Procès AZF; A mi-chemin de la vérité

Cela fait deux mois ce jeudi que le procès historique d’AZF a débuté. Après des heures interminables de débats, les protagonistes ont déjà parcouru la moitié du chemin vers la vérité, même si l’issue reste encore incertaine. Petit bilan d’étape.

 
«Le tribunal ressent l’émotion immense qui vous étreint tous. Sachez que le tribunal ne fera aucune distinction entre les victimes, parties civiles ou non, quelques soient leurs éventuelles réserves ou critiques quant aux conclusions de l’information judiciaire.» C’est en ces termes que le président du tribunal Thomas Le Monnyer avait ouvert le procès AZF le 23 février dernier. Mettre les victimes au centre des débats, telle est la volonté du magistrat depuis plusieurs semaines et la citation directe de Total et de son ex-PDG Thierry Desmarest en est la plus belle illustration. Des victimes qui ont eu l’occasion de s’exprimer à la barre et de soulager pour un temps leur douleur : «Chaque 21 septembre, je pleure. Monsieur le Président, pouvez-vous m’aider à surmonter mon chagrin ?», demande Brice, 18 ans, fils de Thierry Le Doussal, décédé dans la catastrophe.
«Quand j’ai allumé la TV, j’ai vu des paysages lunaires, pigmentés de poussière, un brouillard, des fumées. Et soudain : un plan insoutenable, un corps sans vie. Abandonné sous un amas de béton, sur le dos, les jambes pendantes en partie découvertes. Mêmes chaussures de sécurité, même combinaison de travail. C’est lui, mon fils.» Gérard Ratier a perdu son fils Alain, présent sur AZF le 21 septembre 2001 pour effectuer de la maintenance sur les ascenseurs. Président de l’Association des Familles Endeuillées, Gérard Ratier fait partie de ces figures emblématiques qui assistent depuis le début du procès à l’intégralité des audiences. On y retrouve également d’autres présidents d’association comme Frédéric Arrou et Jacques Mignard, le sinistré contre l’ancien salarié. On pensait que ce procès pourrait apaiser les tensions qui perdurent depuis 7 ans mais visiblement il n’en est rien…

 

Questions sans réponse

Durant cette moitié de procès, le tribunal a également eu fort à faire avec les avocats de la défense, tout droit descendus des hautes sphères parisiennes et rompus aux affres d’une affaire de cette envergure. Plutôt discrète à l’entame des débats, la défense ne cesse de tirer à boulets rouges sur les conclusions de l’instruction, n’hésitant pas à faire citer des experts de haut-vol pour de véritables contre-enquêtes. Au final, on ne sait plus vraiment qui croire tant les analyses divergent entre experts judiciaires et témoins extérieurs au dossier. Le nitrate d’ammonium peut-il exploser au contact de chlore, sans amorçage ? L’explosion a-t-elle eu lieu dans le hangar 221 ? La piste terroriste a-t-elle été menée à bout ? Les hélicoptères filmés par des chaînes de télévision ont-ils été formellement identifiés ? Y a-t-il eu une ou deux explosions ? Toutes ces interrogations restent pour l’instant sans réponse franche pour le public. En sera-t-il de même dans l’esprit du tribunal ? Il reste encore deux mois de débats environ afin d’étudier les différentes pistes délaissées par les enquêteurs dans leurs conclusions et bien sûr évoquer longuement la thèse officielle de l’accident chimique. Pour l’ancien animateur sécurité du site Jacques Mignard, la décision d’étudier la version retenue par l’instruction à la fin du procès «n’est pas logique». Il sous-entend même que les jeux sont peut-être déjà faits… Restent les plaidoiries très attendues des différents avocats et les réquisitions du ministère public fin juin. Le tribunal aura alors près de 5 mois pour prendre sa décision et rendre son jugement. Un jugement qui, comme le rappelait le président Thomas Le Monnyer, ne satisfera pas tous les Toulousains…

Sophie Orus


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