Raphaël sur de nouveaux rails

Le jeune rebelle de la chanson française entame une tournée suite à la sortie de son cinquième opus “Pacific 231”. Un album de rupture où il délaisse la caravane pour nous emmener à bord d’une locomotive, pour un voyage rétro-futuriste toujours plus sombre. Raphaël signe un album très abouti qui flirte avec l’univers d’Alain Bashung. Rencontre.

 
Raphaël, votre nouvel album “Pacific 231” est beaucoup plus sombre et engagé que les précédents. Qu’avez-vous voulu montrer à travers ce disque ?
Mes chansons étaient déjà très noires et sombres avant et c’est encore pire aujourd’hui ! Avec cet album, je voulais faire quelque chose de plus tendu, de plus radical, quitte à déplaire à certaines personnes. Je suis allé plus loin dans ma musique en explorant de nouvelles choses et en créant des chansons qui dérangent.

Pourquoi ce titre “Pacific 231” ?
C’est le nom d’une locomotive à vapeur que j’ai trouvée sur internet. Je le trouvais très beau et très évocateur : comme un rendez-vous au bout du monde ou un film de science-fiction. Ce qui colle très bien avec mon disque. D’ailleurs, cette locomotive fut un symbole de la révolution industrielle et technologique. Et toute révolution se fait dans la crainte, ce que j’exprime dans mes chansons.

Justement, le thème du train revient tout au long de l’album. C’était une sorte de fil rouge pour vous ?

Pas vraiment. Le train est plus une métaphore de l’inconnu et de la sexualité pour moi. Il n’évoque pas le voyageur mais celui qui regarde les trains emmener et ramener les gens. Il est un observateur de la vie qui déteint sur lui. Il est un commentateur. Mon album est donc une sorte de reportage.

Vos clips sont très rétro-futuristes. Etait-ce une envie de départ quant à l’atmosphère à donner au disque ou vous êtes-vous inspiré du travail du photographe Peter Lindbergh qui a signé la pochette de l’album ?
C’était une envie de départ mais c’est Lindbergh qui a vraiment donné une imagerie à mon album. D’ailleurs, j’ai fini d’écrire le disque avec la photo de la pochette en tête. Un homme comme Lindbergh vous aide à comprendre ce que vous êtes en train de raconter. Et puis j’ai fini par illustrer son travail donc on peut vraiment parler de collaboration.

Polémique autour du “Patriote”

Pensez-vous que “Pacific 231” soit un album de rupture dans votre carrière ?
Disons que j’ai essayé d’explorer plein de nouvelles choses. J’espère que c’est réussi car je me suis battu pour ça. C’est toujours difficile quand on maîtrise ce qu’on fait de se remettre en question en tentant de nouvelles approches.
Mais c’est aussi cela qui est passionnant : d’avancer, de travailler et de s’exprimer différemment.

Vous êtes en tête des ventes et encensé par la critique. Est-ce selon vous votre meilleur disque ?
Oui ! Formidable disque ! (rires) Je fais ma promo ! Plus sérieusement, je pense vraiment qu’il s’agit d’un bon album et j’espère qu’il va avoir une belle vie. C’est pour cela que je le défends partout dans les médias. D’autant plus que ce disque peut être mal perçu.

Justement, votre chanson “Le Patriote” fait polémique actuellement car vous jetez un regard très dur sur la France et la société. Quel message vouliez-vous faire passer à travers ce texte ?
Cette chanson est née évidemment d’un constat de colère mais surtout d’une volonté de déconne. Pour moi, elle est très potache. Le mec qui chante est un lâche et si on veut bien écouter la chanson, on se rend compte qu’il y a énormément d’autodérision et de second degré. Par contre, ce texte dit aussi des choses que je pense sur le côté patriotard que je n’ai jamais compris en France. Cette façon d’aborder notre pays comme si c’était un cadavre qu’il fallait absolument protéger des étrangers. Mais cette chanson ne dit pas que je n’aime pas la France, au contraire : je n’aime pas la manière dont on la traite. C’est justement parce que j’aime mon pays que je ne veux pas le laisser aux mains de moralistes et de gens qui prônent le repli identitaire, la stigmatisation de population. J’aurais pu faire cette chanson même si j’avais été Italien ou Anglais. Elle aurait été même pire si je vivais dans un pays non démocratique.

Dans ce titre, vous faites référence à Renaud. “Le Patriote” rappelle d’ailleurs énormément “Hexagone”…
Cette période des années 70 et 80, où l’on pouvait sortir du cadre assez facilement, manque à la chanson française : être anar et de mauvaise foi cinq minutes, le temps d’une chanson !

 

L’influence de Bashung

On sent dans certains titres comme “Terminal 2B” une influence de Bashung. Vous avez d’ailleurs interprété récemment l’une de ses chansons sur le plateau de Taratata. Est-ce un modèle pour vous ?
Je crois que son influence sur l’album était assez inconsciente. Beaucoup de gens ont repéré du Bashung dans mes textes mais toujours dans un sens positif. Ce n’était jamais une critique. Ce qui m’inspire chez lui, c’est sa liberté. Sa volonté d’aller au bout de ce qu’il avait en lui. Ça paraît bête dit comme ça, mais ce que les gens aiment le plus chez les artistes, c’est justement cette liberté. Donc il ne faut pas se censurer, au contraire. Plus on sort du cadre, plus on remplit son rôle d’artiste.

Comment vont se dérouler vos concerts d’un point de vue esthétique ? Allez-vous tenter de transmettre visuellement l’atmosphère particulière de l’album ?
Oui, les concerts vont être assez rock, néons et noir et blanc. J’espère qu’on va réussir à retranscrire sur scène cet univers, cette atmosphère. En tout cas, ce ne sera pas un simple tour de chant ou un spectacle de variétés.

Sinon ça voudra dire qu’on a tout raté !

Allez-vous reprendre des chansons comme “Caravane” ou “Dans 150 ans”, qui ont fait votre succès ?

Ce sont des chansons que j’ai toujours en moi, et avec lesquelles je vis très bien. J’ai beaucoup de plaisir à les chanter sur scène et je me reconnais dedans. Oui bien sûr, je reprends des choses que les gens connaissent, je ne suis pas un salaud quand même !

Parallèlement à la sortie de “Pacific 231”, vous avez tourné dans un film de Claude Lelouch “Ces amours-là”. Allez-vous réitérer cette expérience au cinéma ?

Oui sûrement car c’est passionnant de ne pas être aux commandes de tout, de pouvoir faire remonter des émotions et de se laisser guider. J’étais plein de naïveté. Il y a une sorte de lâcher-prise qui m’intéresse beaucoup.

Vous avez sorti votre premier album il y a 10 ans. Le Raphaël d’aujourd’hui est-il différent ?
Il y a forcément des liens entre les deux mecs. Psychologiquement et humainement, je suis très proche de celui que j’étais il y a dix ans. Même si je pense avoir évolué avec notamment la naissance de mon fils. J’espère être un peu moins con ! Par contre, musicalement, je suis très différent. Quand un peintre débute, il n’ose pas et regarde comment les autres font les choses, dans une approche humble de son propre travail. Après, quand il maîtrise ce qu’il a entre les mains, son travail devient plus intéressant. Je crois que j’en suis là en ce moment.

Propos recueillis par Sophie Orus

Raphaël en concert
Vendredi 5 novembre à 20h
Au Bikini


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