Procès AZF; Bataille d’experts

A la demande des parties civiles, de la défense et du ministère public, les experts se sont succédé à la barre pour donner leur vision de la catastrophe. Le tribunal insiste sur le caractère pédagogique de ce procès mais après les dépositions des différents spécialistes en chimie, difficile de se faire une opinion…

 
Jean Quinchon, ingénieur à l’armement:
« AZF a commis des erreurs »

Sommité de la chimie, Jean Quinchon a rappelé l’accidentologie du nitrate d’ammonium en précisant que ce produit est à l’origine «des plus belles explosions civiles !» Pour lui, l’usine toulousaine a commis plusieurs erreurs responsables de la catastrophe du 21 septembre 2001 : «Le nitrate d’ammonium pur est peu sensible à l’onde de choc ou au chauffage. Mais à partir de 0,2 % de matière combustible, il devient impur et il faut donc en brûler les déchets et ne surtout pas les stocker. De plus, ce nitrate impur susceptible de détonner a été laissé sans surveillance dans le hangar 221. Enfin, l’usine produisait du nitrate au nord et du dérivé chloré au sud. Or, le même ouvrier était chargé des déchets des deux produits. Il a très bien pu faire une erreur de manipulation.» Cet ancien directeur de la sécurité à la SNPE n’a aucun doute sur l’origine de l’explosion : «Mon intime conviction est que l’accident chimique est la meilleure hypothèse. Je pense que la catastrophe est la conséquence d’une onde de choc liée à une réaction chimique sur le nitrate d’ammonium.»

Armand Lattes, professeur émérite de chimie à Toulouse:
« Il faut un détonateur »

Cité par Mme Mauzac, épouse d’un ingénieur décédé à AZF, le professeur Lattes est arrivé au tribunal muni de deux éprouvettes contenant du NA et du DCCNa : «Pour que deux produits réagissent, il faut qu’ils se rencontrent et il faut également travailler en milieu homogène, de l’eau ou du gaz par exemple.» Pour Armand Lattes, les conclusions de l’instruction ne tiennent pas : «Dans la communauté scientifique, nous ne sommes pas d’accord avec l’hypothèse de l’accident. S’il y avait eu des hydrocarbures sur le tas de nitrate, cela aurait augmenté le risque d’explosion mais il aurait quand même fallu un détonateur. Nous cherchons toujours l’étincelle.»

Bernard Meunier, ancien président du CNRS:
« Deux explosions et des erreurs dans le dossier »

Chimiste reconnu, Bernard Meunier est à l’origine d’un courrier au juge d’instruction relevant une erreur dans le rapport d’expertise. Pour lui, «il y a eu deux explosions le 21 septembre, et non pas une seule suivie d’une onde de choc.» Les reconstitutions des experts ne l’ont pas convaincu, au contraire : «L’un deux a confondu du nitrate d’ammonium avec de l’urée.»

Jean Poidevin, ingénieur agronome:
« La sacherie plastique est un risque »

Jean Poidevin travaille pour l’Union des Industries de la Fertilisation. Pour lui, le nitrate d’ammonium agricole ne peut exploser que dans certaines conditions : «Il faut qu’il soit en situation d’incendie, lui-même en situation de confinement. Si le NAA est confiné mais qu’il n’y a pas de combustible, il n’explose pas.» Interrogé par le président du tribunal sur une étude canadienne qui démontre le contraire, Jean Poidevin va faire une étonnante déclaration «Les engrais sont différents en Europe et au Canada. De plus, la sacherie plastique qui entoure les produits est une matière explosive qui constitue un risque.»

Claude Calisti et Dominique Deharo, experts auprès des tribunaux:
« Le nitrate peut se décomposer violemment »

Ces deux spécialistes défendront plus tard dans le procès la thèse officielle de l’accident chimique en tant qu’experts auprès des tribunaux. Interrogés sur le NA et le DCCNa, les deux hommes sont clairs : «Le nitrate peut se décomposer violemment jusqu’à la détonation s’il n’est pas stocké correctement. Des chimistes ont reproduit les conditions du 21 septembre en termes d’hydrométrie et de température dans des éprouvettes. Le DCCNa croute et devient donc dangereux.» Dominique Deharo a également constaté qu’AZF disposait de sacs de DCCNa en rochers, c’est-à-dire en état de “mottage”. En clair, les produits n’étaient pas sains. Pour eux, la thèse de l’accident est la seule possible.

Jean-Bernard Peudpièce, ancien cadre de Grande Paroisse:
« Un détonateur ou un incendie »

Cité par la défense, Jean-Bernard Peudpièce est revenu sur les propriétés du nitrate d’ammonium : «Dans les accidents liés à ce produit, on peut distinguer deux cas différents : une explosion initiée par un détonateur et une explosion suite à un incendie prolongé.» Pour lui, la granulométrie et les enrobants des nitrates n’étaient pas différents à AZF des autres usines de la société Grande Paroisse.

Sophie Orus


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