Selim Hammami ; “La Tunisie est et restera un pays proche”

Selim Hammami, Consul de Tunisie à Toulouse depuis 2006, quitte ses fonctions à la fin du mois. Avant de rejoindre fin août le ministère des Affaires étrangères, pour de nouvelles fonctions, il évoque notamment la situation tunisienne au lendemain des événements, les difficultés liées au tourisme, ainsi que les élections d’octobre prochain. Interview.

 
Monsieur le Consul, vous vous apprêtez à quitter vos fonctions. Quel bilan tirez-vous de votre action dans notre région ?
J’y ai découvert des personnes d’une très grande richesse et auxquelles je le pense, je demeurerai extrêmement attaché. Vous savez, ce métier est essentiellement constitué de relations humaines. C’est la principale richesse que l’on peut en retirer. Quant aux prestations de service mises au profit de nos ressortissants, je crois que le consulat a été à la hauteur même s’il reste toujours des améliorations.

Lesquelles par exemple ?
Assurer une meilleure diligence, célérité dans le traitement des dossiers. Nous sommes toujours en quête d’améliorations pour essayer de faire fonctionner ces services de chancellerie et d’état civil au mieux et au profit de nos ressortissants. Aujourd’hui, nous arrivons à délivrer pratiquement dans la même journée toute demande de passeport ; sachant que nos ressortissants sont disséminés sur une région, somme toute, assez vaste. C’est ce qui nous oblige à travailler six jours sur sept, du lundi au samedi, de 9h à 16h en séance continue. Ces nouveaux horaires sont généralisés depuis un mois dans tous les consulats de Tunisie en France. Cela permet à celui qui arrive de la destination la plus éloignée, d’être servi dans la journée.

Confiance et sérénité

Quel regard portez-vous sur les récents événements tunisiens ?
D’abord, je veux applaudir cette nouvelle situation qui prévaut en Tunisie. J’ai bien évidemment suivi tant au niveau du gouvernement transitoire que des assemblées, l’évolution de cet arsenal juridique qui se met en place dans la plus grande transparence et je pense que les élections annoncées pour le 23 octobre prochain vont permettre à la Tunisie d’aller de l’avant, vers la voie d’une démocratie qu’il sera toujours bon de construire et de consolider. Ce n’est pas un résultat statique, c’est une étape et je pense que les ingrédients qui y sont mis, sont de nature à apporter cette confiance nécessaire et la sérénité chez les Tunisiens de toutes couleurs politiques bien sûr.

Malgré tout, les touristes boudent cette destination. Qu’avez-vous envie de leur dire ?
Nous avons lancé plusieurs appels dans les médias. La Tunisie est et restera un pays proche. Aujourd’hui la population tunisienne, comme toutes les personnes qui vivent directement ou indirectement du tourisme, ont l’impression d’avoir été mal payées en retour. Or je veux dire ici que la sécurité est tout à fait assurée. Des observateurs et notamment des journalistes qui se sont déplacés dans des sites connus pour accueillir des visiteurs étrangers, sont revenus parfaitement satisfaits. Depuis janvier, on n’a pas vu une seule agression de quelque nature que ce soit.

Si vous deviez conseiller une destination, quelle serait-elle ?
Bien sûr, quand on pense à la Tunisie, on a tendance à voir le soleil, la mer, le sable fin, etc. mais l’intérieur de la Tunisie a aussi ses richesses. Je pense notamment à la région de Sbeïtla et ses sites archéologiques absolument fantastiques. C’est le moment ou jamais de valoriser ces endroits et de s’y intéresser aussi. Après, vous savez ce que l’on dit : «La plus belle fille du monde ne peut pas donner plus qu’elle n’a ! (Rires)»

 

Un accompagnement toujours efficace

Quel avenir pour les entreprises françaises qui veulent s’installer en Tunisie ?

Nous avons quelque 3 200 entreprises étrangères installées sur le sol tunisien; la majeure partie venant de France (autour de 1 200). Depuis janvier nous n’avons constaté le départ que de 35 entreprises ; la plupart non européennes. Plus que jamais, le climat d’affaires s’est assaini en Tunisie. Nous sommes dans une économie libre aujourd’hui à plus d’un titre : elle a ce caractère libéral mais aussi cette transparence qui n’est pas négligeable. Et ce d’autant plus que les instances tunisiennes continuent à apporter un accompagnement efficace. La législation en termes d’investissements étrangers n’a pas changé, bien au contraire. Elle reste attractive et l’opinion tunisienne ne comprendrait pas tout d’un coup, alors que celle-ci est gagnante sur le registre des droits fondamentaux, le désengagement des investisseurs. Heureusement ce n’est pas le cas. Il est vrai qu’en janvier et février nous avons subi des perturbations mais de l’avis même d’entrepreneurs de la région, le personnel, toutes catégories socioprofessionnelles confondues, a adhéré à l’entreprise et défendu son outil de travail. Cela sonne un peu paternaliste mais c’est une réalité. Tout le monde a très vite compris qu’il s’agit de survie et que si ce travail-là part ailleurs, cela ne fera pas l’affaire des Tunisiens.

Que diriez-vous à un chef d’entreprise pour l’inciter à s’installer en Tunisie ?
Nous avons au niveau du consulat un organisme tout à fait fiable : l’Agence de Promotion des Investissements Extérieurs. Il n’a jamais cessé de fonctionner et nous avons le personnel qu’il faut sur place pour l’accompagner dans ses démarches et faciliter son implantation. A ce propos, le dernier forum consacré à l’investissement a d’ailleurs réuni plus de 600 chefs d’entreprises à Gammarth les 16 et 17 juin derniers. C’est dire tout l’intérêt qui reste porté à ce pays. Mais il est vrai aussi qu’il faut rassurer, rassurer et continuer à rassurer. Cela doit être notre leitmotiv.

Propos recueillis
par Claire Manaud



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