Richard Bohringer ; « Je suis un jeune mec de 66 ans »

Richard Bohringer n’est pas qu’un acteur engagé, il est aussi écrivain. Il vient de publier “Bouts Lambeaux”, ou les éclats de vie
d’un homme blessé. Rencontre.

 
Richard, avez-vous écrit ce livre à partir de vos souvenirs ou est-ce une compilation de textes ?
Ce n’est pas une compilation car ce mot va bien pour Céline Dion ou la Star Ac ! (rires) J’ai écrit ce livre comme j’ai rédigé les autres, avec des textes de 20 à 66 ans.

Vous évoquez des moments très difficiles de votre vie. L’écriture a-t-elle été salvatrice ?

Il ne faut pas faire une histoire de l’écriture et retirer tout le jus folklorique. L’écriture est beaucoup plus simple que cela. Certes, je dois écrire dans des moments particuliers, qu’ils soient durs ou pas. Mais pédagogiquement, je veux que le monde entier écrive car cela fait du bien.

Au niveau du style, vous vous rapprochez du slam. Est-ce un parti pris ?
Je fais du slam depuis très longtemps. A l’époque, on disait le “talk”. J’écris plus en syncope qu’en syntaxe, c’est ma construction personnelle. Je fais toujours les choses naturellement, en réinventant ce que je n’ai pas appris. Je n’ai pas la prétention d’être un poète. Comme je l’ai écrit : «J’avais vingt ans je voulais écrire le plus beau des poèmes. Rimbaud avait déjà fait le boulot.»

 

« Le meurtre de l’autre »

Vous écrivez également «Les humains ont cette chose en commun : le meurtre de l’autre». N’êtes-vous pas trop dur avec vos semblables ?
Cette phrase n’est que la vérité de la nature humaine. Pensez-vous sérieusement que les mensonges politique, économique et social ne sont pas des assassinats ? Je suis un grand singe et je connais tous les arbres du monde. Aucun ne se ressemble alors que les humains ont ce point commun : le meurtre de l’autre. Ouvrez le journal et vous verrez que, tous les jours, on tue des peuples bafoués à coups de napalm. Regardez la jungle birmane ou le drame secret de la Chine où on a découvert des usines nucléaires souterraines suite au tremblement de terre. Le Tibet, l’Afghanistan, l’Irak détruit, martyrisé, affamé… Oui, je persiste et signe.

Vous vous mettez aussi à nu, comme lorsque vous faites une belle déclaration à votre femme…
Beaucoup de mecs peuvent dire ce genre de choses à leur fem-me, donc pour moi ce n’est pas une mise à nu. Il y a des choses plus dangereuses dans la vie. Je ne suis qu’un messager et je ressemble à tout le monde. Je suis un jeune mec de 66 ans qui a encore la folie de la jeunesse et qui n’a pas peur de prendre la route sans savoir où elle le mènera.

Acteur, écrivain, dessinateur, musicien… Toutes ces activités sont-elles complémentaires pour vous ?
Bien sûr car il n’y a pas de secteur dans la créativité. Je ne peux pas dire dans quelle activité je me retrouve le plus. Tout dépend d’où je me trouve à un moment donné. Rien n’est figé.

Quelques mots sur le DVD qui accompagne votre livre, “C’est beau une ville la nuit”, film que vous avez réalisé ?
Il s’agit d’un film formidable et les gens étaient trop bêtes à l’époque pour aller le voir en salle. C’est un très joli film avec de la musique, l’Afrique, l’Amérique, de jeunes acteurs complètement brûlés, une Romane lumineuse… Vu que le DVD est fourni gratuitement avec le livre, j’ai espoir que les gens le regardent. Mais attention, on dit que les DVD ne sont pas éternels.

Propos recueillis par Sophie Orus


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