Santé; Les cabines à UV à nouveau sur le grill

Environ Environ 300 nouveaux cas de mélanomes par an en Midi-Pyrénées. Notre région n’échappe pas à cette triste réalité : entre 1980 et 2000, la fréquence des cancers cutanés a été multipliée par 2 voire 3. Le soleil en est bien sûr la cause mais les cabines à UV sont à nouveau montrées du doigt. Selon les scientifiques du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), les UV émis par les lampes de bronzage figurent parmi les cancérigènes les plus dangereux, à l’instar du tabac, du benzène, de l’amiante et d’autres radiations ionisantes.
L’opinion et les conseils de prudence sur ce sujet du Professeur Carle Paul, chef de service dermatologie au CHU de Toulouse.

 
Professeur, n’est-ce pas curieux d’alerter encore une fois contre les cabines à UV et de ne pas le faire dans le même temps contre le soleil lui-même ?
Il est bien évident que l’on sait depuis longtemps que les ultraviolets ont des effets positifs (sur l’humeur des gens, pour traiter certaines maladies) et négatifs. Les effets négatifs du soleil sont connus et font l’objet depuis de nombreuses années de campagnes de prévention. Mais il est vrai que du fait de la déclaration de l’OMS, il y a effectivement un coup de projecteur sur les cabines à UV esthétiques qui sont assez répandues. Ce qui est certain, c’est que depuis vingt ans la fréquence des cancers cutanés est en augmentation très importante. Entre 1980 et 2000, elle a été multipliée par 2 voire 3. En ce qui concerne Midi Pyrénées, on a environ 300 nouveaux cas de mélanomes par an. Cette augmentation est due à nos habitudes, à nos comportements qui font que l’on s’expose beaucoup plus, à la fois au soleil naturel mais aussi aux UV artificiels.

Connaît-on le pourcentage de cancers dû aux cabines et celui dû au soleil ?
Ce n’est pas facile à déterminer. Ce que l’on peut dire c’est que les gens qui s’exposent à des cabines de manière régulière augmentent leur risque de cancer cutané.

Ne faudrait-il pas davantage contrôler ces cabines plutôt que de blâmer leurs utilisateurs ?
C’est tout le problème entre ce que l’on va décider de faire au niveau d’une société. Doit-on contrôler, interdire, ou informer les utilisateurs ? Ce qui est sûr c’est qu’il faut que les gens sachent que dans une cabine de bronzage, ils vont forcément être exposés aux effets toxiques des ultraviolets. S’ils y vont de manière régulière, il y a une accélération du vieillissement de la peau et une augmentation du risque de cancers. Ensuite, il y a cette idée fausse qui est très répandue : dans une cabine de bronzage, «on prépare sa peau au soleil». C’est totalement faux ! On ne prépare pas sa peau au soleil. On naît avec un capital soleil qui varie en fonction des individus. Celui-ci est plus important chez les individus dont la peau est foncée. Mais chaque fois que l’on va s’exposer aux UV, soit sur la plage, ou dans une cabine, on diminue son capital soleil et on a davantage de risques d’avoir les effets toxiques du soleil.

 

Le dépistage est très important

Quels conseils donneriez-vous aux utilisateurs de cabines d’UV ?
Il faut surtout éviter d’y aller quand on est jeune : c’est-à-dire avant 30 ans, car c’est là que l’on va augmenter de 75 %, le risque de cancers notamment de mélanomes, un cancer de la peau qui est agressif. Autre population à risque, les personnes au capital soleil déjà très réduit (celles qui ont une peau claire, des cheveux blonds, des taches de rousseur) et qui en allant dans ces cabines, vont l’épuiser très vite.

Mais si malgré tout, ces personnes veulent absolument bronzer de cette manière ?
Alors, il faut limiter le plus possible le nombre de séances et ne pas les répéter chaque année. Après c’est une question de liberté individuelle, comme le fait de fumer qui augmente également le risque de cancers mais qui reste autorisé.

Il n’est pas inutile de rappeler quelques conseils pour se protéger également du soleil…
Oui, c’est très important. Pour le visage, utiliser un chapeau ou une casquette qui vont diminuer de 50 % les UV reçus. Deuxièmement, il faut si possible porter un tee-shirt et éviter de s’exposer pendant les heures où le soleil est au plus haut, à savoir entre 11h et 15h.
Enfin, utiliser en quantités suffisantes (une petite noisette de crème pour couvrir la surface de peau équivalente à deux paumes de main), un écran solaire d’indice au moins égal à 30. Et répéter l’opération toutes les 4h. Quoiqu’il en soit, il est très important pour les personnes qui ont une lésion cutanée colorée, qui augmente de taille, qui change de couleur, qui saigne, qui apparaît brutalement sur la peau, de consulter le plus rapidement possible un dermatologue. Le dépistage est très important. Si on dépiste les cancers cutanés de façon précoce, on peut avoir des traitements qui permettent de guérir 100 % des cancers. Il ne faut pas attendre.

Mais s’enfermer en été, ce n’est pas facile…
Vous savez, on peut très bien aller au soleil le matin, revenir à la maison pour déjeuner et s’exposer de nouveau à partir de 15h l’après-midi, surtout si l’on a de jeunes enfants. On sait que l’exposition solaire avant 18 ans, est celle qui est vraiment très mauvaise sur le plan du risque de cancers. Entre 0 et 18 ans, on estime qu’une personne va recevoir 50 % de l’exposition solaire de toute sa vie. Il faut être vigilant vis-à-vis des enfants et éviter les journées très longues à la plage. Y arriver le matin à 10h et en repartir le soir à 18h, c’est le meilleur moyen d’avoir des coups de soleil et d’abîmer sa peau.

Propos recueillis
par Claire Manaud


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