Prison; Les travailleurs sociaux sortent de l’ombre

Conseillers d’insertion et de probation et assistants des services sociaux en milieu pénitentiaire manifestent pour une reconnaissance de leur statut et des revalorisations de salaires en pleine réforme de la justice.

 

«La réinsertion, c’est nous», pouvait-on lire sur des banderoles et t-shirts devant la Maison d’Arrêt de Seysses ce mardi. Beaucoup moins connus que les gardiens de prison, les travailleurs sociaux du SPIP 31/09 (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation Haute-Garonne et Ariège), privés de droit de grève, se sont pourtant mobilisés durant leur pause-déjeuner afin de suivre un mouvement national qui prend de l’ampleur. Au centre des mécontentements, la réforme statutaire proposée par l’administration pénitentiaire. Celle-ci prévoit entre autres une réduction de la formation des conseillers de deux à un an, une modulation de primes, un alourdissement des conditions de mobilité et un renforcement des personnels d’encadrement.
«Notre statut n’a pas changé depuis 1997, voire 1977. On nous a proposé un projet statutaire en mars dernier qui n’avantageait que les cadres et pas les personnels sur le terrain. Les grilles indiciaires n’évoluent pas alors qu’on assiste à une multiplication des lois et des missions dans le cadre de la prévention de la récidive et de l’individualisation des peines», explique un membre du SPIP Toulouse, antenne du milieu ouvert. Sur le plan national, les syndicats estiment le nombre de travailleurs sociaux à 2 600 pour le suivi de 240 000 personnes condamnées, soit en moyenne 150 dossiers par employé. A Seysses, les conseillers d’insertion et de probation (CIP) ont en charge entre 80 et 90 dossiers mais le chiffre grimpe à 200 à la Maison d’Arrêt de Foix.

 

Le problème de la récidive

«La formation va être ramenée à un an seulement alors que les tâches se complexifient et se diversifient. On a l’impression que l’administration nous demande de faire du chiffre alors que la population carcérale augmente. Aujourd’hui, toutes les incivilités sont devenues des peines à part entière. Certes, des mesures comme le bracelet électronique sont développées mais la mise en place de ce système prend du temps sur le suivi d’un détenu car il faut beaucoup se déplacer.» Les CIP n’ont pas que la charge des aspects sociaux en milieu pénitentiaire, ils réalisent également un travail d’expertise et d’aide à la prise de décision des magistrats. Les responsabilités sont énormes et c’est pourquoi les travailleurs sociaux demandent une revalorisation de leur salaire qui varie actuellement de 1 500 euros net à 2 100 en fin de carrière. «Cette situation pose le problème de la récidive car, quand un détenu réinséré fait à nouveau une faute, on se retourne contre nous », confie une CIP du Centre de Détention de Muret.

 

Une mission d’analyse

«Ce n’est pas un métier facile», continue la représentante du SPIP Toulouse. «Nous essuyons tous les jours la colère des gens qui n’ont pas pu s’exprimer devant un juge. Nous sommes confrontés à des situations délabrées et les choses risquent de ne pas s’arranger vu la précarité grandissante de la population.» Face à la mobilisation nationale des travailleurs sociaux, le directeur de l’administration pénitentiaire a annoncé la création d’une Mission d’Analyse et de Propositions sur la situation des SPIP. Celle-ci a été confiée par la Garde des Sceaux à Charlotte Trabut, magistrate et inspectrice des services judiciaires. Elle sera à Toulouse ce jeudi afin de rencontrer les personnels de Saint-Gaudens, Seysses et Muret. Mais la chargée de mission a déjà sillonné plusieurs territoires et on peut lire dans l’un de ses rapports : «Non reconnaissance des SPIP au sein de leur propre administration et à l’extérieur», «La formation est présentée comme insuffisante et inadaptée», «Un soutien affirmé des magistrats», «Insuffisance des moyens de fonctionnement»… Un premier bilan qui va dans le sens des revendications, en attendant le rapport définitif et les propositions faites à Rachida Dati.

Sophie Orus



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