Sécurité ; La vidéosurveillance en débat

Evaluer les enjeux de la vidéosurveillance. Ce sera entre autres, l’objet du débat que le maire de Toulouse veut organiser dans un mois et demi. L’opposition municipale veut, elle, que soient dépassés les clivages politiques.

 
Le Maire de Toulouse Pierre Cohen a annoncé en fin de semaine dernière le lancement d’un débat sur la vidéosurveillance. Le 24 juin, la Ville de Toulouse rencontrera des experts européens, dont le Délégué général du forum européen pour la sécurité urbaine, des associations des droits de l’homme ainsi que des représentants de collectivités, pour évaluer les enjeux de la vidéosurveillance, les solutions mises en œuvre dans d’autres villes, les résultats observés, les questions éthiques soulevées… Cette journée d’études donnera lieu à un rapport présenté à l’automne au CLSPD (Contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance), qui permettra, alors, au conseil municipal de prendre les décisions.
D’autre part, Pierre Cohen a fait part, par courrier, au Préfet de sa grande inquiétude face à l’augmentation des violences urbaines à Toulouse. Il a demandé à connaître l’évolution du nombre d’agents de la Police Nationale sur Toulouse, les moyens techniques et humains affectés au service de nuit ainsi qu’à être informé de l’évolution des enquêtes en cours.

 

“ Un consensus souhaitable et possible ”

Pour le chef de file de l’opposition, le maire «acculé par la situation de la sécurité à Toulouse, concède à un débat» : «Il est dommage, et même tragique, qu’il ait fallu que plusieurs jeunes filles se fassent violer, que des faits violents, des agressions et un incendie de voitures en série soient commis, pour qu’il accepte de discuter. Plusieurs procès-verbaux en font foi : depuis le début du mandat municipal en cours, j’ai provoqué ce débat à diverses reprises en séance du Conseil municipal. En vain ! Chaque fois, le Député-Maire-Président et toute sa Majorité, plus unie là-dessus que sur d’autres points, ont repoussé vigoureusement le principe même de la vidéoprotection, en m’opposant, non la perspective d’une discussion, mais un refus ferme et définitif, conclusif et sans appel.» écrit sur son blog Jean-Luc Moudenc. Sur le débat du 24 juin, le Président de Toulouse pour Tous souhaite que celui-ci soit «loyal» et «pluraliste», que «les dés n’en soient pas pipés, que les personnalités extérieures, appelées à la rescousse d’une municipalité toulousaine mise à mal sur la question, ne soient pas “orientées” et “bien pensantes” pour justifier “scientifiquement et techniquement” la position, au fond très idéologique et politique, des maîtres actuels du Capitole. Souhaitons aussi que ce débat ne soit pas un débat de plus, tant cette municipalité s’avère depuis 2 ans la spécialiste de la “parlote” et des assises en tous genres, rarement suivies de réalisations réelles demandées par les gens. Toulouse et les Toulousains ont un besoin urgent d’actions fermes et concrètes pour ramener tranquillité et sécurité dans notre ville, tout spécialement la nuit. (…) Je suis convaincu qu’un consensus est souhaitable et possible, pour dépasser les clivages politiques obsolètes auxquels certains s’accrochent piteusement. Les victimes d’agressions, souvent des jeunes, dont les parents sont de plus en plus inquiets, se foutent des querelles politiques sur le sujet : ils veulent des actes !»

 

Une délinquance itinérante

Pour Jean-François Leroux, Secrétaire régional zone sud ouest du Syndicat policier FPIP, la vidéosurveillance n’est pas la seule solution : «La vidéosurveillance est utile bien sûr. L’actualité vient de nous le montrer à Times Square. On a évité un attentat. Mais elle ne doit pas se substituer au travail des policiers. Il ne faut pas mettre de la vidéosurveillance partout et continuer à diminuer les effectifs de police. C’est une complémentarité mais qui ne remplace pas le policier sur le terrain.»
Les caméras, un moyen à la fois de prévention et de dissuasion ? «Ca reste à prouver» confie JF Leroux, pour qui la délinquance n’est pas en augmentation dans la ville rose. Elle est en revanche itinérante : «Il n’y a pas plus de délinquance qu’avant à Toulouse. Le problème est qu’elle se déplace. Suite au travail des UTEQ, (Unité Territoriale de Quartier, ndlr) on a de très bons résultats dans les quartiers difficiles ; ce qui fait qu’il y a beaucoup plus de méfaits en centre-ville où il faut reconnaître que les policiers de terrain du service général de l’Hôtel de Police et des Bacs sont complètement démunis. Encore une fois, ils ne sont pas assez nombreux.»
En 2007, 718 caméras ont été installées dans les rues de Toulouse et le métro, selon la Préfecture de la Haute-Garonne qui précise que ce dispositif, auquel adhèreraient 78 % des Français, vise à les «protéger et en aucun cas à les surveiller». Les centres-villes de Strasbourg  et d’Orléans auraient ainsi vu leurs chiffres de délinquance dégringoler respectivement de -52.9 % entre 2003 et 2007, et de -49 % entre 2001 et 2008.

Claire Manaud


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