Sanofi Toulouse: A quand la fin de l’attente pour les salariés ?

Le 25 septembre 2012, le groupe Sanofi a confirmé la suppression de 900 emplois en France sur trois ans, qui concerneraient surtout la branche «recherche». A Toulouse, le site de l’Oncopole, qui compte trois unités de «Recherche & Développement» et plus de 600 collaborateurs, serait concerné mais ne dispose aujourd’hui d’aucune précision. A l’heure où votre hebdo part sous presse, l’avenir du site toulousain est donc toujours incertain, les modalités de restructuration concernant sa vocation ne sont pas définies, ou peut-être, pas officiellement communiquées. Jeudi 27 septembre, une journée de mobilisation a été organisée par les salariés, un 13e «jeudi de la colère».

 

Le ciel est plutôt nuageux ce matin-là, mais il ne pleut pas. Les salariés du site Sanofi de l’Oncopole sont rassemblés devant la grille d’entrée. Depuis la route d’Espagne, impossible de manquer l’agglomérat de blouses blanches qui attend patiemment l’heure du départ du défilé. L’arrivée de Jean-Luc Mélenchon, député européen, pour soutenir les troupes est annoncée comme «imminente». Les manifestants sont relativement calmes mais les messages inscrits sur les banderoles trahissent leur détermination, leur inquiétude, l’incertitude. L’arrivée de l’eurodéputé déclenche la mise en route du convoi vers le rond-point Maurice Dide, où la mise en terre d’un arbre est prévue. Dans le cortège, les salariés échangent sur leurs doutes, leurs inquiétudes sur l’avenir mais aussi sur celui de la recherche et des malades. Ils partagent volontiers leur sentiment d’écœurement quant à la stratégie de sollicitation aux «départs volontaires» souhaités par la direction : «On nous fait croire que l’on ne sert à rien, que nos travaux de recherche sont inutiles» explique une blouse blanche. La centaine de mètres séparant la grille du rond-point est rapidement parcourue et le rassemblement se fixe au sommet du monticule de terre du rond-point pour assister à la plantation de l’arbre représentant l’enracinement de la recherche à Toulouse : un érable. Symboliquement, cet arbre signifie liberté et indépendance, «l’indépendance que la recherche médicale pourrait avoir face aux intérêts financiers» ironise un salarié. Alors que la terre recouvre les racines de l’érable, la parole est donnée aux salariés, aux nombreuses personnalités politiques locales et nationales présentes.

 

Une attente interminable

 

Pour clôturer les déclarations, un salarié rend hommage à l’homme dont le rond-point cristallise le nom, le Docteur Maurice Dide, médecin spécialiste en psychiatrie dont l’engagement dans la Résistance durant la seconde guerre mondiale fut notable. Maurice Dide est mort en mars 1944, en bravant l’interdiction SS de soigner des malades. Là aussi tout un symbole. Quelques chants et le désormais très médiatique «Haka des sanofistes» donnent le signal de la dispersion, en attendant des éclaircissements sur la situation du site toulousain ou la prochaine mobilisation prévue le mercredi 3 octobre. Date à laquelle les salariés du géant de l’industrie pharmaceutique vont défiler à Paris pendant qu’un comité du Groupe France se réunit à Gentilly. C’est sur cette antenne du Val de Marne dédié au «tertiaire» que sont regroupées les activités d’audit, de stratégie et de contrôles internes. Alors que la firme ferme un site de recherche aux États-Unis et s’interroge sur l’avenir de certains en France, elle conclut un accord en vue de l’acquisition de Genfar, un des leaders des médicaments génériques colombien et se développe en Inde.

A l’heure de notre bouclage, rien de plus : Simplement cette «deadline» de trois ans qui, pour le site toulousain, correspond à la durée des différents partenariats de recherche signés par Sanofi avec Claudius Regaud, l’INSERM et Aviesan pour des travaux sur le micro environnement de la tumeur cancéreuse, ou encore avec l’Institut Pasteur et Aviesan sur les maladies infectieuses.

Toujours est-il que les salariés attendent d’être fixés sur leur sort, une incertitude qui gèle leurs perspectives, les empêche de prévoir leur avenir, que ce soit au sein de Sanofi ou ailleurs.

 

 

 

 

Jean-Luc Mélenchon auprès des «sanofistes»

«Il faut une loi contre les licenciements boursier» !

 

C’est à l’invitation de l’Intersyndicale que Jean-Luc Mélenchon, député européen du Parti de Gauche, est venu participer à la manifestation du 27 septembre à Toulouse. Il prône la création d’une loi contre les licenciements boursier ou financier.

 

Assailli dès son arrivée par les nombreux médias présents ce matin-là route d’Espagne, Jean-Luc Mélenchon ne peut que brièvement saluer les salariés de Sanofi, à son grand regret. Micro en main, il annonce clairement que «la financiarisation est une tumeur» pour la recherche. Le ton est donné. Pour l’eurodéputé, «il n’y a aucune raison que le site ferme sur la volonté d’une poignée de gens cupides». Militant pour une méthode de négociation «ferme» auprès des dirigeants de l’entreprise, il argumente «lorsque vous êtes face à un interlocuteur qui sait que vous pouvez faire des actions un peu extrêmes, il sera tout de suite plus compréhensif». Pour lui, le cas est simple et il faut créer rapidement une loi contre le licenciement boursier et financier. En direction de ceux qu’il qualifie de «patrons voyous», il tonne : «la France est la seconde économie du continent et n’est pas un pays que l’on tient à la gorge». Pour Jean-Luc Mélenchon, le rapport de force est la solution, tout comme la création rapide de la loi précédemment citée car pour lui, «la loi va à la vitesse qu’on veut, il y en a qui passent à la vitesse grand V en procédure d’urgence, c’est donc possible.»
 

D’autres élus en soutien

 

Bon nombre d’élus locaux s’étaient également donné rendez-vous pour témoigner leur soutien aux salariés de Sanofi et la recherche ; la députée européenne Christine de Veyrac, le député Christophe Borgel, la conseillère régionale Nicole Belloubet, les élus municipaux Monique Durrieu, Pierre Lacaze, Jean-Christophe Sellin…

 

 

Sanofi en chiffres

 

Dans le monde
110 000 collaborateurs
116 pays d'implantation dont 35 sur le continent Européen

 

En France
28 000 collaborateurs
49 sites dont 26 de production et 9 de «recherche & développement»

 

A Toulouse
Près de 600 personnes sur le site «recherche» de l'Oncopole
Près de 400 personnes sur un site de production à Lardenne (Mérial)

 

Quelques produits de la marque Sanofi
Doliprane, Aspégic, Maalox, Primpéran, Solupred, Stilnox, Lenovox, les génériques Zentiva, Magné B6, la gamme de produits Oenobiol, Frontline...

 



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