Quelle abstention pour quelle élection ?

Plus que les victoires de la musique ou les derniers flocons de neige d’un hiver qui à force de n’en pas finir semble donner raison à l’offensive des “climato-sceptiques” derrière Claude Allègre, au moins autant que la 100e Journée Internationale du 8 mars lancée en 1910 par des militantes de l’Internationale Socialiste, devenu rendez-vous universel officialisé par l’ONU (et chacun de constater que la parité et l’égalité sont loin d’être au rendez-vous des réalités – dans le monde, dans les institutions, dans l’économie sur les scènes et dans les têtes) ; plus qu’une semaine de bêtes à concours et de retape politique au Salon de l’Agriculture où “la plus grande ferme de France” s’est métamorphosée de Lemaire en Aubry, de Villepin en Chirac, de Bayrou en Sarkozy en “ferme aux célébrités” politiques testant là leur notoriété et y cherchant pour quelques-uns une image, une légitimité rurale et provinciale si nécessaire à une Présidentielle ; plus que le vote des Irakiens malgré les attentats, que les critiques pleuvent sur la haute représentante de l’Union Européenne pour les Affaires étrangères ou que la cafouilleuse gestion politique du séisme au Chili, c’est le désintérêt des Français (l’acédie – en grec ancien cela veut dire indifférence, négligence voire découragement) pour la et le Politique à l’occasion des Régionales qui suscite, à une semaine du premier tour interrogations, chroniques et commentaires : on parle en effet du dépassement de la barre symbolique des 50 % au premier tour (en 2004 le taux était déjà de 39,2 %).
Quels éléments d’explication donner à cette défiance vis-à-vis du Politique ? Les réponses sont nombreuses : impuissance supposée des politiques à résoudre les problèmes de la société française et en particulier le problème du chômage ; désenchantement des Français qui, à 67 % n’ont désormais confiance ni dans la gauche ni dans la droite ; élections régionales peu mobilisatrices par rapport aux élections reins que sont les élections municipales et présidentielles ; absence de couplage comme auparavant avec les élections cantonales et déficit de personnalisation et d’incarnation des Régions à travers leur Président – en dehors de quelques-unes comme Midi-Pyrénées ou la Bourgogne et l’Ile-de-France ; démotivation de l’électorat de gauche face à la dédramatisation des enjeux ; lassitude de voter, les élections européennes ayant eu lieu en 2009 ; décalage abyssal entre ce qu’attendent les Français et ce qu’on leur propose (pas de réponses sur l’emploi qui vient de passer la barre des 10 %) ; pas de vrai débat sur la politique à mener en temps de crise ; utilisation de l’abstention comme vote sanction notamment de la part des électeurs UMP déçus.
Autant d’éléments qui expliquent le désenchantement du moment et le fort taux d’abstention : la campagne est peu mobilisatrice, la gauche est confortée dans son statut de favorite ; voilà ce que nous annoncent les sondages, tous instituts confondus. Il reste néanmoins 33 % des électeurs qui ne sont pas encore sûrs de leurs choix : ce sont eux qui feront la différence peut-être plus au second tour qu’au premier tour ; ce sont eux qui diront s’ils veulent une France des Régions entièrement rose ; ce sont eux qui en disant non à Sarkozy verront Fillon remercié et quitter Matignon pour devenir l’un des nouveaux Présidentiables d’une droite en difficultés, ayant du mal à réussir localement alors qu’elle reste, pour le moment, championne aux Législatives et aux Présidentielles !

Stéphane Baumont


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