Rigueur ; L’histoire va-t-elle repasser les plats ?

Après une semaine noire au cours de laquelle la Bourse de Paris a chuté de plus de 11 %, l’ensemble des médias s’est affairé à remonter le moral des Français en annonçant une remontée de 9,66 % de celle-ci lundi dernier. Il faut dire qu’avec les 750 milliards d’euros d’argent virtuel, comme d’habitude, mis sur la table durant le week-end, il eût été désespérant que les Bourses européennes ne remontent pas.

 
Les sauveurs de l’Europe et de l’euro se sont succédé sur les médias en affirmant qu’ils avaient vaincu les méchants spéculateurs qui, désormais, ne montreraient plus le bout de leur nez. Inutile de dire que cela rappelait les propos tenus en 2009 quand, suite au G20, les dirigeants du monde et Nicolas Sarkozy en particulier, nous affirmaient que la régulation des marchés était en route et que les avatars du passé (subprimes ; paradis fiscaux ; bonus et tutti quanti) étaient définitivement passés aux oubliettes. Les événements de ces dernières semaines nous montrent qu’après être sortis par la grande porte, les spéculateurs sont revenus par… La grande porte !
Maintenant que la France s’est encore plus endettée pour aider la Grèce après s’être endettée pour renflouer les banques, la parole est à la… rigueur. Désolé d’utiliser un gros mot, mais ce substantif est interdit à l’Elysée et dans la majorité ces derniers jours. Pourquoi donc ? Tout simplement parce que, la politique se résumant aujourd’hui à communiquer et non plus à gouverner, la finance mondiale ayant pris la place du politique, il faut communiquer au bon peuple de la manière la moins anxiogène possible.

 

Le mimétisme VGE-Sarkozy

Rigueur ? Pourtant ce mot était lié à la gauche, la rigueur ayant représenté le tournant politique de la gauche en 1983 quand, après avoir vidé les caisses de 1981 à 1983, il fallut mettre un gros tour de vis et en finir avec les 110 propositions du candidat Mitterrand. La gauche la défendait d’ailleurs bec et ongles cette fameuse “rigueur”, à l’exception de Jean-Pierre Chevènement qui quitta le gouvernement pour marquer sa désapprobation. Même Georges Marchais la défendait, lui qui répondit à un journaliste qui faisait le parallèle “rigueur-austérité” que «c’est de la rigueur, pas de l’austérité, ça n’a rien à voir». Pourtant, si on compare la “rigueur” de Pierre Mauroy à “l’austérité” de Raymond Barre, la “ri- gueur” était en fait de la super-austérité.
“Austérité”… Le mot doit lui aussi être interdit du côté des communicants de la majorité puisqu’il rappelle le fameux “Plan Barre” qui, pour répondre au premier choc pétrolier, mit en musique une politique d’austérité après avoir succédé à Jacques Chirac à Matignon en septembre 1976. Le nom de Raymond Barre étant indissociable de cette politique de rigueur, ou d’austérité comme vous voudrez, on lui imputa pour partie la défaite de Valéry Giscard d’Estaing en 1981.
Pourtant, les caisses étaient pleines à cette époque et les déficits budgétaires du septennat de Valéry Giscard d’Estaing étaient de la roupie de sansonnet comparés aux déficits et à la dette d’aujourd’hui. Sauf à vouloir devenir la Grèce, la “rigueur” est donc un impératif absolu mais, Nicolas Sarkozy ayant affirmé devant les députés UMP «qu’à partir de mai 2011, on ne ferait plus que de la politique», il est désormais évident qu’il sera candidat à sa propre succession. Et, de ce fait, tout sera fait pour éviter toute anxiété aux Français, quitte à leur cacher, (à se cacher ?) la triste vérité.
1979-1981… Deux années séparaient le second choc pétrolier de l’élection présidentielle.
2010-2012… Deux années séparent la seconde crise financière de l’élection présidentielle à venir.
Le mimétisme VGE-Sarkozy étant une évidence (Président jeune, désacralisant la fonction et pratiquant l’ouverture entre autres) risque de ne pas s’arrêter là.
Contrairement à ce qu’affirmait Louis-Ferdinand Celine, l’histoire va peut-être repasser les plats.

Philippe David


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