Prostitution : « une loi clairement hypocrite » ?

Selon l’association Griselidis mercredi 27 novembre 200 personnes se sont rassemblées place Belfort et 150 ont défilé contre le projet de loi.

Après des semaines de controverse médiatique, le plus vieux débat du monde suscite toujours autant de manifestations d’opposition et de soutien. Dernier rebond en date : pénaliser les clients des prostituées. Une proposition de loi d’ores et déjà adoptée par les députés qui est votée à l’Assemblée au moment où votre hebdomadaire boucle. Et si c’était vrai ?

Après le délit de racolage public, qui sanctionnait depuis 2003 « le fait par tout moyen y compris une attitude même passive de procéder publiquement au racolage d’autrui en vue de l’inciter à des relations sexuelles en échange d’un rémunération », on change de méthode. Aujourd’hui ce dernier est abrogé, la sanction visant dorénavant les clients des prostituées et non les prostituées elles-mêmes. Le texte qui n’interdit pas la prostitution, légale en France, prévoit néanmoins une contravention de 5ème catégorie (1500 €) pour les clients ayant recours à la prostitution d’une personne majeure.  L’amende sera doublée en cas de récidive. La proposition de loi vise à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel, une méthode taxée d’« hypocrite » par les opposants. Julie Sarrazin, directrice de l’association Grisélidis* s’exprime sur le sujet : « on est content que le délit de racolage passif soit abrogé mais on regrette qu’il ait fallu attendre de mettre en place une loi qui aura exactement les mêmes conséquences pour l’abroger. Pénaliser la prostitution que ce soit les clients ou les prostituées revient au même quant aux conséquences sur la vie des prostituées. »

Développer les réseaux mafieux

Si le texte prône un accompagnement des personnes désirant sortir de la prostitution grâce à la mise en place d’actions au niveau départemental, ce n’est d’après l’association de soutien pas vraiment la solution adéquate : « quand on leur pose la question, la plupart des filles répondent qu’elles veulent surtout des droits. » Ce que confirme Camille, prostituée : « encore une fois on nous tape dessus. On veut travailler dans de bonnes conditions, rester libres et on craint ce genre de lois. On est capable de se débrouiller toutes seules -nous sommes de grandes filles- mais on ne doit pas nous mettre de bâtons dans les roues. » Et lorsqu’on lui pose la question d’une solution idéale : « pouvoir prendre un appartement avec quelques copines, ainsi on se protègerait mutuellement. » Car l’effet pervers le plus redouté est que les réseaux mafieux se développent. « On voit très bien ce qu’a fait la prohibition de l’alcool aux Etats-Unis : cela développe les réseaux mafieux et les a rendus très puissants. On risque d’avoir les mêmes conséquences ici sur le thème de la prostitution : les femmes ne pourront plus aller « simplement » dans la rue elles devront passer par des intermédiaires supplémentaires, des proxénètes -par internet notamment qui demandent beaucoup d’argent pour faire paraître une annonce- ou des tenanciers de maisons closes clandestines », s’inquiète Julie Sarrazin. Camille explique que suite à la loi sur le racolage, elle avait senti le poids du danger : « j’ai été agressée plusieurs fois puis un homme est venu me proposer une protection contre rémunération, coïncidence ? » Un scénario qui risque de se reproduire avec la loi en discussion à l’assemblée : « les prostituées seront plus isolées, plus précaires. C’est hypocrite de dire que cela va faire disparaître la prostitution : on va clairement vers une aggravation de leurs conditions de vie», ajoute Julie Sarrazin.

Une application difficile

Côté forces de l’ordre, on reste sceptique quant à cette loi : « d’une part, abroger le délit de racolage passif nous enlève matière à enquête car en interpellant les filles nous parvenions à remonter jusqu’à des réseaux importants. D’autre part, concrètement l’application semble compliquée car on ne doit verbaliser que lorsque l’acte est consommé ou en train d’être consommé ! Et je vous laisse imaginer les policiers en quête de flagrant délit dans les sous-bois ! » déclare Christophe Crépin, directeur de la communication du syndicat UNSA police, ajoutant « il aurait été de bon ton que les gens viennent avec nous sur le terrain pour comprendre quelles difficultés d’application nous allons avoir, avec un problème d’effectifs en premier lieu. » Les associations de soutien sont en alerte : « Si on ne peut plus avoir accès à elles, si on ne parvient plus à les trouver, comment va-t-on les informer quant à leurs droits, la prévention santé, les soutenir en cas de soucis ? s’interroge Julie Sarrazin. De son côté, Camille explique qu’elle cherche de nouvelles stratégies et pense faire « comme aux Etats-Unis : marcher dans les rues. Sans arrêt. » Les associations locales en réfèrent actuellement au national pour une possible manifestation de grande envergure dans la Capitale.

*Association de santé communautaire pour tous les travailleurs du sexe (hommes, femmes, transgenres) qui existe à Toulouse depuis 1990



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