Rachida Dati à Toulouse: Coup d’épée dans l’eau ?

Rude journée pour la Garde des Sceaux, en visite à Toulouse vendredi dernier lors du Grenelle de l’insertion. Interpellée, chahutée et même boudée, Rachida Dati n’a pas fait l’unanimité.
[img align=left]http://www.premiere-reponse.com/JT/uploads/img48075c3c4a881.jpg[/img] Dans le cadre du Grenelle de l’insertion, tenu jeudi et vendredi derniers dans le département à l’initiative du Haut Commissaire aux solidarités actives Martin Hirsch, la ministre de la Justice est venue prendre la température toulousaine durant une journée marathon. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ambiance fut chaude !
Accueillie le vendredi matin par des manifestants de l’Ecole Nationale de Formation Agronomique en pleine refonte de l’Education Nationale, Rachida Dati s’est heurtée aux revendications des travailleurs sociaux et des lycéens. A 10h45, la Garde des Sceaux débarquait sous grande escorte au centre de détention de Muret, attendue de pied ferme par les gardiens de prisons… et quelques travailleurs sociaux, paradoxalement interdits de séjour à Muret en pleine réflexion sur la réinsertion des détenus.
Des travailleurs sociaux prévenus de la visite de Rachida Dati une dizaine de jours avant l’arrivée du cortège et qui avaient pour consigne de préparer une douzaine de détenus à l’entrevue avec la ministre. Présélectionnés à partir de critères précis et soumis à un questionnaire établi par la Direction Régionale des Services Pénitentiaires, ces détenus ont préparé avec assiduité cette rencontre primordiale pour eux. Malheureusement, ils n’auront droit qu’à une heure d’entretien avec Rachida Dati, aux côtés des partenaires sociaux, d’un juge d’application des peines, du directeur d’établissement, d’un ancien détenu… bref, un timing très serré pour entendre l’ensemble des participants. «Rachida Dati a commencé à s’adresser aux détenus en leur rappelant qu’ils étaient coupables et qu’il fallait penser aux victimes. Ce n’est pas très délicat en plein Grenelle de l’insertion», confie David Justal, secrétaire régional adjoint de l’UGSP-CGT.

Les attentes des détenus

Même si l’ensemble des questionnaires et les comptes-rendus des sujets non-traités sont remontés au ministère de la Justice, les détenus risquent fort d’être frustrés. D’autant plus que les annonces de Rachida Dati avant son départ de Muret ne les concernaient que de très loin. Favorable à une mesure d’assignation à résidence des prévenus, alternative à la détention provisoire, afin de lutter contre la surpopulation carcérale, la Garde des Sceaux n’a pas forcément choisi le lieu approprié pour une telle proposition. En effet, le centre de détention de Muret ne connaît pas un gros problème d’engorgement et les détenus, évoluant en milieu fermé, sont majoritairement soumis à de longues peines. La proposition de la ministre ne les concerne donc pas, contrairement au bracelet électronique. «Les détenus ont de grandes attentes par rapport à ce Grenelle mais ils ont peur de se retrouver le bec dans l’eau, au vu de la suite donnée au Grenelle de l’environnement», précise David Justal. Si la ministre de la Justice entend mener une politique volontariste d’aménagements de peines et d’alternatives à la prison, les seuls chiffres divulgués à la fin de la journée restent les places de prison supplémentaires prévues : 13 200 d’ici à 2012.
Suite à la visite éclair au centre de détention de Muret, Rachida Dati s’est rendue dans les quartiers populaires de Toulouse pour des tables rondes sur le thème de la discrimination. Là encore, travailleurs sociaux et étudiants ont interpelé la ministre avant que celle-ci ne soit vivement chahutée par des mères de familles. Enfin, la journée aurait pu se terminer sur une bonne note avec l’inauguration du nouveau Palais de Justice, fraîchement rénové. Or, répondant à la proposition de boycott des syndicats de la magistrature, une grande partie des avocats et autres acteurs de la justice ont boudé la cérémonie. Au final, cette visite n’aura certainement pas contenté l’ensemble des partenaires engagés dans le Grenelle de l’insertion.

Sophie Orus



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.