Sécurité ; La sûreté nucléaire passée au crible

L’Autorité de
Sûreté Nucléaire a rendu son bilan des activités
dans la région et le constat est jugé «assez
satisfaisant». EDF doit encore faire des efforts dans
l’exploitation de ses centrales tandis que le secteur médical
connaît de gros progrès après le scandale des
irradiés de Rangueil.

 

Lorsqu’on parle de centrale nucléaire, on pense souvent à Tchernobyl et à ses effets dévastateurs à long terme. Il est donc légitime que la population s’interroge sur les risques liés à ces usines qui fument à quelques pas de leur lieu de vie. C’est pourquoi l’Autorité de Sûreté Nucléaire, créée en 2006, veille au bon fonctionnement des activités civiles en France et notamment dans la région Midi-Pyrénées. Le bilan 2008 est jugé «assez satisfaisant» par l’autorité administrative concernant l’exploitation des centrales nucléaires par EDF. Les 14 inspecteurs de la division de Bordeaux ont effectué l’an passé 31 inspections en Midi-Pyrénées, dont 19 sur Golfech. «EDF doit encore améliorer la rigueur de son exploitation et de ses démarches auprès de nos services», prévient Anne-Cécile Rigail, chef de la division de Bordeaux à l’ASN.
Mais si l’activité des centrales est bien visible, il est un domaine plus discret et pourtant tout aussi dangereux que l’ASN nomme “nucléaire de proximité”. Celui-ci comprend la radioprotection, en médecine et dans les domaines de la recherche et de l’industrie. Tout le monde a en mémoire les incidents graves liés à une surirradiation des patients au CHU de Rangueil en 2007. «Les rayonnements ionisants sont nécessaires dans le traitement du cancer mais peuvent aussi endommager les cellules du corps humain à une certaine dose», explique Anne-Cécile Rigail. «Les causes profondes de l’accident de Rangueil sont liées au matériel et surtout à l’organisation du travail.» L’ASN a donc effectué des contrôles dans la totalité des services de radiothérapie et le constat est plus que rassurant : «Aujourd’hui, Rangueil a réglé tous ses problèmes. Les centres du Sud-ouest restent très attractifs et bénéficient d’une forte présence de radiophysiciens. De plus, la région jouit d’une technologie de pointe, surtout à Toulouse.» Cependant, l’ASN considère que les centres de la région doivent encore «progresser dans la sécurité des traitements et la transparence des informations.»

 

Accident grave à l’ONERA

Autre cheval de bataille pour la structure visant à protéger le public et le personnel : la radiologie interventionnelle. Peu connue, elle se développe pourtant de plus en plus dans les blocs opératoires. Cette technique consiste en l’utilisation de l’imagerie médicale à des fins thérapeutiques, pour guider le chirurgien au cours d’une opération. «En inspectant directement au bloc, nous avons constaté que la radioprotection des acteurs est encore perfectible. Les travailleurs et les patients ne sont pas à l’abri.» L’ASN prévoit donc en 2009 d’amplifier les inspections en insistant sur la formation des intervenants et la rigueur dans l’utilisation des matériels.
Enfin, les secteurs industriels, notamment les laboratoires de recherche, sont toujours sous haute surveillance. En 2009, l’ONERA, centre de recherche aérospatiale de Toulouse, a connu un accident très sérieux. L’un de ses salariés a été exposé pendant plusieurs minutes à des rayonnements émis par une source radioactive de haute activité. «Il a reçu plus de 120 fois la dose limite !», précise Anne-Cécile Rigail. «L’ASN a donc classé l’accident niveau 3 et dressé un procès-verbal.» Depuis, l’activité de l’installation mise en cause a été suspendue et ne redémarrera qu’après autorisation de l’ASN.
Pour l’année en cours, l’Autorité de Sûreté Nucléaire s’est fixé pour objectifs des contrôles accrus en matière de radiothérapie et de radiologie interventionnelle ainsi qu’une prise en charge toujours plus stricte de Golfech. Patrice Russac, délégué territorial de l’ASN, rappelle également au public qu’il peut être tenu informé de toutes les activités liées au nucléaire : «L’article 19 de la loi du 13 juin 2006 donne la capacité à tout citoyen d’obtenir des informations de la part des exploitants.»

Sophie Orus


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