions de dédommagement, ce n’est pas ce qui nous intéresse», confient les parents de Véronique. «Nous voudrions juste que son salaire et sa retraite lui soient garantis à vie. Car voyez-vous, nous ne sommes pas éternels…»
Véronique, l’infirmière anesthésiste qui avait à cœur le bien-être et la santé de ses patients, est toujours soignée en établissement de rééducation.

Claire Manaud


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