Toulouse demain : Les victimes des travaux se font entendre

C’est bien connu, Toulouse a bien du mal à rattraper son retard en termes d’infrastructures d’accueil. Pourtant des dizaines de projets visent à la rendre plus accueillante : LGV (ligne grande vitesse), GPV (grand projet urbain), BUN (boulevard urbain nord) et bien d’autres termes alambiqués offrent à Toulouse la promesse d’un lifting complet. Si les craintes enflent depuis plusieurs années, la colère elle, n’explose que depuis quelques mois. Rencontre aux quatre coins de la ville, avec ceux qui sont sous le bistouri.

« Le projet Matabiau remonte à 2008 », explique Gérard Gasselin, du collectif Matabiau, « à l’époque Toulouse a décidé de mettre le paquet sur la LGV et la transformation du quartier. » L’idée d’un tronçon Bordeaux-Toulouse est effectivement prévu à l’horizon 2020-2025 avec l’hypothèse contestée de mettre la capitale à 3h de Paris. « On ajoute à ça l’ambition de développer un RER toulousain pour desservir la banlieue toulousaine et désengorger la rocade. » Les conséquences ? Un doublement de la fréquentation de la gare qui recevait 9 millions de voyageurs en 2009 ; chiffre qui devrait passer à 18 millions en 2020-2025, puis à 21 millions en 2030. « Elle est déjà saturée, il est clair qu’il faut la rénover mais depuis 2009 une quinzaine d’études a été lancée sur ces questions, avec 4 millions d’euros alloués pour ce travail et nous  n’y avons pas accès, on ne sait rien ! » Il y a un mois, le collectif Matabiau était créé, réunissant une dizaine d’associations de quartier qui s’inquiètent du retard pris sur la concertation : « une réunion est prévue en juin mais on a le sentiment que les schémas sont élaborés entre techniciens puis validés par les élus mais la concertation avec les riverains risque fort de se limiter aux aménagements de trottoirs ! » La principale crainte ? La spéculation  immobilière, qui ferait fuir la diversité sociale des quartiers Périole et Marengo notamment, « c’est pourtant toute la richesse de cette zone » poursuit Gérard Gasselin. « Quant à Jolimont et la Roseraie, vont-ils devenir des quartiers d’affaires ? On est déjà à saturation, c’est sur l’habitat qu’il faut se concentrer… Des expropriations sont prévues, avec le fameux « droit de préemption renforcé », mis en place par la mairie. » Une lettre a été envoyée au maire de Toulouse et le collectif attend aujourd’hui une rencontre avec l’élu en charge de l’urbanisme, Daniel Benyahia pour caler des modalités de collaboration. « Nous craignons la méthode : on décide puis on en parle… Mais nous ne sommes pas les seuls, chaque jour je reçois de nouveaux mails d’associations ou de riverains isolés qui veulent que nous travaillions ensemble, les projets pullulent sur tout Toulouse. »

« On veut nous mettre le moral à zéro pour que l’on ne rechigne pas à partir ! »

« Chez les filles », Boulevard Pierre Semard on cancane et on s’inquiète : « On ne sait pas grand-chose, la mairie a préempté beaucoup de bâtiments autour de chez moi et j’ai une double problématique car j’habite au-dessus de mon restaurant. On ne sait pas à quelle sauce on va être mangés… » La propriétaire dit avoir essayé d’avoir des informations, mais « entre la mairie, le conseil régional et le SNCF, chacun se renvoie la balle, pourtant on voit les bâtiments tomber, les maisons murées, sept ans ça va vite, pourquoi on ne nous dit rien si c’est prévu pour 2020 ? Ils nous poussent vers la sortie. J’ai acheté mon bar il y a quatorze ans, or depuis quatre ans, on me fait soudainement payer 4000€ par an pour ma terrasse, on veut nous mettre le moral a zéro pour que l’on ne rechigne pas à partir. » Elle évoque Le coiffeur, le chauffagiste et le cordonnier qui ont déjà mis la clef sous la porte… Pourtant à en écouter le fameux coiffeur, être racheté par la mairie est la meilleure chose qui lui soit arrivée : « Ce quartier est atroce, mon fonds était invendable, cela m’a sauvé la vie ! J’ai récupéré 7000€ de plus que l’estimation. Aujourd’hui j’ai un local à Jeanne d’Arc, j’ai doublé mon CA et c’est sans parler de la clientèle qui n’a rien à voir ! » D’après lui, la mairie fait les choses dans les règles de l’art, il avoue même avoir eu droit à une prime de déménagement et confie : « moi je ne demandais qu’à partir… »

La grande braderie de Paléficat

A Paléficat, dans ce quartier nord de Toulouse encore protégé de toute urbanisation, ce n’est pas la même histoire. Sylvie Roussel, de l’association «Vivre à Paleficat » explique : « deux projets concernent notre quartier : la constitution d’une réserve foncière par la mairie en vue d’une urbanisation future et le passage du BUN. Soixante-dix propriétaires sont concernés par les changements et 30% ont vendu à l’amiable nous dit-on à la mairie ». La crainte principale des habitants de ce quartier tranquille : « voire un second Borderouge sortir de terre… Mais on sait bien qu’ils ne prévoient pas un BUN pour trois pelés et un tondu. »  A ce jour, on rachète les terre entre 15 à 25 € du m2 : « moi j’ai 1100 m2 à 100 mètres du Grand selve où le m2 carré est vendu 250 à 300 € ! Tous ceux qui n’ont pas donné leur accord (une cinquantaine de propriétaires, ndrl) vont se retrouver devant le tribunal des expropriations. » Elle confie, « les promoteurs ne vont pas racheter nos terrains à ce prix-là, nous savons que faire un quartier coûte cher mais ce n’est pas à nous de payer la différence, on paie déjà nos impôts. Et c’est sans parler des entreprises qui doivent fermer, ce sont cinquante emplois qui vont sauter à cause de la réserve.» Actuellement en copropriété avec deux autres familles sur un terrain de 6000 m2, les modifications l’amputeront pour ne laisser qu’une parcelle de 1500 m2. En attendant banderoles et étendards ondulent au rythme du vent d’Autan.

 

3 Questions à… Claude Touchefeu, maire adjoint en charge de l’habitat et de la cohésion sociale.

Quel est le but du Grand Projet de ville ?

L’idée est de retravailler la physionomie de trois secteurs Reynerie/Bellefontaine, Bagatelle et Empalot. Il s’agit de réinscrire ces quartiers dans la ville, de les désenclaver.

Comment réagissent les riverains ?

Comme partout ailleurs, on voit que 50% des gens veulent rester et 50% veulent partir.

Parvient-on vraiment à reloger tous ces foyers de manière équivalente ?

La plupart ont été relogés par leurs propres bailleurs HLM. Il n’y a eu que quelques expropriations. Et après enquête, sur 94 ménages relogés, 75% sont satisfaits.

 

Le relogement du GPV en chiffres

1528 ménages ont été relogés

283 départs volontaires avant le relogement

2528 logements ont été démolis  

Aurélie Renne

 

 



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