Quels sénateurs pour la Haute-Garonne ?

Le 21 septembre prochain près de 2 600 grands électeurs de la Haute-Garonne désigneront leurs cinq sénateurs au scrutin de liste proportionnel à un seul tour. Il leur faudra donc choisir tout de suite, dans l’immédiateté du moment du vote, la liste de leur choix sans qu’il leur soit possible de raturer ou de panacher.
Ainsi sur nos terres républicaines où les socialistes détiennent déjà la Région, le Département, Toulouse et d’autres villes moyennes, l’arithmétique électorale élémentaire permet d’imaginer sans effort que la liste conduite par le Sénateur sortant Auban est celle qui possède de grandes chances de remporter une majorité de sièges. Combien sur les cinq ouverts au scrutin sénatorial ?
Là les observateurs divergent. Pour les uns on serait dans le scénario 3-1-1 : 3 sièges à la liste socialiste, 1 siège à la liste Châtillon, 1 siège à la liste Plancade (qui vient d’ailleurs d’être exclu du PS pour candidature dissidente).
Ce scénario tient compte d’une volonté des maires ruraux et d’un nombre de plus en plus élevé de grands électeurs de vivre la décentralisation autrement et de vouloir installer à travers de nouveaux sénateurs, comme Châtillon (fédérant les républicains radicaux, les centres et l’UMP) ou d’anciens sénateurs comme Plancade (tentant de rassembler les dissidents et ses propres supporters après dix ans de Sénat), des contre-pouvoirs face notamment au Président Izard qui règne sur le département avec une autorité et un pouvoir incontestables mais en passe aujourd’hui d’être contestés.

 


Le scénario 3-1-1 sonnera s’il s’écrit ainsi sur les tablettes électorales un début de contestation fort contre la méthode Izard. En revanche si le scénario 4-1 (4 sénateurs socialistes et Alain Châtillon) se révélait exact, alors Izard conforterait sa mainmise et son pouvoir personnalisé (il est d’ailleurs curieux qu’il n’ait jamais tenté le Sénat comme il est regrettable que le radical de gauche Keller Maire de Blagnac n’ait pu trouver, au nom de la parité, de place sur la liste où figure son adjointe). Ce scénario 4-1 sonnerait aussi comme un signe de renouveau dans la famille politique des radicaux valoisiens, des centres et des droites qui n’a pas de représentant au Sénat depuis 1980.

 


Un renouveau plus impressionnant encore si le scénario de 3-2 s’imposait : trois élus socialistes et deux élus de la liste Châtillon, des «Républicains pour la Haute-Garonne». Il faudrait pour cela une mobilisation excellente pour la liste Châtillon sans perte de voix due notamment à une candidature dissidente (celle de Barrès, ancien maire de Muret, battu, présentant plus là une candidature d’amertume et de rancœur qu’une candidature pour gagner ; une défaite aux Municipales de 2008 mettant tout candidat au Sénat dans la plus mauvaise des situations pour espérer l’emporter). Ce scénario du 3-2, rejeté par les socialistes mais rêvé par nombre d’élus des centres et de la droite mais aussi des sans-étiquette serait la grande surprise du scrutin de même que le scénario 5-0, tous les sièges allant aux socialistes, hypothèse elle aussi difficile à réaliser, la proportionnelle la rendant quelque peu utopique.
Plusieurs scénarii dans un scrutin où l’abstention sera très rare (elle coûterait 100 euros au contrevenant), où chacun voudra, au-delà de la politique politicienne et de la discipline militante des partis, faire valoir l’équation personnelle des candidats pour mieux renouveler pour six ans une deuxième Chambre qui passionne toujours les élus locaux.

Stéphane Baumont
Universitaire, Politologue


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