Si Toulouse m’était contée…

A pied dans les rues toulousaines ou en excursion autour de la ville, l’office de tourisme propose des visites guidées à la découverte de l’histoire et du patrimoine. Dont une qui dresse le portrait de la ville rose de la Renaissance, à travers les hôtels particuliers des anciens marchands pasteliers et autres capitouls.

 
Ils sont une dizaine à attendre sagement la guide-conférencière devant l’Office de Tourisme en ce jeudi matin, impatients de se transformer en Toulousains du XVIème siècle. Carnets de note à la main et appareils photo en bandoulière, les visiteurs venus de l’autre bout de la France ou simplement du quartier voisin se tiennent prêts en attendant le feu vert d’Emeline Lair. «Nous limitons habituellement les groupes de visite à 30 personnes mais ils peuvent être un peu plus nombreux en plein été. Aujourd’hui, c’est un nombre idéal pour profiter et bien entendre les explications», confie la guide.
Des explications qui débutent justement devant l’Office de Tourisme avec un point sur le thème de la future visite et une délimitation à la fois temporelle et géographique. Durant deux heures, le petit groupe va déambuler dans l’hyper-centre de Toulouse à la découverte des hôtels particuliers bâtis entre 1463 et 1562, date des premières guerres de religion. Car saviez-vous que la belle ville rose ne recelait que très peu de vestiges médiévaux, la faute à un terrible incendie qui détruisit la ville en 1463 ? Que de nombreux bâtiments prestigieux du cen- tre-ville datent donc de la Renaissance ? Et que les hôtels particuliers qui font aujourd’hui la richesse du patrimoine toulousain appartenaient à des marchands aisés ? «Mais quels marchands justement ?», demande Emeline Lair. Le jeu des devinettes ne fait que commencer pour le groupe de visiteurs qui apprend que Toulouse abritait à cette époque un vaste commerce de pastel.
Après cette rapide mise au point, il est temps de commencer l’itinéraire du jour : direction les arcades de la place du Capitole pour admirer les fresques de Moretti qui retracent les grands moments de la ville. L’occasion pour les visiteurs d’évoquer leur vision de Toulouse : l’aéronautique, le rugby et Nougaro, et pour Emeline Lair de faire un point sur l’histoire passée et présente du pastel, iconographie à l’appui. Les explications sont nettes, et le ton clair attire même les badauds qui au seuil des portes cochères écoutent eux aussi attentivement la guide.

 

Des anecdotes et des échanges

La balade, se poursuit avec la visite des hôtels particuliers dissimulés aux yeux des passants : ceux de Jean de Bernuy, d’Augier Ferrier, de Pierre Séguy, ou encore de Pierre Comere. Durant le trajet à travers les ruelles toulousaines, les visiteurs n’hésitent plus à solliciter la guide sur des précisions ou des interrogations : «Je fais ce métier depuis 6 ans et je suis rarement prise au dépourvu. Ceci dit, si je n’ai pas la réponse à une question, je prends les coordonnées de la personne et la recontacte après avoir demandé conseil à des collègues ou des historiens», confie Emeline.
Au cœur des vieilles demeures, dans les cours calmes à la beauté insoupçonnée, le cours magistral laisse place à de jolies anecdotes : Augier Ferrier, un des médecins de Catherine de Médicis, à qui l’on prête cette formule concernant le meilleur remède contre la peste : «partir vite, courir loin et revenir tard !». Et l’échange devient interactif, chacun proposant sa vision du monument et donnant sa théorie sur tel ou tel mystère : «Pourquoi les riches propriétaires des hôtels particuliers faisaient-ils construire une terrasse en haut de leur tour ?» Chacun a son explication : «pour surveiller les alentours», «pour montrer sa richesse», «pour veiller aux échanges com- merciaux», «pour observer les étoiles»… La plongée dans l’âge d’or de la Ville rose prend fin par le clou de la visite : l’hôtel d’Assezat, qui abrite aujourd’hui la Fondation Bemberg. Joyau d’architecture de la Renaissance sur le plan européen, ce haut-lieu de Toulouse fait briller les yeux des visiteurs. Mais il est temps de se séparer : certains doivent retourner dans leur région, d’au- tres promettent de revenir car comme l’explique Emeline Lair : «Beaucoup de Toulousains participent à ces visites guidées et se rendent compte que, finalement, ils ne connaissent pas leur ville…»

Sophie Orus


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