Romain Jammes écrit à Manuel Valls

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Romain Jammes : Originaire de la région parisienne, ce militant politique et syndical s’est exilé dans le Sud-Ouest il y a quelques années. Membre du Parti de gauche il s’engage au quotidien dans la vraie vie comme sur la toile (onatestetoulouse.fr et https://lartetlamaniere.wordpress.com/)

Destinataire

 Manuel Valls : Il est premier ministre de François Hollande depuis le 31 mars 2014. Il fut auparavant le ministre de l’Intérieur du gouvernement Ayrault (2012-2014), maire d’Evry de 2001 à 2012 et député de la première circonscription de l’Essone de 2002 à 2012.

 

 

Monsieur le premier Ministre,

“Il y aurait tellement de choses à dire sur votre politique. La manière dont votre gouvernement exacerbe les tensions pour masquer l’explosion des inégalités, la destruction des services publics, le piétinement du droit du travail. Je pourrais écrire sans fin sur la façon dont vous bafouez les principes de la République et réduisez à peau de chagrin les quelques lambeaux démocratiques qu’il nous reste. Il y aurait aussi tant à dire sur l’Europe et le rôle de la France dans l’humiliation politique du peuple grec sous couvert de règles économiques qu’on ne s’applique même pas à nous même.

Pourtant, étrangement, je vais partir d’une bonne idée qui a vu le jour depuis 2012, dans un conseil des Ministres. Vous voyez, je sais être magnanime, n’en profitez pas. En effet, la loi ALUR, promulguée en mars 2014 prévoyait un « encadrement des loyers ». Rien de bien révolutionnaire derrière ce gros mot mais une manière de contenir la hausse des loyers dans les grandes agglomérations, et surtout, d’ouvrir le débat sur le poids des loyers dans notre pays.

Monsieur le 1er Ministre, j’ai 27 ans, 28 dans quelques semaines. Comme beaucoup de jeunes de mon âge, je suis encore précaire. Je vais de boulot en boulot, avec la vicissitude d’un jeune aventurier, à cela près qu’on ne m’a pas donné le choix de ce mode de vie. À défaut d’amour et d’eau fraiche, nous sommes beaucoup à vivre de pâtes et de récup. C’est que, vous comprenez, le boulot ça ne court pas les rues, et les rues, justement on aimerait ne pas y passer nos nuits…

« Un toit sur la tête… et les épaules »

Sauf que les loyers, dans notre beau pays, nous ramènent cruellement à notre condition sociale. Quand j’étais étudiant, ils prenaient environ 2/3 de mes revenus. J’ai été sage monsieur le Ministre. J’veux dire, pas pour le Père Noël, mais j’ai respecté les règles : j’ai travaillé, j’ai subi la précarité (pas de bon grès, certes), et j’ai eu mes diplômes. Enfin j’ai fait ce qu’on attendait de moi en me disant qu’après, l’herbe serait enfin verte.

Au Père Noël, j’ai cessé de croire vers 5 ou 6 ans. Vos fables ont été plus tenaces, mais elles me laissent un goût amère dans la bouche : au fond ça fait bientôt 10 ans que j’ai 18 ans. Si aujourd’hui je suis sorti des 2/3, la précarité ne m’autorise pas à penser que demain ce sera de même. J’ai même fini par déserter le centre-ville pour être en colloc’ de l’autre côté de la rocade.

La loi ALUR ouvrait donc ce débat du prix des loyers pour de nombreuses villes dont Toulouse, et vous l’avez sèchement réduite à Paris intra-muros. Comme si vous niiez qu’ici aussi, avoir un toit sur la tête pèse sacrément sur les épaules…

La première petite étape qu’a proposée la loi ALUR, vous y avez renoncé, par frilosité sans doute. Vous laissez le hasard du marché décider des loyers dans des villes à forte pression démographique, laissant sur le carreau de nombreuses personnes.

Nous sommes donc plusieurs, partout en France, à avoir fait un recours auprès du Conseil d’Etat, car en plus de mépriser nos conditions de vies, vous mépriser l’esprit dans lequel cette loi a été votée par le parlement. Une habitude, d’une certaine manière, mais qui ne peut rester sans réaction de notre part…”

 

 



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