Rentrées

Avant même que le mois d’août n’ait basculé en septembre, voilà venu le temps des rentrées : scolaire, politique, littéraire, économique et financière, judiciaire. Des rentrées qui selon Susan George – Présidente d’honneur de l’Association ATTAC – s’effectuent dans un monde occidental en plein déclin car “nos sociétés” foncent dans le mur : mur de la finance, mur de la pauvreté et de l’inégalité, mur des ressources vitales, mur du conflit qui oppose, des émeutes de la faim à la crise des banlieues, les exclus et les nantis. Et l’auteur d’être en quête d’une utopie réaliste car elle sait désormais que faute de théorie politique, il faut à la fois se passer de «la fin de l’histoire» et de la «mythologie du grand soir».

 
Le temps des rentrées ; la rentrée scolaire d’abord : avec l’entrée en vigueur de la réforme du lycée, la nouvelle formation des enseignants, l’expérimentation d’un nouveau rythme scolaire, avec la volonté ministérielle de «combattre l’échec» et de réfléchir à la différenciation des emplois du temps à la danoise.
La rentrée politique, souvent la plus attendue, avec son cortège d’universités d’été où la petite phrase surmédiatisée relance les primaires, où des absences elles aussi surmédiatisées valent mieux que des présences (la position de leader des sondages de DSK illustre la force de la virtualité et la magie prospective des chiffres, alors que le sondage n’est que la photographie de l’opinion à un moment donné du temps), où l’intellectuel Jacques Julliard porte le fer politique contre DSK («La gauche ne saurait être représentée, lors de l’élection présidentielle, par un représentant de l’establishment financier»), où Paul Virilio rappelle que «la personnalisation du pouvoir pose problème aux socialistes qui ont compris qu’il ne s’agit pas simplement d’élire une personne mais une pensée ou au moins un embryon de théorie pour répondre à la crise du monde global», où Xavier Bertrand dénonce «le bal des ego et le bide des idées» en attendant que la rentrée sociale et son éventuel front anti-Woerth-Sarkozy mobilise la rue pour accélérer le rythme de la pré-campagne présidentielle au point de l’ouvrir complètement.
Rentrée littéraire avec ses 701 romans (quel critique aura eu le temps et la force physique de les lire tous ?) semblant donner raison à Aragon qui écrivait : «La littérature est une affaire sérieuse pour un pays, elle est, au bout du compte son visage.» On trouvera, chez nos libraires, le XXe siècle raconté (Philippe Forest), la société actuelle croquée (Michel Houellebecq), l’explosion des valeurs soulignée (Virginie Despentes). Voilà venu le moment de suivre le constat remarquable d’Alain Finkielkraut dans “Ce que peut la littérature” : «les mots sont logés dans les choses, une instance tierce se glisse entre nous et les autres, nous et le monde, nous et nous-mêmes… Et puisqu’on n’échappe pas à la médiation, puisque la littérature est décidément toute-puissante, la question est de savoir à quelle bibliothèque on confie son destin.»
Rentrée économique et financière : c’est le scénario d’une croissance molle qui se précise. L’économiste Michel Aglietta n’hésite pas à formuler ce diagnostic : «Ce que l’on observe aux États-Unis se manifestera d’ici à six mois en Europe. On peut s’attendre à une croissance au deuxième semestre en zone euro inférieure à 2 % et de l’ordre de 1,5 % en 2011. Il n’y a que les gouvernements qui pensent autre chose. Surtout si le ralentissement est trop prononcé on peut redouter une nouvelle crise des dettes souveraines. Les pays qui ont prévu des remèdes de cheval pour résorber leurs déficits ne pourront pas les tenir». 2011 : un an avant les présidentielles, alors que le G20 aura été présidé par Sarkozy, trouvant là l’occasion de “s’internationaliser” à nouveau et d’œuvrer en toute cohabitation avec… DSK !
Rentrée judiciaire enfin : le procès Chirac a eu lieu dans une fiction du journal “Le Monde” cet été et risque de ne pas se tenir suite à un arrangement Chirac/Delanoé dans le paiement avant-procès des sommes dues ; possible envoi d’Éric Woerth devant la Cour de Justice de la République alors que Liliane Bettencourt vient de destituer F.M. Banier de sa qualité de légataire universel, que l’Ordre des médecins enquête sur plusieurs praticiens qui entouraient la milliardaire. Une rentrée décidément tous azimuts et qui pourrait révéler des surprises !

Stéphane Baumont


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