Sécurité : La lutte contre la délinquance est « une œuvre collective »

A la préfecture de Haute-Garonne, mardi dernier, s’est déroulée une réunion d’un nouveau genre : un séminaire qui a réuni élus, policiers, gendarmes, le préfet Henri-Michel Comet et le procureur, Michel Valet. Deux thèmes précis étaient à l’ordre du jour : la lutte contre les cambriolages et contre les vols avec violence.

 

« Les violences et les cambriolages sont au cœur des préoccupations des maires, du préfet et du procureur » a souligné le procureur de la République de Toulouse, Michel Valet. Il y avait donc une nécessité de créer « un moment d’échange sur des sujets bien précis » a précisé Henri-Michel Comet, à l’initiative du séminaire. Les différents acteurs présents ont eu l’occasion de partager les expérimentations mises en place en matière de sécurité. Parmi elles, la vidéo-protection a été abordée, car deux villes ont pu témoigner d’un bilan positif : Blagnac et Castanet-Tolosan. « Cela a montré l’utilité de ce dispositif, surtout pour la prévention, mais également en termes d’économies réalisées sur les dégradations de biens publics » relate le préfet. A Castanet-Tolosan, 41 caméras ont été installées depuis 2011,  « mais la vidéo-protection ne vaut que par les moyens humains qui sont employés pour exploiter les données » poursuit-il. A Blagnac, des données chiffrées ont permis de conclure que 200 000 euros ont été économisés grâce aux caméras du centre-ville. Outre la vidéosurveillance, un nouveau dispositif d’aide aux victimes a également été présenté, ainsi qu’une plateforme « des bonnes pratiques » où les collectivités pourront partager les retours de leurs initiatives.

L’importance du « témoignage citoyen »

« La lutte contre la délinquance est une œuvre collective » a soulevé le Procureur de la République. Tel est le message martelé par les autorités présentes, car « la police et la gendarmerie ne peuvent pas être efficaces sans les citoyens » ajoute-t-il. Or les maires sont « le relai » de la population. Dans quel but ? « Rappeler aux gens l’importance du témoignage citoyen, car une bonne partie des affaires de cambriolages sont résolues grâce au signalement du voisinage », insiste Michel Valet. Frantz Tavart, colonel commandant du groupement de la gendarmerie en Haute-Garonne confirme : « Un tiers des cambriolages sont résolus grâce aux filatures, un tiers grâce au travail d’enquête et de police scientifique et un tiers grâce au signalement d’un tiers. Nous avons augmenté nos moyens d’action, mais il manque aujourd’hui cette participation citoyenne. » Ces proportions sont valables aussi bien en zone police qu’en zone gendarmerie. « Il ne faut pas considérer cela comme de la délation » poursuit le colonel, «c’est plutôt une solidarité, une entraide portée entre voisins » selon Lucien Pourailly, contrôleur général de la Direction départementale de la sécurité publique.

Un deuxième message a été porté à l’attention de la population : « Il arrive souvent que les victimes de cambriolages, qui se sentent violées dans leur intimité, nettoient tout avant notre arrivée. Cela nous coupe toutes possibilités d’enquête scientifique. Il ne faut toucher à rien à part le téléphone pour composer le 17 », tient à signaler Lucien Pourailly.

 

Les modes opératoires évoluent, les techniques d’investigations aussi

 

Malgré cela, le taux de résolution des enquêtes de cambriolage, en zone police, a augmenté de 30% au premier trimestre 2013, contre 16% en zone gendarmerie. « Il faut préciser que les modes opératoires des malfrats ont évolué ces deux ou trois dernières années. Ils s’attaquent davantage aux zones périurbaines et aux cités dortoirs » note le préfet. En outre, « ils opèrent entre 9h et 17h en semaine, et cible en priorité l’or et le numéraire » précise le colonel Frantz Tavart.

En zone police, le nombre de cambriolages a connu « un pic » en 2011 (+43%), pour baisser de 4.5% en 2012, puis de 16,5% en ce premier trimestre 2013. En zone gendarmerie, la hausse est constante depuis 2011, mais ce phénomène s’explique, en partie, par un nouveau mode de comptage. Auparavant, une tentative de cambriolage pouvait être enregistrée soit en « cambriolage » soit en « dégradation ». « Aujourd’hui toute effraction est enregistrée en cambriolage, ce qui a accru d’environ 25% le nombre de cambriolages. Malgré cela, la hausse existe » reconnaît Frantz Tavart. Les gendarmes comptent aujourd’hui sur les techniques d’investigation modernes. Les TICP (techniciens en identification criminelle de proximité, ndlr) sont passés de 60 en 2010, à 300 en 2013. Mais que les enquêtes soient effectuées par la police ou la gendarmerie, les analyses scientifiques, ADN notamment, sont utilisées dans 90% des affaires. « On a quitté la culture de l’aveu » remarque le procureur, pour une culture de la preuve scientifique.

Coralie Bombail

 



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