Qui sont les geeks toulousains ?

Qu’on se le dise, le geek n’est pas un mais multiple. Et si le terme tend à faire son trou dans le vocabulaire usuel, il est souvent utilisé à torts et à travers. Pourtant il ne faut pas confondre un geek avec un Nerd ou un No-life, car ces trois-là sont loin de se ressembler. Les geeks toulousains nous ont ouvert leur porte. Visite guidée dans un monde… Branché !

 

«Espèce de geek !» Assène un adolescent à son ami penché sur son téléphone potable dans le métro toulousain. Mais l’invective ne semble pas déstabiliser le collégien incriminé. Il semble même plutôt fier de lui et du petit bijou de technologie qui termine harmonieusement sa main. «Le terme geek est ancien», indique Erwane Morette Monthubert, sociologue, «il signifie initialement  accro voire dépendant aux nouvelles technologies avec tous les stigmates que cela implique : renfermement, absence de vie sociale, etc» Ainsi l’archétype le plus célèbre du geek est celui du jeune féru de nouvelles technologies et d’univers fantastiques. Une passion qui s’applique concrètement par de nombreuses activités telles que les jeux vidéo, la programmation informatique, le cinéma, les séries télévisées ou encore le jeu de rôle. On l’imagine aisément cheveux gras et binocles rafistolées, au tee-shirt flanqué d’un aphorisme de moins de 140 caractères… Et pourtant le geek a bien changé, et cette description s’applique aujourd’hui à son congénère jusqu’au-boutiste : le No life, qui comme son nom l’indique, n’a pas de vie sociale. On a le plus de chance de trouver cet énergumène sous forme de pseudo au beau milieu d’un jeu en réseau comme World of craft, Call of duty ou encore Game of Thrones. Dévouant sa vie à différents mondes fantastiques, il en oublie la signification de l’acronyme IRL (In Real Life). Mais ses connaissances en informatique sont finalement bien moins pointues que celle de son confrère le «Nerd». Inconditionnel de mondes fictifs à la Star Wars, celui-ci est le plus souvent physicien, mathématicien ou autre scientifique, qui passe la plupart de son temps à chercher, réparer, voire détourner la loi pour aller toujours plus loin dans la technologie et/ou la science.

 

Toulouse est-elle «branchée» ?

«Sailor» geekette de 21 ans, fan de jeux de rôle et de dessins animés, déambule rue Sainte Ursule affublée d’une tenue bien particulière : chaussures à plateforme, postiche aux dreadlocks multicolores et jupette sombre. «C’est ma tenue du weekend, elle me permet de rester dans mon rôle de jeu, ce que je ne peux pas faire au travail (elle est infirmière, ndlr). Il est rare de rencontrer des «geeks» qui s’autorisent un tel débordement en dehors de chez eux mais les apparences sont trompeuses, Toulouse est un vivier de geeks !» Il suffit de jeter un coup d’œil autour de nous, le quartier est entièrement dédié aux jeux vidéo et «it-produits» de tout geek qui se respecte. D’ailleurs un «Geek Store» vient tout juste d’ouvrir ses portes au numéro 20. «J’ai toujours été un aficionado de l’informatique, j’aime l’info, les jeux vidéos, je suis un vrai passionné : ouvrir une boutique s’est rapidement avéré évident !» Vincent Pagès, actionnaire, s’est alors associé à Hicham Saoudi pour ouvrir le 20 octobre dernier une boutique «où les geeks se sentent bien». Au programme : tout un tas de gadgets à connotation geek : du bac à glaçons Space Invaders, au décapsuleur Pacman, en passant par le réveil alarme Tetris… «Nous avons également installé un coin jeu où chacun peut venir se détendre face à la console». Ces deux trentenaires ont voulu offrir une vitrine et un lieu d’accueil à l’état d’esprit geek et arroser le tout d’un peu de nostalgie : «Nous nous adressons particulièrement aux 31 ans et + avec des références comme super Mario, street fighter etc.» Mais à plus grande échelle Toulouse est une référence en matière de culture geek. Le Toulouse Game show en est l’exemple le plus criant. Créé en 2007 par Sébastien Laurens et Frédéric Deveze, le TGS est «le plus grand salon dédié à la culture geek hors Paris» se réjouit Sébastien Laurens. L’événement connaît un succès croissant d’année en année, et se distingue par ses invités prestigieux, du moins dans le monde geek. Cette année, il accueillera le dessinateur japonais Yoshitaka Amano, l’acteur de la série Stargate, Christopher Judge (allias Teal’c dans la série), et l’actrice Kristin Bauer van Straten, qui interprète la vampire Pam, dans la série HBO «True Blood». Outre les invités de marque, le salon est l’occasion de réunir professionnels, associations et particuliers autour d’une passion commune. «Entre 35 000 et 40 000 personnes sont attendues le 1er et 2 décembre prochains, au Parc des expositions» annonce Sébastien Laurens.

 

Une véritable communauté

 

La culture geek dépasse finalement largement les limites du monde informatique et du jeu vidéo : manga, science-fiction, cinéma et séries télévisées en font partie intégrante, créant une véritable communauté. Il n’y a qu’à voir à Toulouse le nombre d’associations qui se sont créées autour de cette passion. «La communauté geek est née sur internet, et tente aujourd’hui de se retrouver dans la vraie vie, In Real Life» explique Amélie, geekette, et secrétaire de l’association toulousaine Ageektion Spirit. Depuis deux ans, l’association organise des rencontres thématiques très variées. Les membres se retrouvent pour des soirées jeux de sociétés, «que l’on a inventés en s’inspirant de jeux-vidéos» précise Amélie. Ils sont également adeptes des jeux de rôle, «Un maître du jeu incarne l’univers dans lequel les personnages devront évoluer. Puis chacun a une fiche qui détaille les caractéristiques de son rôle. C’est presque du théâtre ! Mais il n’y a aucun jugement». Ce dernier point a son importance. En tant que geek, Amélie a connu le sentiment de ne pas être comprise par son entourage, «avant que les associations ne se développent, c’était très difficile de trouver des gens avec qui partager ma passion, en dehors des forums». Ce genre de rencontres permet aux geeks de sortir de chez eux, et de participer à «des activités conviviales». La dernière lubie d’Amélie : les amigurumi. De petits personnages inspirés de l’univers manga façonné en… Crochet ! Les nouvelles technologies n’ont qu’à bien se tenir, les geek se mettent au crochet. De quoi bousculer tous les clichés. Une évolution certes, mais qui n’est pas si radicale. «Certains de mes amis refusent encore de rejoindre l’association car ils ne veulent pas sortir. Les no life qui ne vivent que devant un ordinateur, ça existe toujours».

 

Echapper à la réalité du quotidien

 

Autre activité geek en plein essor dans la ville rose : le «cosplay», ou l’art du déguisement en personnages de séries, films ou jeux-vidéos. Les associations toulousaines Chuuu Cosplay, GA Otaku, où encore Rêve temporel se sont spécialisées dans ce domaine. Au Toulouse Game Show de 2011, «l’équipe de Chuuu Cosplay a monté un spectacle de quinze minutes sur l’univers de Tim Burton» raconte Sébastien Laurens. Rêve Temporel, en revanche, se situe en marge de la culture geek à proprement parler. Sa particularité est de créer leur propre personnage, «on leur donne un nom, une histoire et on conçoit le costume qui va avec» explique Kate, fondatrice de l’association. Rêve temporel travaille autour de deux styles très différents, la piraterie et le steampunk. C’est ce dernier qui intéresse particulièrement la communauté geek. «Le steampunk est un univers tout droit sorti des romans de Jules Verne, et de l’époque 1900. Il est de plus en plus développé dans les jeux-vidéos et le cinéma». Si un mot devait réconcilier tous les aspects de la culture geek, ce serait bien celui «d’univers». Férus de mondes imaginaires et fantastiques, ces passionnés se retrouvent sur un point : échapper à la réalité du quotidien.

 

 

Demain, tous geek ?

«Depuis deux ou trois ans, on note une vulgarisation du terme», ajoute Erwane Morette Monthubert, «en effet la connotation péjorative a disparu et tous ceux qui sont branchés ntic s’autoproclament geek. On parle même d’enfant ou de senior geek.» Bien sûr, les loisirs ont évolué en même temps que la technologie, nos anciens joueurs de billes devenant fanatiques d’écrans quels qu’ils soient. Un constat qui agace Yohann 24 ans : «Tout le monde me dit que je suis un geek, c’est vrai je n’ai pas honte de le dire : je passe bien cinq à huit heures par jour à jouer en réseau, je suis à l’affût de l’actualité, allumer mon ordinateur est la première chose que je fais le matin et mon dernier geste avant d’aller au lit, mais que dire de tous ces nouveaux geeks branchés à leur Smartphone en pleine rue, dans les transports en commun, voire au cinéma ou au supermarché ? Pour moi, c’est une autre forme de dépendance bien plus pernicieuse car elle les accompagne tout au long de la journée…» Erwane Morette Monthubert confirme : «Il y a évidemment de plus en plus de geeks. Finalement nous le sommes tous un peu puisque les NTIC se démocratisent : qui n’utilise pas les réseaux sociaux ? Un téléphone portable voire une tablette ? Qui ne suit aucune série télévisée ? Ne va jamais au cinéma ou sur internet ? Ce qui émerge aujourd’hui parmi cette nouvelle société geek, c’est finalement le développement d’une résistance affirmée voire revendiquée par certains : elle peut être cognitive ou intellectuelle et morale, le résultat est le même. L’idée est de contrer la métamorphose geek !» A contrario, certains ont particulièrement bien compris l’intérêt des NTIC. Les hommes politiques par exemple. «Clairement les réseaux sociaux deviennent un outil de communication politique parmi les autres mais qui gagne en importance», termine Erwane Morette Monthubert.

 

Les politiques en première ligne

Depuis deux ou trois ans, femmes et hommes politiques s’emparent des réseaux sociaux. Ce nouvel outil de communication s’avère être un média efficace, voire indispensable. Sur Twitter, principalement, une nouvelle relation de proximité s’instaure entre particuliers et politiques. N’importe qui peut suivre François Hollande, les ministres, les députés, et même les personnages politiques locaux. Dans ce dernier cas, la proximité est d’autant plus forte que ce sont souvent eux qui tweetent personnellement. Et Toulouse compte quelques champions en nouvelles techniques de communication. Parmi les plus actifs à droite, la conseillère régionale Elisabeth Pouchelon, confie qu’elle passe «au moins une heure par jour à communiquer sur les réseaux sociaux». Comment expliquer un tel engouement ? «Il faut dire que l’UMP a peu accès à la presse quotidienne régionale, donc j’essaye d’utiliser tous les moyens que j’ai à disposition pour m’exprimer» explique-t-elle. Bertrand Serp, cadre de l’UMP 31, confie : «Aller sur Twitter est la première chose que je fais en me levant le matin». En revanche, ses tweets ne concernent que son activité politique. A gauche, l’adjoint au maire de Toulouse, François Briançon, est passé maître en la matière. Toujours à l’affût de la moindre information, il avoue : «J’ai une propension à être geek à la base. Je m’intéresse à toutes les nouvelles technologies et je l’avoue, quand je tweete, je m’adresse surtout aux journalistes». En revanche Facebook «touche une cible beaucoup plus large, je m’en sers pour dresser des compte-rendu réguliers de mandat, je raconte mes journées et les problématiques auxquelles on est confronté en tant qu’élu» explique-t-il. Cette différenciation entre Facebook et Twitter est quasiment unanime chez les politiques. La Vice-présidente régionale Nadia Pellefigue (PS) confirme que la cible de Tweeter «est plus élitiste, on s’adresse le plus souvent à des gens qui s’intéressent déjà à l’actualité». Les réseaux sociaux sont devenus le royaume des «petites phrases». François Briançon reconnaît que le format «réducteur» de Tweeter se prête facilement à la polémique, et avoue même en jouer. Mais la provocation peut vite devenir un couac. Lancer ou alimenter des polémiques sur les réseaux sociaux est presque devenu une mode. Rien de condamnable en soi. Mais la spontanéité du tweet peut être à double tranchant. Le moindre dérapage sera repris et amplifié dans tous les médias, très attentifs aux déclarations potentiellement scandaleuses.

 

 

Toulouse, ville de geeks ?

A l’automne 2010 dans la Grosse Pomme, un Berlinois a eu l’idée loufoque d’incruster des clefs USB contenant quelques fichiers dans un mur ou sur une paroi, en espérant -sur le modèle du bookcrossing- qu’un inconnu vienne s’y connecter. Depuis, l’idée a fait des émules dans le monde entier et notamment à Toulouse. Car ce sont près d’une dizaine de clefs au contenu divers qui font le mur de la ville rose depuis l’hiver 2011. A la clef ? Un réseau peer-to-peer anonyme et gratuit ! Ces dead drops («gouttes mortes») sont facilement repérables sur le site www.deaddrops.com On en trouve entre autres sous le Pont Neuf, Quai de la Daurade ou encore place du Capitole… Chacun peut à sa guise se connecter ou placer une clef et le signaler sur le site.

 

La municipalité de la ville a également pris les choses en main pour ériger Toulouse en ville du XXIe siècle. Une application «Toulouse Bouge» est disponible gratuitement et compatible avec l’iPhone, l’iPod touch et tous les androïds. Elle permet de savoir en temps réel, la liste des travaux dans la ville et ses environs, les conditions de circulation via des alertes infos trafics, ainsi que les places de parking disponibles réservées aux personnes à mobilité réduite, grâce à l’option géolocalisation.

 

Côté transports, l’application «Prochains passages» permet, comme son nom l’indique, de connaître les prochains passages d’un bus ou du tram à Toulouse, mais n’est disponible que sur androïd. Sinon, «Mobus Toulouse», propose de vous indiquer l’horaire du prochain bus à proximité, en fonction de votre géolocalisation. Pour les déplacements en avion, l’aéroport Toulouse-Blagnac a conçu sa propre application, qui donne en temps réel, les heures d’arrivées et de départs, des informations sur le terminal, la destination ou encore le type d’avion.

 

Pour les touristes, (et même pour les Toulousains d’ailleurs), «Toulouse Monument Tracker» mis en place par l’office du tourisme et le service du patrimoine, permet de tout savoir sur les monuments de la ville devant lesquels vous vous trouvez. Elle coûte 1,79 euros. Enfin, petite application insolite, mais qui peut s’avérer très pratique : «Toilettes Toulouse» ! Elle vous amène aux toilettes gratuites les plus proches de votre position.

Au total, plus de cent applications vous guident dans les rues de la ville rose. Prenez garde tout de même à lever les yeux de temps en temps.

 

Par Aurélie Renne et Coralie Bombail




UN COMMENTAIRE SUR Qui sont les geeks toulousains ?

  1. Yoann PERRIER dit :

    Oh les incultes, on dit “Geek’ pas “geeks”. Mon dieu !

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