Sinistrés d’AZF; Total dans le collimateur

Alors que Toulouse vient de vivre la 7ème commémoration de la catastrophe d’AZF, une soixantaine de personnes soutenues par l’association des sinistrés du 21 septembre a débuté une procédure de citation directe à l’encontre de Total.
 


Le procès tant attendu d’AZF aura lieu le 23 février prochain mais comptera un absent de marque sur le banc des accusés : le géant pétrolier Total, propriétaire de la société Grande Paroisse mise en cause dans la catastrophe. Les associations de sinistrés réclament depuis le début de l’instruction la mise en examen de Total, sans succès. C’est pourquoi 57 personnes victimes de l’explosion ont décidé de se porter parties civiles et d’entamer une procédure de citation immédiate à l’encontre du groupe et de son président de l’époque Thierry Desmarest.

Le dossier, défendu par Maître Léguevaques, prend sa source à partir d’un constat simple : «Grande Paroisse est une société captive dans le groupe Total, les décisions sont donc prises au plus haut niveau, au comité exécutif. Dans chaque filiale, on met en application la politique Total. Lors de sa fusion avec ELF, Total a dû mettre sur la table 4 milliards d’euros supplémentaires et les économies se sont faites au détriment des règles de sécurité. Grande Paroisse a commis de grands manquements sur le site de Toulouse mais n’a fait qu’obéir à Total», explique l’avocat «On ne se bat pas sur l’étincelle qui a déclenché l’explosion, les conditions de stockage et de sécurité sont en cause. Ce que nous reprochons à Total est la mauvaise gestion du risque qui fait d’un accident chimique une véritable catastrophe.»

 

Pas une question d’argent

Pour Frédéric Arrou, président de l’Association des Sinistrés du 21, «ne sont mis en examen que les agents d’exécution, les petites mains.» D’autre part, Frédéric Arrou relève une contradiction qui selon lui ne trompe pas : «Total se sent à l’abri d’une accusation mais n’a pas hésité à indemniser les victimes.» A ce sujet, les 57 plaignants visent avant tout la reconnaissance de la responsabilité du groupe pétrolier et nullement le gain de nouvelles indemnités. «Ce n’est pas une affaire d’argent», affirment les associations et Maître Léguevaques de préciser : «Nous voulons que Total soit condamné pénalement pour homicides involontaires, coups et blessures involontaires et destructions involontaires.»
La culpabilité avérée du groupe permettrait aux sinistrés de tourner la page : «La citation de Total est indispensable. Nous nous sentons seuls. Les instances politiques ne se sont pas portées parties civiles contrairement à ce qui s’était passé en Bretagne avec l’Erika», déplore Frédéric Arrou. Remonter la chaîne des responsabilités est donc le leitmotiv des victimes d’AZF qui attendent avec impatience l’audience intermédiaire du 10 novembre prochain. A l’issue, les plaignants sauront si Total sera effectivement cité à comparaître lors du procès du 23 février. D’ici là, la liste des parties civiles risque de s’allonger mais les associations ont déjà prévenu Total : «Que la société ne tente pas de repousser le procès car nous sommes capables de démontrer notre colère dans la rue.»

Sophie Orus


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