Rencontre avec Jérôme Bucy; Enigme historique pour polar psychologique

Diplômé en psychiatrie et en histoire, Jérôme Bucy a mis à profit ses connaissances dans ces deux domaines pour signer un nouveau thriller haletant où il manie les faux-semblants jusqu’à dérouter le lecteur avec un rebondissement inattendu dans les dernières pages. Rencontre.
 


Jérôme, pouvez-vous nous rappeler votre parcours, du monde scientifique à celui de l’écriture ?

J’ai fait des études vétérinaires à Toulouse pendant quatre ans, entre 1982 et 1986, puis à Paris à l’hôpital Saint-Louis/Lariboisière avec des cours de pharmacologie sur le système nerveux central du cerveau et la psychiatrie. Au départ, l’écriture était réservée pour moi aux littéraires. Mais, depuis mon enfance, j’adore inventer des histoires et, en 1999, je suis parti à Jérusalem. A mon retour, j’avais vraiment envie de garder une trace écrite de cette expérience et, au bout de six mois, j’avais déjà un plan détaillé de l’histoire.

Pourquoi vous être dirigé vers le polar ?
Depuis toujours, j’en lis beaucoup et ma grand-mère maternelle m’a donné le goût du polar en m’offrant «Mort sur le Nil» d’Agatha Christie et en me le présentant comme «mon premier livre d’adulte». Plus généralement, je trouve que le thriller est intéressant au niveau de l’écriture car on établit un pacte avec le lecteur en ayant la volonté de le surprendre à la fin. De plus, on peut aborder tous les thèmes de la littérature classique, évoquer des personnages ou des lieux à la marge du commun et du normal. On peut planter des atmosphères oppressantes, à la frange du fantastique.

Une fascination pour les pays de l’Est

Comment est née l’idée du scénario de «La Chambre d’Ambre», basé sur une énigme historique ?
L’idée est effectivement venue suite à une histoire que l’on m’a rapportée il y a quelques années sur une véritable énigme historique. Elle repose sur des panneaux d’ambre sculptés au XVIIIème siècle à la suite d’une commande d’un roi allemand pour décorer la chambre de son château près de Berlin. Entre la commande et la livraison, le roi est décédé et son successeur a fait don de ces 6 tonnes d’ambre au tsar Pierre Ier de Russie, pour qu’il tapisse les murs du Palais de la Grande Catherine à Saint-Pétersbourg. Puis, lors de la seconde guerre mondiale, les Nazis se sont emparées de ces panneaux qui ont depuis disparu. Dans les pays de l’Est, cette énigme est très populaire. On a longtemps cru que ce chef-d’œuvre avait été détruit lors d’un bombardement mais des documents prouvent qu’il a été mis en caisse et transporté en bateau. Cette histoire devient intéressante pour un polar car toutes les personnes qui ont participé à la mise en caisse sont mortes ou ont disparu. De plus, depuis le début des années 90, des fragments de la Chambre d’Ambre sont régulièrement retrouvés en Allemagne. On pense très sérieusement qu’elle existe encore et les pistes se multiplient pour trouver sa localisation.

Comment avez-vous bâti une histoire imaginaire autour de ce mystère historique ?
Je voulais absolument que l’histoire se passe à Gdansk car les panneaux ont été façonnés par les maîtres ambriers de cette région et parce que j’ai une fascination pour les pays de l’Est, leur passé très chargé et meurtri. L’atmosphère du roman est très imprégnée de l’aspect fantasmé et fascinant de la Pologne. Mon point de départ se situe dans une ancienne prison transformée en hôpital psychiatrique et, très vite, je suis parti dans l’univers torturé d’une petite fille dont le père décédé travaillait sur l’énigme de la Chambre d’Ambre.

Cueillir le lecteur

La part de psychologie est importante dans vos romans…
Le polar est un prétexte à une étude de personnages, avec l’image du mal en toile de fond. On a envie de fouiller dans la tête et les motivations des protagonistes, qui sont rarement lisses et sans faille. L’univers de la psychologie me fascine et, dans le roman policier, on peut entraîner le lecteur dans une atmosphère. Le personnage du détective a un passé lourd qui se révèle au fil des pages et, en tant que narrateur de l’histoire, il pousse le lecteur à s’identifier et à le suivre dans sa quête.

Dans vos livres, vous privilégiez la description dans un genre qui ne jure que par l’action. Pensez-vous vous tourner vers le roman traditionnel ?
J’aime l’alternance des deux car la description participe de l’atmosphère. Pour l’instant, je ne franchis pas le pas vers le roman car j’adore bâtir une intrigue, semer des clés avant de retourner la situation dans les dernières scènes.

Justement, dans «La Chambre d’Ambre», le lecteur ne s’attend pas à une fin aussi spectaculaire…

J’ai toujours eu envie de chahuter le lecteur, ce qui se retrouve dans mes quatre romans. J’aime que le début plonge le lecteur dans une atmosphère étrange et que la fin lui laisse un goût amer. Ce n’est jamais « tout est bien qui finit bien » ! J’adore semer le lecteur sur de fausses pistes avant de le cueillir à la fin en lui disant : «Tu vois, tu n’as peut-être pas senti les choses dès le départ.»

 

Propos recueillis par Sophie Orus


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