Société et siècle débordés

C’est dans une ambiance de mitan du septennat, au moment même où le Président Sarkozy est en quête de son deuxième souffle (avant les Régionales), que surgit, symptôme peut-être d’une société et d’un siècle débordés, ce qu’il est convenu d’appeler l’Affaire Mitterrand.

 
Inventée politiquement par Marine Le Pen, relayée paradoxalement par Benoît Hamon (PS), une chasse à l’homme a été engagée contre le Ministre de la Culture dans un précipité de confusion entre homosexualité et pédophilie, d’hypocrisie et de vindicte, d’attaque contre la proie idéale et si tentante : un ministre d’ouverture, peu considéré à droite, regardé plus que de travers à gauche, cible idéale pour un FN qui a besoin, avant les Régionales, de se refaire à bon compte. Décidément chez les Mitterrand la confession médiatique ou par l’écriture (Pétain et Vichy pour l’ancien Président ; “La mauvaise vie” pour l’actuel ministre) semble être un impératif qui répond à la sincérité d’un moment de trouble. «Quand écrivîmes-nous tant que depuis que nous sommes en trouble» écrivait Montaigne qui, en d’autres pages des Essais, nous livre quelques phrases dont la méditation devrait être, pour cette affaire comme pour le procès Clearstream, immédiatement contemporaine : «Les affaires d’État ont des préceptes plus hardis que les règles rudes, impolies et impolluées» de la morale ordinaire, lesquelles en politique, peuvent s’avérer «ineptes et dangereuses». Il arrive, ajoute Montaigne, que «le bien public requière qu’on trahisse et qu’on mente et qu’on massacre» mais ce sont «dangereux exemples rares et maladives exceptions à nos règles naturelles : aucune utilité privée n’est digne que nous fassions pour elle violence à notre conscience ; l’utilité publique, soit, bien lorsqu’elle est et très apparente et très importante».
L’utilité publique du Prix Nobel de la paix à Barack Obama est, quant à elle, «très apparente et très importante» même si cette récompense a surpris d’abord le récipien- daire avant d’étonner le monde entier. Pour Bernard-Henri Lévy, le Président américain «ne cesse d’œuvrer pour la paix» : effort vers la déclanéarisation, main tendue à l’Islam lors du discours du Caire, glas du discours sur le choc des civilisations, main tendue vers les musulmans modérés, mélange de fermeté et de dialogue à l’égard de l’Iran (combinaison d’une guerre possible mais aussi d’une “porte de sortie” diplomatique), nouvelle stratégie en Afghanistan. Certains regretteront toutefois que le Prix n’ait pas été accordé à la féministe afghane Sima Samar, au dissident chinois Hu Jia ou à la colombienne Piedad Cordoba. Voilà désormais Obama “sanctuarisé” pour les uns et “sanctifié” pour les autres. Les regards se tournent déjà vers la Syrie, la Corée du Nord et l’Iran : ce Prix Nobel de la Paix constituera-t-il l’instrument de légitimité “universelle” permettant de forcer les portes des solutions diplomatiques ou la guerre, les attentats ou la violence constitueront-ils les moyens d’action qui illustrent malheureusement l’écart qui continue d’exister entre “le droit en puissance” (peut-être un jour, droit cosmopolitique cher à Kant et à Mireille Delmas-Marty) et “le droit en acte” ; qui illustrent aussi les guerres induites par le climat qui seront la forme directe ou indirecte de la résolution des conflits du XXIe siècle où la violence semble promise – malheureusement – à un grand avenir !

Stéphane Baumont


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