Retraites, la contestation se radicalise

Difficile de faire croire au pays malgré les habituelles manipulations de chiffres que la contestation s’essouffle. Avec 3,5 millions de Français dans la rue et l’arrivée des lycéens, étudiants et une forte mobilisation du privé, il est clair que le mouvement est sur la phase ascendante.

 
Un pays au bord de l’explosion

Ce sont des gens excédés par l’aveuglement d’un exécutif qui ne représente plus la majorité des Français qui ont battu le pavé ce mardi. Un récent sondage montre que seulement 31 % des Français ont une opinion favorable du Président de la République. Force est de constater que le divorce est consommé entre les Français et celui qui ne les aura faits rêver que quelques mois en 2007. Alors que les autres pays qui ont réformé leur système de retraite ont pris le temps de la discussion, de la réflexion, l’exécutif a choisi la fuite en avant en forçant le passage à l’Assemblée puis au Sénat. Il est à remarquer que si l’UMP est largement majoritaire au Palais-Bourbon, il a fallu que les centristes des Morin, Arthuis et consorts, qui se prétendent pourtant indépendants de l’Elysée, votent le texte au Sénat pour que soit adopté le recul de 65 à 67 ans du seuil de non décote. Seuls les trois sénateurs MoDem se sont opposés au texte.

L’exaspération de la rue

Tous les observateurs ont pu mesurer le changement de ton dans les slogans qui, bon enfant il y a encore quelques semaines, sont devenus très ciblés s’attaquant au Chef de l’Etat, au très contesté Eric Woerth, à la sphère UMP et à ses satellites en général. Que reste-t-il à un peuple qui se sent humilié, bafoué, trahi par celles et ceux qui devraient les représenter ? Il est clair qu’à écouter les commentaires au bord d’un trottoir, autour d’un café ou simplement au cœur des cortèges, celles et ceux qui avaient voté l’espoir du changement, du plein emploi ou du travailler plus pour gagner plus juraient mais un peu tard que l’on ne les y prendrait plus. Il ne fera pas bon être candidat UMP aux prochaines cantonales de 2011 ou législatives de 2012.

 

Un terrain miné

Il ne s’est pas passé un jour pendant les 3 derniers mois sans que ne sorte une “affaire” impliquant l’exécutif. Soupçons au plus haut sommet de l’Etat, tentative, et ce n’est pas fini, de mainmise sur la presse, contrôle des patrons de l’information, limogeage de journalistes dérangeants, feuilleton politico-économique avec les grands groupes français, justice muselée, ont créé tous les ingrédients pour réussir une bonne “mayonnaise sociale”. Oui mais, «à qui faire confiance pour une alternance ?» nous confiait plusieurs manifestants. Le PS certes est dans la rue mais est-il capable de mener une réforme économique en profondeur, de juguler les dérapages des banques qui ont recommencé de plus belle à jouer avec le feu ? «Ce n’est pas avec DSK, patron du FMI que la France d’en bas se sentirait représentée» nous confiait une militante à la rose. «A Paris, ils ont négocié pour protéger Chirac pour les emplois fictifs. Ils magouillent entre eux, tous les mêmes !» clamait une mamie passablement désabusée… Pour les écologistes, requinqués par la percée de leurs homologues au Brésil, signe d’une prise de conscience mondiale de l’enjeu environnemental, il faudra changer le mode de pensée consumériste et repenser la société et ce n’est pas avec du vieux que l’on fait du neuf, entendez, il faudra des femmes et des hommes nouveaux et non pas des professionnels qui cumulent les mandats en nombres et en durée depuis trop longtemps. Pour d’autres encore, la promesse de M. Aubry de revenir à 60 ans pour le départ à la retraite n’aurait de sens que si le nombre d’années de cotisation était borné à 40 ou 41 maxi mais rien de clair de ce côté-là ! Alors, confiance limitée à tous les étages !

Avis de citoyen

La France d’en bas est rentrée en résistance contre celle d’en haut. Les Smicarts contre les patrons. L’ouvrier contre le MEDEF. Dans un moment où nous sommes en train de devenir un désert économique et où il faudrait se serrer les coudes pour faire face à l’hégémonie de la Chine et des pays émergeants, la France se déchire, est prête à lancer une grève générale. Comment en sommes-nous arrivés là et surtout comment pouvons-nous en sortir ? Nous voyons bien depuis des années que la vie politique de ce pays est sclérosée entre deux blocs qui sur le papier sont différents mais qui en réalité mènent des politiques assez parallèles mais ont-ils vraiment le choix ? Quelle est la marge de manœuvre entre le pouvoir politique et le pouvoir financier ? Quelle crédibilité peut amener un DSK pour incarner le futur alors qu’il cautionne au FMI, le fonctionnement des grands blocs financiers mondiaux ? Que fai-re pour sortir du «je ne crois ni aux politiques ni aux syndicats…» ? Que faire pour retrouver dynamisme, espoir en l’avenir et éviter les suicides en chaîne dans nos entreprises ? Tout d’abord, changer ou infléchir le mode électoral pour un vrai renouvellement du personnel politique. On cite souvent l’Allemagne pour beaucoup de points on pourrait s’en inspirer comme modèle politique puisque leurs “députés” sont élus au travers d’un double vote permettant à la fois la représentativité de territoires mais aussi de tous les courants politiques. En France le système uninominal à deux tours interdit la présence des petits partis à l’assemblée ou dans les Conseils Généraux. Enfin, l’interdiction du cumul des mandats en nombre et en durée doit être une priorité pour rénover notre démocratie.

Gérard Arnaudé


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.