Réforme des retraites ; “ Les pistes avancées par le Gouvernement sont les bonnes ”

La réforme des retraites est désormais en marche. Un projet que le gouvernement ne dévoilera pas avant la mi-juin. Age du départ à la retraite, durée des cotisations… Pour Philippe Lasterle,  référent retraite de l’UMP 31, «notre système de retraite par répartition est un élément essentiel de notre contrat social. Il faut le sauvegarder.» Interview.

 
Philippe Lasterle, pourquoi une nouvelle réforme de notre système de retraite ?
Parce qu’il constitue l’un des piliers du pacte social, que les Français y sont attachés et que, s’il a bien fonctionné jusqu’à présent, il est aujourd’hui en danger. Et parce que jeter un voile pudique sur les problèmes auxquels il est confronté – comme certains continuent à le faire – aurait pour conséquence d’abaisser le niveau des pensions – ce qui est socialement inacceptable – et d’alourdir la dette publique – ce qui est économiquement insupportable.

En quoi constitue-t-il l’un des ciments du pacte social ?  
Notre système de retraite par répartition, né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, repose sur le principe de solidarité entre les générations. Ce sont les cotisations des actifs qui servent à payer les pensions des retraités. En dépit de la multiplicité des régimes, il a bien fonctionné pendant plus de 50 ans, permettant aux retraités d’améliorer leur niveau de vie et aux plus fragiles d’entre eux (ils sont 1 million) de bénéficier d’un “minimum vieillesse”. Aujourd’hui, les 15,5 millions de retraités que compte notre pays ont un niveau de vie quasi équivalent à celui des actifs. C’est en cela que notre système de retraite constitue l’un des ciments de notre contrat social. Mais il constitue aussi un moteur essentiel de notre économie. En effet, le montant des pensions versées chaque année s’élève, tous régimes confondus, à 280 milliards d’euros, soit 13 % du PIB. C’est plus que les dépenses de l’Etat (240 milliards). C’est dire l’importance des retraites dans l’économie nationale.

 

“ Il y a aujourd’hui 1,8 actif pour 1 retraité. Ils ne seront qu’1,5 en 2020 ”

Pourquoi notre système est-il aujourd’hui en danger selon vous ?  
Parce qu’il est confronté à un problème structurel qui met en péril son financement. Aujourd’hui, le nombre de cotisants augmente moins que le nombre de retraités. Plusieurs raisons à cela. En premier lieu, la persistance d’un taux de chômage élevé, phénomène qui s’accompagne de taux d’emploi des jeunes (seulement 16 % des 15-24 ans ont un emploi) et des seniors (seulement 38 % des 55-64 ans travaillent) inférieurs à ceux que connaissent les autres pays européens, et qui impacte les recettes des différentes caisses. En second lieu, l’arrivée à l’âge de la retraite de la génération du baby boom née après la dernière guerre qui, accentuée par un autre phénomène démographique – je veux parler de l’allongement de l’espérance de vie après 60 ans (22 ans pour les hommes, 26 ans pour les femmes) – occasionne une augmentation régulière des dépenses. Concrètement, alors qu’il y avait 4 actifs pour 1 retraité en 1960, il n’y a plus qu’1,8 actif pour 1 retraité aujourd’hui. Et, d’après les projections réalisées par le Conseil d’Orientation des Retraites, il n’y aura plus qu’1,5 actif pour 1 retraité en 2020, et seulement 1,2 en 2050. Moins de cotisations, plus de pensions versées plus longtemps. La conséquence est inévitable : notre régime de retraite par répartition est devenu déficitaire (32 milliards d’euros en 2010) et 1 retraite sur 6 n’est plus financée. Il y a donc urgence.

A quoi les réformes entreprises ces dernières années ont-elles donc servi ?
Les mesures prises depuis 1993 ont permis de régler une partie des problèmes. Elles ont constitué une première étape. Grâce aux réformes Balladur (1993) et Fillon (2003), la durée de cotisation pour percevoir une retraite à taux plein a été allongée, passant de 37 années et demie à 40 ans (soit 160 trimestres) en 2008. Cette mesure s’applique au privé comme au public. La définition du salaire de référence servant de base au calcul des pensions des salariés du secteur privé a été modifiée. Désormais, ce sont les 25 meilleures années et non plus les 10 meilleures qui sont prises en compte. Ceci ne vaut que pour le privé. Dans la fonction publique, le calcul reste basé sur les 6 derniers mois de traitement hors prime. Par ailleurs, les pensions sont désormais indexées sur les prix et non plus sur les salaires. Quant à la réforme des régimes spéciaux mise en œuvre par Xavier Bertrand en 2007, elle a allongé la durée de cotisation pour les agents de la RATP, de la SNCF et d’EDF. La réforme Fillon prévoyait des rendez-vous périodiques destinés à faire évoluer les paramètres en fonction des évolutions économiques et démographiques. Le premier a eu lieu en 2008. Il a conclu à la nécessité d’allonger à 41 ans (soit 164 trimestres) la durée de cotisation en 2012. Un rendez-vous technique était prévu en 2010. La crise économique, qui a accentué les déficits, a convaincu le Président de la République et le Premier Ministre de transformer ce rendez-vous technique en rendez-vous politique.

 

“ 63 ans, âge raisonnable de départ à la retraite ”

Alors, que faire pour sauvegarder le système ?
Le dossier est complexe. Mais il y a aujourd’hui consensus sur le diagnostic et sur les enjeux. Il convient de s’entendre sur les moyens à mettre en œuvre. Et, pour cela, il faut jouer cartes sur table et explorer toutes les pistes. Quels sont les leviers que l’on peut actionner ? Il y a la durée de cotisation, le taux de cotisation, l’assiette, le salaire de référence servant de base au calcul des pensions et l’âge légal du départ à la retraite. Il convient de déplacer certains curseurs afin de trouver la meilleure architecture, celle qui garantira le financement durable du système sans alourdir exagérément les prélèvements obligatoires (43 % actuellement). Les marges sont limitées. La voie est étroite. Mais les solutions existent. D’après le COR, fixer à 63 ans l’âge légal du départ à la retraite – âge “raisonnable” étant donné les gains d’espérance de vie qui sont d’1 trimestre par an – permettrait de dégager 6 milliards d’euros.
Combinée à d’autres mesures, telle que l’allongement de la durée de cotisation, cette mesure serait, de l’avis de tous les experts, efficace. A l’inverse, une hausse importante des cotisations risquerait d’alourdir le coût du travail. Il convient donc d’agir de façon mesurée pour trouver la meilleure combinaison. Deux autres pistes doivent aussi être creusées. D’abord, l’amélioration du taux d’emploi des jeunes (via la promotion de l’apprentissage par exemple) et celui des seniors (par le biais d’une politique de formation continue mieux ciblée, du cumul emploi/retraite et d’une vraie réflexion sur la place des seniors dans l’entreprise). Ensuite, l’instauration de recettes supplémentaires à travers, par exemple, la taxation des revenus du capital. Cette piste a, d’ailleurs, été avancée par le Président de la République lors du sommet social à l’Elysée le 10 mai dernier.

Le Gouvernement vient de présenter un document dit d’orientation sur la réforme des retraites. Que contient-il ?
Au terme de la phase de concertation qui a permis de consulter les partenaires sociaux, les partis politiques et les experts, le Gouvernement a en effet présenté, le 16 mai dernier, un document d’orientation qui fixe un objectif double (assurer la pérennité du système et le retour à l’équilibre financier), énumère 14 engagements (parmi lesquels la garantie du niveau des pensions, la poursuite de la convergence entre les régimes du public et du privé, la mise en place d’un “point d’étape retraite” à 45 ans, la prise en compte de la pénibilité, la mise en œuvre progressive de la réforme) et présente les pistes retenues. A cet égard, le Gou- vernement fait le choix clair d’une réponse démographique privilégiant le recul de l’âge de départ et l’allongement de la durée de cotisation, et exclut une hausse généralisée des cotisations sociales sans toutefois écarter la possibilité d’instaurer des hausses de prélèvements ciblées. Il envisage ainsi la mise en place d’une contribution supplémentaire de solidarité sur les hauts revenus et les revenus du capital qui ne donnera pas droit à restitution au titre du bouclier fiscal. Son produit sera affecté au Fonds de Solidarité Vieillesse qui finance le “minimum vieillesse”, prend en charge les cotisations des demandeurs d’emploi et des préretraités ainsi que les périodes non validées pour service national. 

 

Quid de la voix de Dominique Strauss-Kahn ?

On est loin des propositions du Parti Socialiste ?  
En effet ! Martine Aubry a présenté les propositions du PS le 17 mai dernier. Les points de convergence avec les propositions gouvernementales sont peu nombreux. Je le regrette. Le PS résume la question du financement des retraites à un seul problème de recettes alors qu’il s’agit aussi d’un problème de dépenses. Pour parvenir à l’équilibre, plutôt que de jouer sur les deux leviers (augmenter les recettes et contenir les dépenses), le PS préconise une hausse des prélèvements et des cotisations d’un montant de 40 milliards d’euros. Dans le même temps, il n’envisage d’allonger la durée de cotisation qu’à l’horizon 2015 et maintient dogmatiquement à 60 ans l’âge légal du départ à la retraite alors même que la plupart de nos voisins européens l’ont fixé à 65 ans. Tout cela n’est pas réaliste et ne répond au vrai problème qui est avant tout d’ordre démographique. Je regrette que les quelques voix responsables – celle de Dominique Strauss-Kahn par exemple – n’aient pas été mieux entendues dans leur propre parti.

Les propositions gouvernementales ont été accueillies assez fraîchement par les syndicats et partis de gauche. Pensez-vous dans ces conditions que la réforme pourra être votée ?
Je le crois et je le souhaite car les propositions gouvernementales sont les bonnes. Certes, elles devront encore être affinées, précisées voire complétées. A cet égard, le rapport d’étape du groupe parlementaire UMP-NC de l’Assemblée Nationale rendu public le 19 mai dernier contient des propositions de bons sens – je pense à la création d’une caisse de retraite de l’Etat, à l’amélioration des petites retraites (agriculteurs, conjoints collaborateurs, artisans et commerçants…), à la généralisation de l’épargne retraite ou à la rénovation de la médecine du travail – dans lesquelles le Gouvernement pourrait puiser pour parfaire le projet de loi. Par ailleurs, certaines zones d’ombre devront être éclaircies. Je pense aux modalités d’amélioration de la place des seniors dans l’entreprise. Je pense aussi à la résorption des déficits à court terme. La réforme n’aura pas d’effet immédiat sur les déficits puisque, comme le souhaite le gouvernement, elle n’entrera en vigueur que progressivement. C’est pourquoi j’estime qu’on ne pourra pas faire l’économie d’une augmentation modérée de la CSG si l’on veut combler les déficits à court terme. Quoiqu’il en soit, je reste convaincu que nos concitoyens sont conscients de la nécessité de cette réforme et qu’ils la soutiendront à la condition qu’elle soit bien expliquée et apparaisse équitable.

Propos recueillis
par Elodie Gallego


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