Prison Saint-Michel: Patrimoine historique cherche projet d’envergure

Depuis sa désaffectation en 2003, il semble que le dossier épineux du devenir de la prison Saint-Michel stagne sur le bureau des maires successifs. Pierre Cohen a annoncé, il y a près d’une semaine, la signature d’un bail emphytéotique concernant le Castelet. Un dernier rebondissement dans une saga loin d’être terminée.

 

La prison Saint-Michel fait partie du patrimoine historique de la ville, lieu qui a connu les condamnations à mort de résistants toulousains. Or, seulement une partie du bâtiment est classée aux monuments historiques, le Castelet, qui comprend les deux tourelles de l’entrée, la cour d’honneur et les bâtiments qui bordent la cour. 800 m2 de surface au total, qui feront l’objet d’un bail emphytéotique signé par la mairie (soumis au Conseil municipal du 20 septembre, ndlr). Pour rappel, la prison est la propriété du ministère de la Justice et sa cession est gérée par France Domaine. Ce bail d’une durée de 99 ans vient suppléer une autre solution longtemps envisagée : la cession pour un euro symbolique. L’opposition municipale menée par Jean-Luc Moudenc, a souligné cette avancée comme étant « une bonne nouvelle », mais tient à émettre une mise en garde : « Tous les travaux qui seront faits profiteront à l’Etat puisque la mairie n’achète pas. Il faudrait donc envisager une compensation financière dans le bail », propose-t-il. Le Comité du quartier Saint-Michel, actif sur le dossier, n’est pas franchement convaincu par la nouvelle : « Un bail peut être rompu à tout moment si les deux parties sont d’accords », soulève Guillaume Drijard, président du Comité. Interviewé dans la Dépêche du Midi, Pierre Cohen avance que la procédure de cession pour un euro symbolique est « longue et compliquée à mettre en œuvre ». Quoiqu’il en soit, le Castelet sera réhabilité en lieu de mémoire. Mais le vrai casse-tête du dossier « prison Saint-Michel » est ce que l’on appelle communément « l’étoile ».

Que faire de l’étoile ?

Cette partie du bâtiment est protégé par le PLU actuel, et ne peut donc être détruit. Estimée par France Domaine à 11,3 millions d’euros, le maire devra entamer d’âpres négociation avec le ministère de la Justice. Mais pour quel projet ? C’est là que le bas blesse. La mairie qui a un temps soutenu le projet de Richard Edwards, « L’art et l’ingénieur » (élaboré sous Philippe Douste-Blazy et repris par Jean-Luc Moudenc) n’a pas pu le mener à terme faute de financement. Un problème qui aurait pu être réglé si Toulouse avait remporté le titre de Capitale européenne de la culture… Depuis, l’école de commerce, à l’étroit à Compans-Caffarelli a demandé à l’Etat la liste des locaux disponibles. « Le préfet et le maire ont pointé la prison Saint-Michel », raconte Guillaume Drijard. Sous l’initiative d’Alain di Crescenzo (président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Toulouse), un projet budgétisé a été étudié  pour aménager l’étoile selon les besoins de l’ESC. Il en ressort qu’il manque « 10 millions d’euros hors acquisition pour réhabiliter le site », révèle le président du Comité de quartier. Pour autant la piste n’est pas totalement refermée, « la CCI continuera d’étudier (…) des pistes de relocalisation à moyen terme, y compris celle de la prison Saint-Michel », précise un communiqué de la CCI en date du 30 juillet dernier. Sur le principe, l’association de quartier n’est pas contre l’arrivée de l’école dans la Grand rue Saint-Michel, mais Guillaume Drijard craint que le réaménagement du site ne convienne pas aux exigences du Comité. « Pour trouver 10 millions d’euros, il n’y pas 36 solutions. Il faudrait casser une partie de l’existant pour reconstruire du neuf. C’est moins cher que de réhabiliter. » Or l’association tient à ce que le bâtiment d’origine soit préservé dans son intégralité. Et parmi les diverses possibilités de reconversion du lieu, une retient leur attention : le projet de Richard Edwards. « Il faut savoir que ce document avait été gardé confidentiel sous l’ancienne municipalité. En 2008, quand nous avons rencontré Nicole Belloubet, alors adjointe à la culture, elle a accepté de nous le communiquer », relate-t-il.

 

Le projet « Edwards »

 

Les propositions du Comité de quartier reprennent aujourd’hui la majorité des idées émises dans ce projet. « Nous voulons casser le double mur d’enceinte pour pouvoir créer une grande esplanade autour du Castelet, où pourrait s’installer un marché au vent et d’autres évènements », explique le président du comité. Soucieux de créer un cœur de quartier, cette esplanade serait un lieu de vie qui permettrait de remédier au fait que Saint-Michel se résume en une rue passante. « Côté sud, on voudrait un jardin public qui communiquerait avec la crèche d’en face, rue Saint Denis, puis des espaces verts tout autour de l’étoile. Ce serait un poumon pour le quartier ! » L’association demande depuis 2010 à ce que l’ensemble du bâtiment soit classé monument historique, sécurité absolue qu’il sera conservé, quelque soit le repreneur. Mais elle a conscience que le coût financier de la réhabilitation sera un obstacle tenace, « c’est la raison pour laquelle nous sommes convaincus que seul un projet culturel d’envergure nationale pourrait faire baisser le prix de l’étoile. » Pour preuve, lorsque la municipalité précédente a présenté le projet « L’art et l’ingénieur », « nous avons obtenu un prix favorable de 750 000 euros », rappelle Jean-Luc Moudenc.

 

 

Les autres projets

 

Parmi les autres pistes de réflexion sur le devenir de la prison Saint-Michel, le collectif Convergencia Occitania a proposé en 2012, la création d’un centre international de la civilisation occitane, latine et méditerranéenne. Projet qui est resté lettre morte depuis son passage devant le comité de pilotage sur la prison en janvier 2012. Dans la course aux municipales, le devenir de ce patrimoine sera un enjeu culturel important pour les candidats. Christine de Veyrac, tête de liste UDI, a déjà proposé l’installation d’une  Cité de l’Artisanat, de l’Art et de la Création qui « serait à la fois un centre de formation, avec une forte promotion de l’apprentissage, et un lieu de vente pour les professionnels. Ce lieu abriterait également des expositions d’artistes venus du monde entier promouvoir leur art », précise-t-elle dans un communiqué. Jean-Luc Moudenc, quant à lui, dévoilera son projet après les élections internes et la constitution de son équipe,  avançant  « ne pas être  le seul à décider ». Enfin, Pierre Cohen doit rencontrer les associations de quartiers courant septembre, « j’espère que ce sera avant la signature du bail » relève Guillaume Drijard, sceptique,  car « il a déclaré qu’un projet à 50 millions d’euros n’était pas une priorité, mais je ne sais pas d’où vient ce chiffre. » L’affaire est encore loin d’être classée…

 

Coralie Bombail



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