Procès AZF : J-4 La vérité dépend-t-elle de «gens en robe déconnectés de la réalité» ?

Onze ans après les faits, la justice va enfin livrer son verdict sur l’explosion qui a fait 31 morts, et 3000 blessés à Toulouse. Le délibéré de la Cour d’appel tombe le 24 septembre, 3 jours après la commémoration de la catastrophe. Les associations de victimes, et leurs avocats sont sur le qui-vive.

 

A quelques semaines du délibéré tant attendu, un rapport de la revue Préventique a semé le trouble dans l’opinion. Selon cette expertise, ce serait une fuite d’ergol provenant du site voisin, la SNPE (groupe spécialisé en chimie fine et explosifs), qui aurait déclenché l’explosion d’une bombe datant de la seconde guerre mondiale, enfouie sous l’usine AZF. Une théorie qui innocenterait le groupe Total.

Ces révélations peuvent-elles influencer le verdict des juges lundi prochain ?  En aucun cas, selon l’avocat de la partie civile Christophe Lèguevaques, «C’est une théorie fumeuse, ces élucubrations ne changeront rien à la décision» lance-t-il. En plus, «ces faits ne sont pas nouveaux, ils ont déjà été envoyés au Procureur général» renchérit Stella Bisseuil, avocate de l’association Familles endeuillées. Cette dernière a d’ailleurs porté plainte contre X pour diffusion de fausses nouvelles. «C’est une contre-vérité grossière, totalement mensongère. On a creusé le cratère et il n’y avait pas de bombe, ni la moindre trace d’explosif» précise l’avocate. Alors pourquoi ressortir ce rapport maintenant ? Hasard de calendrier ou complot ? Stella Bisseuil a choisi son camp, «Préventique vient de signer un gros contrat avec Total…» révèle-t-elle. Dans un communiqué, le groupe admet être «partie prenante d’un projet (…) en collaboration avec l’Apave, filiale de Total», mais assure que sa publication est «indépendante de tout groupe de pression».

 

Condamnation de Total : nécessité ou illusion ?

Si cette expertise ne semble pas remettre en cause la «théorie officielle» de l’explosion spontanée, due à la rencontre de deux produits chimiques incompatibles, l’optimisme est loin d’être unanime quant au verdict. «On attend une condamnation de Total, mais surtout que le juge arrête une explication qui fasse autorité» explique Stella Bisseuil. Mais son confrère, Me Lèguevaques ne s’avance pas autant : «On verra si nos arguments seront entendus» déclare-t-il. Quels arguments ? En première instance, les juges ont estimé qu’ils ne pouvaient établir avec certitude la responsabilité de Grande Paroisse (filiale de Total). La tâche était donc de démontrer, en appel, la violation des règles de sécurité. «On a réussi à démontrer que l’industriel a rendu impossible cette démonstration et que le doute ne pouvait donc pas profiter à l’accusé car il était impur» explique l’avocat. Un argumentaire qui n’est pas du goût de tout le monde. «La présomption de culpabilité est inacceptable» blâme Jacques Mignard, président de l’association Mémoire et solidarité, et ancien salarié du site. Pour lui, l’important n’est pas tant d’avoir un coupable, qu’une explication. Mais il ne croit pas en la justice, «les experts judiciaires n’ont aucune compétence en chimie, leur explication est une injure à la science. Leur travaux sont repris par des gens en robe qui n’y connaissent rien. Ils sont déconnectés de la réalité» accuse-t-il. Partant de là, il serait «surpris que le jugement en appel soit différent du premier».

 

Une commémoration toujours aussi divisée

La mairie de Toulouse appelle comme chaque année, à une «manifestation de réconciliation» vendredi sur l’ancien site d’AZF. Si la plupart des associations de victimes sera présente, «Les sinistrés du 21 septembre» feront encore bande à part. «Il est malvenu de se réconcilier avec Total à trois jours du délibéré» explique Jean-François Grelier, président de l’association. Mais pour les anciens salariés, membres de «Mémoire et solidarité», la cérémonie de commémoration est surtout l’occasion «de se retrouver entre nous et d’évoquer ce qui s’est passé» confie Jacques Mignard.

 

Coralie Bombail



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