Procès AZF; Le noir leur va si bien

Stella Bisseuil et Agnès Casero sont les deux avocates en vue du procès AZF. L’une défend entre autres l’Association des Familles Endeuillées et l’autre le Comité de Défense des Victimes d’AZF.

 
Depuis le début du procès AZF, les projecteurs sont tournés vers Serge Biechlin, ancien directeur de l’usine actuellement sur le banc des accusés, vers les joutes verbales entre Maîtres Simon Cohen et Alain Veil, vers le président du Tribunal Thomas Le Monnyer qui a eu la lourde tâche de trancher sur le sort de Total et son ex-PDG Thierry Desmarest… Mais deux femmes, deux Toulousaines qui portent à merveille la robe noire, interviennent régulièrement à la barre et travaillent sur le dossier depuis plus de sept ans. A elles deux, elles ne défendent pas moins de parties civiles. Stella Bisseuil et Agnès Casero sont avocates et à leurs côtés, pas d’armada de juristes ou d’assistants, simplement des présidents d’associations qui ont vécu le drame d’AZF de plein fouet.
Stella Bisseuil a prêté serment en 1985 avant de créer son premier cabinet dans la Ville rose deux ans plus tard. Spécialisée en droit des victimes, elle accompagne depuis le premier jour de la catastrophe les Toulousains dans leurs démarches d’indemnisation, et défend notamment durant le procès l’Association des Familles Endeuillées présidée par Gérard Ratier. Ce dernier a perdu tragiquement son fils dans l’explosion de l’usine mais si Maître Bisseuil prend très à cœur son rôle dans ce procès historique, ce n’est pas pour demander de nouvelles indemnisations : «Les victimes ont le droit et le besoin de connaître la vérité.» Une vérité qui selon elle ne peut être que l’accident chimique : «Les autres pistes ne tiennent pas. Tout est dans le dossier d’instruction et les faits sont accablants pour les accusés.» Et pour Total qu’elle combat depuis tant d’années : «L’Association des Familles Endeuillées a demandé à plusieurs reprises la mise en examen de Total et nous savons qu’il s’agit de notre adversaire depuis le début», a-t-elle plaidé devant le Tribunal lors de l’examen de la citation directe du groupe pétrolier.

 

Divergence sur le cas Total

De son côté, Agnès Casero, membre du barreau toulousain depuis 1983, soutient le Comité de Défense des Victimes d’AZF et l’Association des Sinistrés du 21. Ce petit bout de femme a déjà œuvré dans sa carrière sur de nombreuses affaires sensibles comme celle des expropriés du Grand Projet de Ville de Toulouse. Investie politiquement, Agnès Casero a travaillé notamment sur l’élaboration de la loi Pasqua en 1992, sur le cas des victimes de la guerre en ex-Yougoslavie, et fut présidente de la section de la Ligue des Droits de l’Homme de 1993 à 1995. Elle attend énormément de ce procès, notamment pour les victimes qui se sont portées parties civiles tardivement : «Elles se sont occupées de leurs problèmes matériels mais se sont oubliées. Elles veulent aujourd’hui une reconnaissance de leur préjudice moral.» Et contrairement à sa consœur Maître Bisseuil, Agnès Casero ne souhaitait pas la jonction du dossier concernant la citation directe de Total au dossier principal : «Il y a comme un goût d’inachevé dans l’instruction menée durant six ans. Il faut que les responsables soient identifiés mais je souhaitais la disjonction des deux dossiers car la validité de la procédure risque d’être contaminée. Il va y avoir un mélange entre deux instructions, celle qui a été faite, la régulière, et l’autre, qui doit se faire pendant le procès.»
Si Maître Casero n’a pas obtenu gain de cause dans sa volonté de deux procès différenciés, elle n’en demeure pas moins un acteur essentiel des quatre mois d’audience, salle Jean Mermoz. Et malgré les dissensions concernant le cas de Total et Thierry Desmarest, Stella Bisseuil et Agnès Casero luttent pour le même combat : la quête de la vérité pour des centaines de victimes.

Sophie Orus


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