Sénatoriales : La redistribution des cartes

En ce 21 septembre, les journées du patrimoine furent, à la Préfecture de Haute-Garonne moins celles de la visite des Toulousains dans ces hauts lieux de la Place St Étienne que celles d’un patrimoine politique et républicain, représentatif de tout le corps “grand-électoral” de la Haute-Garonne. Un patrimoine connaissant une nouvelle composition.
 


Journée des paradoxes. Une gauche qui rêve les yeux ouverts d’une victoire absolue (cinq sièges sur cinq) après ses succès de Toulouse aux municipales et le gain de tous les sièges aux législatives en Haute-Garonne. Résultat : la liste Auban ne dépasse pas les 50 % ; elle perd deux sièges. D’absolue, la majorité est devenue relative.

Les raisons de cet échec du parti socialiste sont nombreuses : confusion entre les espoirs que laisse entrevoir l’arithmétique électorale et la qualité de la campagne conduite comme de l’équation personnelle des candidats ; la volonté des élus locaux de plaider pour un renouvellement des personnalités en place comme des candidats proposés ; la détermination des grands électeurs de contester avec force dans le secret de l’isoloir le système Izard (tout système connaît des alertes qui ont souvent des conséquences sur sa pérennité et sa longévité) ; l’absence d’une campagne de proximité rigoureuse et systématique, le terrain n’étant visité que chef-lieu de canton par chef-lieu de canton, Auban et ses colistiers oubliant que, dans la plupart des cas, un grand électeur a d’abord le patriotisme du terroir (de SON terroir) avant d’avoir celui de militant de son parti (c’est, en cela d’ailleurs que la spécificité du vote sénatorial est celle d’être un vote républicain, la “res publica” de sa commune dont on veut faire entendre haut et fort son identité) ; enfin les conséquences des divisions du PS à la veille du Congrès de Reims divisant entre eux des élus socialistes qui n’ont pas voulu laisser le Sénateur sortant Plancade sur le bord de la route, en lui donnant avec d’autres voix modérées la possibilité (même étroitement obtenue) d’un nouveau mandat au Sénat pour un élu qui a su faire valoir sur le terrain le travail effectué à la deuxième Chambre pendant dix ans.

 


Les trompettes de l’unité

Au PS et à ses leaders locaux de tirer les conséquences de ce qu’il faut bien appeler un échec à l’aune des espérances induites par la logique de l’arithmétique électorale. Mais une élection sénatoriale est toujours pleine de mystères et d’une combinatoire qui allie esprit de finesse et esprit de géométrie.
Finesse républicaine d’un Alain Châtillon qui donne enfin à l’opposition locale un mandat de Sénateur (événement d’autant plus remarquable qu’il était attendu depuis 1970 !) en étant élu en 3e position, avant même Mirassou. Il réalise là un formidable résultat dans des conditions de rapport de forces qui lui étaient hostiles au regard de l’arithmétique électorale haute-garonnaise. Les raisons de ce succès sont multiples : une campagne de terrain systématique, rigoureuse et enthousiaste (toutes les mairies ont été visitées) ; une connaissance parfaite du terrain (le Maire de Revel est aussi Conseiller régional et Président d’Agrimip) ; la culture politique d’Alain Châtillon maire de la ville natale du Président Vincent Auriol est républicaine et radicale (il connut nombre de hautes figures de Maurice Faure à Hippolyte Ducos, de Maurice Bourges-Maunoury à la famille Baylet) ; la qualité des propositions programmatiques relatives à une nouvelle respiration républicaine de la décentralisation, à la quête d’une équité territoriale, à une forme de contrat de confiance établi avec l’ensemble des maires de la Haute-Garonne désireux d’une nouvelle pratique politique pour éviter la disparition de leur commune dans ces premières années du XXIe siècle.
Le succès d’Alain Châtillon redistribue les cartes au sein des droites républicaines : on attendait Baudis (qui l’avait annoncé), ce fut Châtillon montrant, dès le début de la pré-campagne, son autorité et sa détermination face à la tentative de come-back insuffisamment préparé de l’ancien Maire de Toulouse (dont les médias annoncent maintenant le retour sur le front européen – il avait réussi en 1994, alors tête de liste 25,28 % des voix ; VGE avait réalisé en 1989, 28,87 %). Un Alain Châtillon combatif et déterminé à fédérer les droites en Midi-Pyrénées, à créer une dynamique avec les autres figures de l’opposition comme Brigitte Barèges et Gérard Trémège, à faire revivre autrement le radicalisme – dont son score montre à l’évidence la pérennité – à faire sonner les trompettes de l’unité et du rassemblement (la liste dissidente Barrès a privé la liste Châtillon d’un deuxième siège avec l’élection possible de Danielle Damin).

 

Le temps de la reconquête

Voilà donc la redistribution des cartes en cours. Face à la crise économique et à la récession qui s’annonce, voilà déjà venu, pour le centre et les droites le temps de la reconquête dans un paysage politique local qui vient de connaître sa première éclaircie notable. Parce que cette victoire est le signe indubitable d’une volonté des grands électeurs de rééquilibrer les forces politiques : avant d’être socialiste, Toulouse et la Haute-Garonne furent radicaux-socialistes, c’est-à-dire adeptes de la philosophie d’Alain favorable au radicalisme de comités plutôt qu’aux pratiques proconsulaires à la Izard.
Dans la gauche modérée comme dans les centres et les droites républicaines la philosophie des contre-pouvoirs revient à la mode. Les réussites d’Alain Châtillon et de Jean-Pierre Plancade ont un dénominateur commun : éviter, empêcher qu’une majorité absolue, même démocratiquement légitime, devienne un frein, un obstacle, un handicap à une respiration républicaine de la représentation départementale.
Reste à observer les conséquences de l’effet Châtillon. À l’UMP, aux Régionales, chez les radicaux et pourquoi pas aux Européennes. Alain Châtillon a le sens du combat, de la nuance ; il croit aux contre-pouvoirs ; il souhaite que l’esprit républicain génère, dans l’unité et le rassemblement d’autres victoires. Depuis le 21 septembre, les cartes sont redistribuées ; les grands électeurs ont montré que l’alternance était possible et que le Sénat restait une deuxième Chambre utile, efficace et nécessaire au moment où l’on commémore le 50e Anniversaire de la Ve République.

Stéphane Baumont
Universitaire, politologue


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