Procès AZF; Les experts ne peuvent pas tout expliquer

Double explosion, fumées mystérieuses, éclair lumineux, arc électrique… les dépositions des différents témoins de la catastrophe divergent et soulèvent de nombreuses interrogations, remettant en cause la thèse officielle de l’accident chimique. Appelé à la barre pour faire œuvre de pédagogie auprès de ces personnes en attente de réponses, l’expert judiciaire du dossier Daniel Van Schendel a tenté de donner des explications scientifiques à des sensations subjectives, s’appuyant sur un rapport rendu en 2006 suite à des reconstitutions avec les différents témoins.

 
La double explosion ? «Il s’agit de deux bruits issus d’un même événement. L’onde sismique se déplace sept fois plus vite que l’onde aérienne. L’écart entre ces deux ondes augmente selon la distance qui sépare le témoin de l’explosion.» L’effet lumineux : «C’est le résultat de la combustion de particules d’aluminium sur un toit d’AZF. Elle a éclairé tous les bâtiments alentour, dont ceux de la SNPE. Sa surface émissive est de 5 000 m2 et de 100 m de haut. Sa durée est de 200 millisecondes et son éclairement est 12 fois supérieur à celui du soleil. Ce flash a eu lieu avant la détonation complète du tas de nitrate dans le hangar 221.» Les fumées ? «Elles sont apparues après le flash lumineux et sont de couleur blanche puis rougeâtres. Ces fumées ont été refroidies puis emportées par le vent d’Autan vers le Nord-ouest.»
Même si Daniel Van Schendel constate «une cohérence entre les témoins», le président du tribunal Thomas Le Monnyer précise que les experts «n’ont pas pu tout expliquer.» «Nous n’avons pas eu cette prétention», concède l’expert. «Des témoignages peuvent être contradictoires mais il faut les relativiser vu l’ampleur de l’événement et le subjectif dans le temporel. Les personnes soumises à un cataclysme peuvent perdre la notion de chronologie.» Les avocats de la défense et de certaines parties civiles, à l’image de Maître Jean-Luc Forget, ne sont pas convaincus : «Ces témoignages ne sont pas faits pour être compris mais pour comprendre. Votre travail a consisté à étayer vos conclusions. Tout va bien quand les témoins sont cohérents avec vos conclusions mais rien ne va plus quand ils sont cohérents entre eux mais pas avec vos conclusions.»

Sophie Orus


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