Retraites; “ Soyons réalistes, demandons l’impossible ”

Les ballons d’essai pour tester l’opinion publique sur les retraites se succèdent les uns aux autres: Allongement de la durée de cotisation; augmentation des cotisations; baisse des retraites; recul de l’âge légal de départ à la retraite; mixage répartition-capitalisation, chacun y va de son idée pour sonder les réactions des Français.

 
Il est clair qu’il va falloir faire des efforts ; efforts qui, s’ils n’étaient pas faits, mèneraient la France à court terme à la situation dans laquelle se trouve la Grèce aujourd’hui. En effet, les finances publiques étant un véritable “tonneau des Danaïdes”, le dernier budget en excédent datant de 1974, il ne faudrait pas qu’en plus du budget de l’Etat et de la Sécurité Sociale qui sont eux aussi dans le rouge de manière chronique, les caisses de retraites aillent elles aussi à une faillite prévisible et programmée. Cependant, comment avons-nous pu en arriver là ? Tout simplement par l’incurie d’une classe politique, droite et gauche confondues, qui n’a qu’un objectif : Se faire élire et réélire.
En effet, contrairement à l’économie qui peut avoir des fluctuations plus ou moins prévisibles, la démographie, elle, ne laisse pas place au hasard. On savait parfaitement en votant la loi sur la retraite à 60 ans en 1982 que celle-ci, si elle permettait d’acheter les voix de ceux qui allaient pouvoir en profiter, serait une catastrophe pour les générations suivantes. En clair, les deux générations précédentes ont choisi de travailler 5 années de moins pour que les trois générations suivantes travaillent, elles, 10 années de plus. Comme le disait Coluche, cette méthode est proche de la méthode des ex-pays de l’Est qui était : «Donne moi ta montre, je te donnerai l’heure».

Un lourd retard

Même les socialistes lorsqu’ils votèrent cette loi le savaient comme l’a avoué Michel Rocard récemment en déclarant : «Tous les ministres compétents en économie, Jacques Delors, moi et quelques-uns, nous étions catastrophés, nous savions très bien que cette mesure n’était pas compatible avec l’évolution de la démographie française. On a donc pris un lourd retard et laissé penser au monde syndical qu’on pouvait s’en sortir en voyant augmenter rapidement la durée de vie en retraite et diminuer pendant ce temps-là la vie active. C’était évidemment impossible». Le même Michel Rocard était membre du gouvernement qui fit voter la retraite à 60 ans et il ne dit rien, peut-être pour garder toutes ses chances lors d’une future campagne présidentielle. La droite revenue au pouvoir en 1986 ne fit rien non plus pour arrêter ce train fou filant assurément dans le mur. Logique, un Premier Ministre de cohabitation dénommé Jacques Chirac pensait déjà aux présidentielles de 1988 où il espérait atteindre la “Magistrature Suprême”.
La gauche revenue au pouvoir en 1988, le nouveau Premier Ministre, un certain Michel Rocard (tiens, tiens…) commanda un rapport dénommé “Livre blanc sur les retraites”. Pensant à la présidentielle de 1995, il l’enterra dès sa sortie en affirmant «qu’il y a là-dedans (le livre blanc) de quoi faire tomber 10 gouvernements».

 

Les élus montreront-ils l’exemple ?

Depuis, à part quelques réformettes ayant toujours frappé plus durement les salariés du privé que les fonctionnaires ou les salariés des entreprises publiques, rien. Le train est maintenant lancé à pleine vitesse et le mur s’approche inéluctablement. Il va donc falloir agir et la réforme sera beaucoup plus douloureuse que si elle avait été faite en temps et en heure ou tout simplement si l’erreur funeste de la retraite à 60 ans n’avait jamais vu le jour.
La balle est donc désormais dans le camp du gouvernement et des parlementaires. Parlons-en des parlementaires qui, Députés et Sénateurs confondus, détiennent des privilèges en matière de retraites dignes de l’ancien régime. Ainsi, un Député obtiendra 1 548 € de retraite pour un mandat de 5 ans et un Sénateur 1 869 € de retraite pour un mandat de 6 ans. Ce montant est plafonné au quadruplement au cas où ces mêmes élus auraient fait 4 mandats. Ainsi un Député touchera 6 192 € de retraite par mois pour 20 ans de travail quand un Sénateur touchera 7 476 € pour 24 ans de travail. Rappelons simplement que la retraite moyenne des Français est de 1 540 € par mois pour 40 ans de cotisations…
On est donc en droit d’attendre une réforme des retraites juste ; réforme dans laquelle les élus de la Nation montreront l’exemple. Comme le disait un slogan d’un certain mois de mai il y a 42 ans : «Soyons réalistes, demandons l’impossible».

Philippe David


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