Procès AZF; Après la relaxe, l’appel

Jeudi dernier, le Tribunal correctionnel de Toulouse a prononcé la relaxe de Serge Biechlin et de Grande Paroisse dans le procès de la catastrophe d’AZF. Suite à l’incompréhension des parties civiles, le ministère public a dès le lendemain annoncé qu’il allait faire appel de cette décision. Retour sur une fin de semaine mouvementée.

 
Rien ne laissait présager une telle décision. Il est 15h ce jeudi 19 novembre et le Tribunal correctionnel de Toulouse s’apprête à rendre un jugement qui va faire l’effet d’une bombe. 750 personnes ont pris place dans cette salle Jean Mermoz, théâtre d’un procès hors norme qui aura duré quatre mois : parties civiles, anciens salariés de Grande Paroisse, ils sont 200 selon nos sources, simples curieux et journalistes.
Pendant près de deux heures, le Président Thomas Le Monnyer, en fin pédagogue, va lire ce qui se nomme “le dispositif du jugement”, à savoir les conclusions de la décision du Tribunal. Le ton est relativement monocorde, sauf quand il s’agit très tôt de qualifier d’«inconsidérés» et d’«extravagants» les propos de l’ex-Procureur de la République, Michel Bréard, quelques heures après le drame ; propos qui toutefois, est-il précisé, n’auront aucune conséquence sur l’enquête. Même fermeté surtout lorsque sont épinglés «les fautes organisationnelles, les dysfonctionnements, les dérives» de Grande Paroisse et de la Commission d’Enquête Externe qui «ne communique pas la totalité des travaux diligentés», la filiale de Total dont «les chimistes», assène le Président Le Monnyer, «ont cherché à tromper le tribunal». Et de citer en exemples, le témoignage de M. Presles, directeur du CNRS de Poitiers suite auquel «Grande Paroisse a été prise en défaut au regard de sa prétendue recherche de vérité», ou encore «l’investissement, l’honnêteté, l’humilité» des policiers et des experts.
Entre soulagement et déception

Alors, lorsque le Président Le Monnyer prononce la relaxe au bénéfice du doute aussi bien de Serge Biechlin, dont il est néanmoins souligné qu’il est «animé d’un esprit de responsabilité concernant les risques industriels», que de Grande Paroisse, Total et son ex-PDG Thierry Desmarest ayant été également mis hors de cause, l’effet de surprise est massif. Les anciens salariés de l’usine laissent éclater leur soulagement : des applaudissements réprimandés par le Président Le Monnyer qui martèle avec fermeté que quelque soit l’émotion, elle n’a pas sa place à l’intérieur de la salle d’audience. C’en est trop pour cette femme qui au même moment se lève, puis s’adressant au Tribunal et au Président, crie avec force toute sa réprobation : «Parce qu’ils ne donnent pas de preuves, ils sont relaxés, c’est honteux !»
Des sanglots dans la voix, Gérard Ratier, Président de l’association des familles endeuillées, qui a perdu son fils Alain dans l’explosion, fait part de la même manière, de son énorme déception : «Heureusement que mon fils n’entend pas cette décision : il ne la comprendrait pas non plus. Il est inconcevable que le Tribunal n’ait pas eu le courage de condamner au moins la personne morale de Grande Paroisse».
Ce jugement, le Tribunal le justifie par le lien non établi entre les fautes imputées à Grande Paroisse et les dommages causés. «Il y a une responsabilité civile» précise Maître Daniel Soulez-Larivière, avocat de la Défense, «mais le pénal obéit à des règles très strictes. Les critiques ne font pas une affaire pénale».

Nouveau procès dans un an

Reste que huit ans après les faits, les Toulousains attendent toujours une explication sur ce qui s’est passé ce funeste 21 septembre 2001. Le Tribunal n’a pas retenu la thèse officielle de l’accident chimique, mais n’a pas écarté non plus tout à fait l’hypothèse de la piste intentionnelle, même si «aucun élément objectif» ne paraît selon lui, l’étayer.
Dès le lendemain du jugement, le ministère public, sans surprise cette fois, a fait appel des deux relaxes. Le Procureur de la République Michel Valet estimant qu’«un nouvel examen du dossier et un nouveau jugement de cette affaire s’impose pour que s’accomplisse l’oeuvre de justice et de vérité engagée depuis plus de huit ans. C’est un devoir absolu à l’égard de toutes les personnes qui ont perdu la vie, de leurs familles et de toutes celles dont l’existence a été profondément et durablement marquée par la catastrophe». Une décision motivée par «la conviction très forte de l’existence, à l’origine de la catastrophe du 21 septembre, de fautes et de négligences multiples et caractérisées engageant la responsabilité pénale de la société Grand Paroisse et de son directeur».
Pour Jacques Mignard, Président de l’Association Mémoire et Solidarité, cette nouvelle «peut laisser espérer d’autres recherches pour la vérité». Gérard Ratier, lui aussi, va continuer à se battre.
Un nouveau procès est attendu dans environ un an.

Claire Manaud


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