Proçès AZF; Le mystère Van Schendel

Mandaté par le procureur Michel Bréard dès le 21 septembre 2001 pour diriger le collège d’experts judiciaires, Daniel Van Schendel est venu s’expliquer à la barre sur sa première note, rendue le 28 septembre, évoquant «une origine accidentelle liée aux mauvaises conditions de stockage et à l’hétérogénéité du nitrate d’ammonium entreposé». Cet expert de 69 ans, remis en cause durant tout le déroulé de l’enquête, était attendu au tournant par la défense, certaines parties civiles mais également le président du tribunal Thomas Le Monnyer : «Pour le non-initié comme moi, cette note n’est pas claire. Vous privilégiez la piste accidentelle alors que vous écartez d’emblée l’incendie et l’explosif. Je m’interroge : ne fallait-il pas être plus prudent et ne pas rendre une première note si tôt ?»

 
Assailli de questions, déstabilisé par le refus du tribunal de visionner certains de ses documents, Daniel Van Schendel a tenté de se justifier sur ses premières constatations, qui évolueront au cours de l’enquête : «La forme dissymétrique du cratère m’a interpellé. Si on avait placé une charge d’explosifs en son centre, il aurait eu une forme beaucoup plus symétrique. Ce qui exclut un acte de malveillance.» Or cet argument n’est pas présent dans la première note de l’expert… Autre point à éclaircir : «l’épicentre de l’explosion», que Van Schendel désigne «au centre du tas» alors que les conclusions de l’instruction n’aboutiront pas à cela. «L’épicentre est différent du point d’initiation et les deux peuvent ne pas se trouver au même endroit», explique non sans mal l’expert qui soulève commentaires et rires dans la salle d’audience.

Contradictions et hésitations

Et lorsque Daniel Van Schendel aborde la possibilité d’une «auto-inflammation du nitrate», comme il l’a déjà vu avec «l’explosion de boules de pétanque remplies de désherbant», la coupe est pleine pour la défense. «La note de l’expert judiciaire exclut la piste volontaire», scande Maître Monferran alors que Maître Courrège se met en colère : «Quand on vous pose des questions sur votre note, vous ne répondez pas.» Pire, il se contredit dans la minute qui suit : à la question «Avez-vous été confronté à des explosions spontanées de nitrate d’ammonium ?», Van Schendel répond : «Non. Mais des explosions volontaires, oui.» Acculé, l’expert demandera à plusieurs reprises aux avocats de reformuler leurs questions et se tournera vers le président du tribunal en espérant un peu d’aide.
L’expert judiciaire a en tout cas précisé maintes fois qu’il n’était «soumis à aucune pression de la part du procureur», qu’il a travaillé «en toute indépendance et en toute liberté». Pour lui, «accident ou attentat, si les éléments sont là, peu importe». C’est là tout le problème…

Sophie Orus


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